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Etude de l'Insee 02/06/2015

La pauvreté est la plus élevée dans les villes centres des grands pôles urbains

par Martine Kis

Exploitant les données d’un nouveau fichier, l’Insee montre que la pauvreté se concentre fortement dans les villes centres des grandes aires urbaines, où sont particulièrement concernées les familles monoparentales ou nombreuses et les ménages jeunes.

Cet article fait partie du dossier:

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Les deux tiers des personnes pauvres de France résident dans les grands pôles urbains alors que ceux-ci ne rassemblent que 60% de la population. Tel est l’enseignement principal qui ressort d’une étude de l’Insee sur la pauvreté.

Cette étude est une première, qui exploite une nouvelle source, le fichier localisé social et fiscal(1) qui rapproche diverses données fiscales et prestations sociales. Il est ainsi possible de reconstituer le revenu déclaré et le revenu disponible, après impôt y compris prestations sociales.

77% des pauvres dans les aires urbaines
Le résultat en est que la pauvreté est avant tout présente dans les villes centres des grands pôles urbains : 77% de la population pauvre réside dans les 230 grandes aires urbaines de métropole, dont 20% dans l’aire urbaine de Paris.

Plus précisément, où se trouvent les pauvres dans l’espace urbain ? Ils sont dans les pôles (16% en moyenne) plus que dans les couronnes (10%). L’Insee souligne ainsi que le taux de pauvreté(2) des villes centres atteint parfois deux à trois fois celui des banlieues et plus de quatre fois celui des couronnes périurbaines.

A Lille, la ville centre a un taux de pauvreté de 24,2%, la couronne de 7,6%, en passant par la banlieue avec 17,5%.

Attention aux cartes
Un diagnostic qui invalide la thèse selon laquelle la pauvreté serait avant tout rurale, thèse qui selon, Louis Maurin, directeur d’études au Centre d’observation de la société(3), n’aurait pas eu un tel écho si ces chiffres avaient été disponibles.

« Les chiffres montrent bien où est la pauvreté, alors que les cartes le font très mal », souligne-t-il. En effet, la carte des taux de pauvreté communaux publiée par l’Insee, montre de vastes zones au centre de la Bretagne ou en Auvergne où ce taux est supérieur à 24%. Dans cet ensemble, Paris ou Marseille sont à peine visibles.

« Mais, dans le centre de la Bretagne, il n’y a personne, c’est à peine l’équivalent d’un quartier de Rennes ! », s’exclame-t-il. Sans nier qu’il existe de la pauvreté dans le monde rural et dans le périurbain, « les difficultés sociales sont massivement dans le cœur des grandes villes, très denses et inégalitaires ».

Inégalités
Les inégalités de niveaux de vie sont les plus prononcées à Paris, dans les Hauts-de-Seine et en Savoie, du fait de l’importance de la population aisée qui y réside.

L’intensité de la pauvreté(4) atteint 24,7% en Seine-Saint-Denis et en Haute-Corse et 27,4% à Paris. C’est en Bretagne et dans les Pays de la Loire qu’elle est la plus faible (19%).

C’est du fait de ces inégalités que Paris ressort avec un taux de pauvreté de « seulement » 16%, alors que certains arrondissements de l’Est parisien atteignent, selon le Compas, un taux de 30 à 40%. C’est pourquoi Louis Maurin souhaite que l’Insee sorte des données à l’échelle des quartiers pour les grandes métropoles comme Paris ou Marseille. L’Insee annonce vouloir mettre prochainement à disposition des données allant jusqu’au niveau infracommunal.

Ménages fragiles
Les ménages les plus touchés sont les ménages jeunes, de cinq personnes ou plus, ou les familles monoparentales. Ces ménages se trouvent avant tout dans les villes centres des grands pôles urbains ainsi que dans les moyens et petits pôles. Et c’est dans les couronnes des pôles que les taux sont les plus faibles, surtout autour des grands pôles urbains.

Quelles conclusions politiques tirer de ces données ? Selon Louis Maurin, l’erreur la plus grave serait de toucher aux allocations logement, « celles qui sont les plus importantes pour ces familles, par rapport à l’action de la politique de la ville ».

Pour les plus pauvres, le niveau de vie dépend en effet fortement des prestations sociales (plus de 35% du revenu disponible dans les trois quarts des régions).

Ces données démontrent aussi « l’impérieuse nécessité de plus de solidarité sur l’ensemble du territoire ». Le directeur d’études regrette que les critères de la politique de la ville aient été définis avant de disposer de ces observations. Tout en reconnaissant que, en fonction des calculs du Compas, celle-ci ne serait pas très différente.

 

La pauvreté dans les régions
A l’échelle régionale, c’est dans le Nord-Pas-de-Calais, la Corse et le Languedoc-Roussillon que le taux de pauvreté est le plus élevé (autour de 20%). Il est le plus faible en Bretagne et dans les Pays de la Loire (moins de 11%). Que deviendront ces taux dans les régions fusionnées ? Ils seront arasés lorsque seront associées des régions aux niveaux de vie très différents, comme dans le cas de l’Alsace, aisée, associée à la Champagne-Ardenne et à la Lorraine, du Nord-Pas-de-Calais avec la Picardie, le Languedoc-Roussillon et Midi-Pyrénées.

Note 02:

Le taux de pauvreté est fixé à 60% du niveau de vie médian. Pour la France, il est de 990 euros par mois en 2012. - Retourner au texte

Note 03:

Le Centre d'observation de la société a été créé en 2011 par le Centre d'observation et de mesure des politiques d'action sociale (Compas). - Retourner au texte

Note 04:

L’intensité de la pauvreté est l’écart relatif entre le niveau de vie médian des personnes pauvres et le seuil de pauvreté. - Retourner au texte

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