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Ressource documentaire 23/04/2015

Quartiers sensibles et discriminations, 2009-2014 : l’évolution du regard

par La rédaction
Orienter et accompagner les personnes © Flickr-CC-Yxelle.@rtbrut

La thématique des « quartiers sensibles » constitue depuis des années un sujet controversé au sein du débat public. Une étude du Crédoc montre que 78% des Français se disaient préoccupés par ce sujet en 2014. Toutefois, l’intérêt qu'ils portent à cette question a diminué au cours des cinq dernières années (- 6 points). En même temps, leur regard sur les quartiers sensibles s’est durci.

Fiche technique. « Evolution du regard sur les quartiers “sensibles” et les discriminations entre 2009 et 2014 » : ce document de 110 pages présente les résultats des questions insérées par l’Agence nationale pour la cohésion sociale et l’égalité des chances (ACSE) dans la vague du début 2014 de l’enquête du Crédoc(1) sur « Les conditions de vie et les aspirations des Français ». Ces questions peuvent être comparées aux résultats d’une première enquête réalisée en 2009.
L’enquête a été réalisée en « face à face », entre décembre 2013 et janvier 2014, auprès d’un échantillon représentatif de 2 003 personnes, âgées de 18 ans et plus, sélectionnées selon la méthode des quotas. Ces quotas (région, taille d’agglomération, âge-sexe, PCS) ont été calculés d’après les résultats du dernier recensement général de la population. Un redressement final a été effectué pour assurer la représentativité par rapport à la population nationale de 18 ans et plus.

 

Les connotations négatives dominent toujours
Par rapport à 2009, les Français pensent moins souvent que les quartiers sensibles sont marqués par une forte solidarité entre les habitants (51%, -7 points), qu’il y a de nombreuses opportunités pour monter des projets (44%, -7 points), que les jeunes issus de ces quartiers constituent une richesse pour notre pays (43%, -5 points) ou encore que les associations y sont nombreuses et dynamiques (55%, -2 points).

Parallèlement, les connotations négatives continuent de dominer : 94% (stable) pensent qu’il y a trop de chômage et 92% (+2 points) pensent que la délinquance y est particulièrement présente.

Outre la question de l’emploi, les Français pensent qu’il manquerait, dans les quartiers « sensibles », des activités pour les jeunes (citées par 41% en première ou en deuxième réponse) mais aussi des centres de police de proximité (36% de nos concitoyens évoquent cette thématique en première ou deuxième réponse ce qui constitue une progression de +11 points par rapport à 2009).

Une demande croissante de sécurité
Face à ce qui ressemble à un constat d’échec, 84% (stable par rapport à 2009) de la population estiment que l’Etat devrait intervenir davantage pour améliorer la situation dans les quartiers sensibles : l’aide aux élèves en difficulté scolaire (94%) et le développement économique (86%) sont considérés comme des mesures prioritaires pour améliorer la situation.

Autre évolution notable : la demande de mesures dites « sécuritaires » progresse fortement. En 2014, 82% des Français considèrent que le développement de la police de proximité serait un moyen efficace pour améliorer la situation, et 76% évoquent la piste des punitions plus sévères vis-à-vis des délinquants (+7 et +5 points respectivement par rapport à 2009).

Si l’Etat est censé jouer un rôle important dans le redressement des quartiers sensibles, l’action des pouvoirs publics devrait, pour l’opinion, s’appuyer davantage sur des habitants de ces quartiers, considérés comme les plus à-mêmes d’améliorer la situation.

L’engagement ou l’argent ?
Les acteurs jugés les plus compétents sont, dans l’ordre, les habitants eux-mêmes (43%, +3 points par rapport à 2009), les parents (29%) et les associations locales (26%).

Les Français se montrent, en revanche, assez réticents à apporter plus d’aides financières aux habitants des quartiers sensibles : seuls 35% (-8 points par rapport à 2009) pensent que ces aides seraient efficace.

