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Culture 25/06/2015

Privés de l’aide de l’Etat, les conservatoires veulent redéfinir leur avenir

par Martine Kis
Portes ouvertes au conservatoire de Rouen © Flickr-CC-F.Bisson

Alors que la ministre de la Culture entend « nouer un nouveau pacte » avec les conservatoires, privés de la subvention de l’Etat en 2015, les élus s’interrogent sur leur rôle et sur leur gouvernance en matière de pratiques culturelles.

C’est à une véritable déclaration d’amour pour les conservatoires que se sont livrés deux « purs produits » de leur enseignement, Muriel Mayette, ancienne administratrice générale de la Comédie française, et Hervé Niquet, chef d’orchestre, patron du Concert spirituel.

L’une formée au conservatoire de Versailles, l’autre aux conservatoires d’Abbeville et d’Amiens, « pour 22 francs d’inscription ! », rappelait-il, à l’occasion d’un colloque organisé par François de Mazières, député-maire de Versailles, sur l’avenir des conservatoires.

C’est la suppression de la subvention de l’Etat aux conservatoires dans la loi de finances pour 2015 qui a suscité cette mobilisation.

Certes, le montant en cause n’est pas très élevé : 30 millions d’euros pour les 36 conservatoires à rayonnement régional (CRR) et les 101 conservatoires à rayonnement départemental (CRD), regroupant au total 300 000 élèves.

Mais s’y ajoutent les désengagements des départements et de certaines villes. En outre, les autres conservatoires et écoles de musiques, qui regroupent au total 1,5 million d’élèves, pâtissent des baisses de dotation aux collectivités.

Désengagement symbolique
« Ce désengagement de l’Etat est symbolique, déplore Fanny Reyre-Ménard, présidente de la Fédération des usagers du spectacle enseigné (Fuse). C’est comme si on disait aux villes, allez-y, réduisez, ce n’est pas grave ».

Pour François de Mazières, « l’apport de l’Etat était fondamental. La logique de la décentralisation voudrait que l’Etat et les régions fassent des efforts ». Or, la plupart des régions ne versent rien, pas même aux CRR.

Si la qualité même des enseignements ne semble pas souffrir de ces réductions, celles-ci se traduisent cependant pas des pressions à la baisse sur la diversité de l’offre, sur l’ouverture, et par une augmentation des tarifs.

Des postes de vacataires ne sont pas renouvelés, ce qui réduit l’offre. Des DRH ont la tentation de ne pas reconnaître les diplômes. Des travaux sont repoussés, l’acquisition d’un piano, d’une harpe sont reportés…

Accès à la culture sensible
Pour les élus et responsables présents, le rôle des conservatoires est primordial. Ils représentent l’accès à la culture sensible, qu’il s’agisse de musique, de danse ou de théâtre, le partage et la préservation du patrimoine national. « Un enseignement émotionnel pas assez prodigué par l’Education nationale », selon Muriel Mayette.

Ils favorisent l’accès à cette culture pour tous, dès le plus jeune âge, sans discrimination sociale. « Ils sont des instruments de démocratisation qui forment à l’excellence. Il ne faut pas différencier qualité et grand nombre », résume François de Mazières.

Les conservatoires jouent aussi un rôle important dans la diffusion de la culture artistique, par le biais de partenariats avec les écoles, les MJC, les associations.

Quant au procès de l’élitisme, il est récusé : il ne faut pas le comprendre avec la rigueur et l’exigence requise par les pratiques artistiques, « qui sont considérées comme normales en sport », remarque Martine André.

Rétablissement progressif de la subvention
Ayant reçu de nombreuses questions parlementaires sur le sujet, Fleur Pellerin, ministre de la Culture, a annoncé, à l’occasion de la signature avec des collectivités, le 20 mai, des « pactes culturels », vouloir « réengager l’Etat auprès des conservatoires » et « nouer un nouveau pacte ».

En échange, elle souhaite qu’ils s’ouvrent aux pratiques collectives – « ce qu’ils font déjà largement » –, au hip hop, aux danses indiennes et asiatiques.

La ministre annonçait ensuite, le 10 juin, le rétablissement progressif de la subvention sur trois ans, à partir de 2016. Insuffisant, pour François de Mazières, qui réclame le rétablissement de l’intégralité de la subvention dès l’an prochain.

Clarification de la gouvernance
La gouvernance des conservatoires devrait également être clarifiée. François de Mazières propose de revenir à une préconisation datant de 2004, et qui n’avait pas été retenue par la loi relative aux libertés et responsabilités locales, du 13 août 2004 : attribuer aux régions la compétence de l’enseignement professionnel, celui qui concerne les élèves de haut niveau, souvent venu de l’extérieur de la ville ou de la région, alors que ce sont les communes qui assument 90% du financement.

Proposition approuvée par Karine Gloanec-Maurin, vice-présidente de l’ARF chargée de la culture. Concernant les départements, pour lesquels il s’agit d’une compétence facultative, Joséphine Kollmansberger, maire de Plaisir et vice-présidente à la culture du conseil général des Yvelines, déplore « le saupoudrage des crédits de la culture, la perte de critères précis ». Elle mettra donc en place une feuille de route et des objectifs pour la mandature, d’ici la fin de l’année.

Absence de perspective
Plus globalement, c’est en effet d’une absence de perspective que souffrent les conservatoires, selon Catherine Morin-Desailly, sénatrice, présidente de la commission de la culture : « La loi Notre va faire sauter la CTAP culture. Il y aura un risque d’exercice disjoint de la compétence ».

Selon elle, communes et intercommunalité devraient s’emparer de la compétence et de la gestion des écoles de musique, alors que régions et agglomérations devraient s’impliquer dans les enseignements artistiques.

Par-dessus tout, pour François de Mazières, il est important de définir qui fait quoi, de crainte que chacun « se refile la patate chaude ».

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