Cette évolution s’inscrit dans une tendance plus générale de la société française qui tend de plus en plus à ne compter que sur elle-même, qui s’explique à la fois par une défiance grandissante dans les institutions et leur capacité d’infléchir le réel dans le contexte de la crise, une forte inquiétude vis-à-vis des risques de déresponsabilisation du modèle social, et la valorisation de la liberté et l’autonomie individuelle.

Des habitants préoccupés par les discriminations
Pour l’opinion, les discriminations racistes et xénophobes sont les plus préoccupantes et l’Etat doit intervenir en priorité pour lutter contre les discriminations dans l’accès à l’emploi et au logement. 85% des Français se préoccupent du problème des discriminations. Toutefois, comme pour la thématique des « quartiers sensibles », l’intérêt de nos concitoyens pour les discriminations diminue comparé à 2009 (-3 points).

Comme dans le passé, une majorité des Français citent en première ou deuxième réponse « les discriminations en fonction de la couleur de la peau » comme type de discrimination la plus préoccupante en France (51%, -1 points par rapport à 2009).

Un tiers de nos concitoyens citent « les discriminations en fonction du pays d’origine » ce qui constitue une progression de +8 points pour cette réponse par rapport à l’enquête précédente.

Il faut dire que les Français sont particulièrement sensibles à la question du racisme par rapport à leurs voisins européens et que la crise leur fait craindre une montée des discriminations ethniques.

La préoccupation pour les discriminations en fonction de l’orientation sexuelle (17%, +6 points) progresse également ce qui est probablement une conséquence des débats controversés autour du « mariage pour tous » ou encore de la question de l’adoption d’un enfant par un couple homosexuel.

A l’inverse, les différences de traitement envers les personnes en fonction du sexe ou en situation de handicap choquent moins.

L’Etat attendu sur l’emploi, le logement, l’école…
Quoi qu’il en soit, 75% de nos concitoyens citent, en première ou en deuxième réponse, « l’accès à l’emploi » comme le domaine où il y a aujourd’hui le plus de discriminations. Les discriminations en matière d’accès au logement sont considérées par les Français comme le second domaine dans lequel les pratiques discriminatoires se font le plus sentir (47% des suffrages, -3 points).

Pour lutter contre les discriminations, l’Etat doit agir en priorité dans le secteur de l’emploi (76%, stable) et de logement (42%, -4 points par rapport à 2009). L’école qui porte à travers son rôle éducatif pour beaucoup de nos concitoyens un message d’égalité républicaine et de tolérance, est citée par 28% de nos concitoyens en première ou en deuxième réponse comme secteur méritant davantage d’attention de la part des pouvoirs publics (+2 points).

Trois thèmes au cœur des questions posées

  1. Les préoccupations de l’opinion publique vis-à-vis de plusieurs questions sociétales : la pauvreté, l’insécurité, les quartiers « sensibles »(2), les inégalités des revenus, l’intégration des immigrés en France, etc.
  2. Le regard porté sur les quartiers dits « sensibles » : quelles représentations la population a-t-elle des quartiers « sensibles » ? Chômage, délinquance, égalité des chances, cadre de vie, rôle des parents, rôle de l’État, solidarité entre les habitants et dynamisme des associations sont entre autres évoqués. L’opinion considère-t-elle que la situation des quartiers « sensibles » s’est améliorée ces dernières années ? Qu’est-ce qui manque dans ces quartiers ? Quelle serait la mesure la plus éfficace pour améliorer la situation ? Qui est l’interlocuteur le plus compétent pour intervenir ? etc.
  3. L’état de l’opinion vis-à-vis des discriminations : quelles sont les discriminations ressenties comme les plus préoccupantes ? Quels sont les domaines de la vie quotidien où les discriminations se font le plus sentir ? Quelles actions l’Etat devrait-il mener en priorité pour lutter contre les discriminations ?
Note 02:

"Sensible" : le choix de ce mot plutôt qu’un autre renvoie à l’appellation officielle « zones urbaines sensibles (ZUS) », définie par les pouvoirs publics. Les guillemets présents tout au long de ce rapport sont là pour inviter à la prudence dans l’interprétation des résultats. - Retourner au texte

Références

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