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Entretien - Départementales 02/04/2015

« Gérer le social d’une autre manière, aussi respectueuse qu’hier des habitants, mais moins coûteuse »

par Aurélien Hélias
Jean-René Lecerf © CD du Nord

Elu à la tête du conseil départemental du Nord ce jeudi 2 avril, Jean-René Lecerf revient sur les enseignements de la campagne électorale et affiche surtout ses priorités : davantage d’insertion économique des allocataires du RSA pour soulager les finances du département, une reprise de l’investissement local avec les économies générées et des intervention de soutien au développement économique local plus ciblées. Le sénateur UMP évoque également la gouvernance du département et ses relations à venir avec la future grande région Nord-Pas-de-Calais Picardie.

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Courrierdesmaires.fr. Faut-il interpréter cette vague bleue comme un courant uniquement national ?

Jean-René Lecerf. Il vient aussi dans le Nord du mécontentement, d’une déception forte de la population, à la sociologie très à gauche, vis-à-vis des politiques départementales. Mais aussi de la conviction que le département a eu du mal à s’adapter à la nouvelle donne des relations collectivités-Etat, avec notamment les coupes claires financières.

Le département est au bord de la mise sous tutelle, avec une épargne brute négative qui ne nous permet plus d’investir alors qu’il nous faudrait soutenir l’emploi et la construction.

Nous avons aussi bénéficié d’une division totale à gauche, avec même des candidatures multiples au sein du PCF, et de la guerre Kanner-Aubry. D’où un souhait d’alternance exprimé dès le premier tour avec les votes pour la droite républicaine et pour le FN, puis bien plus pour la droite républicaine au deuxième tour.

 

L’incertitude qui a longtemps plané sur l’avenir des départements et le flou pesant sur leurs compétences à l’avenir ont-ils favorisé l’abstention ?

J.-R. L. C’est complexe : à la fois tout cela n’a pas dû faire du bien à la participation mais cela n’a pas joué tant que cela si l’on réfère au taux de participation, plus fort qu’en 2011. Qui savait de plus que la loi Notre n’était pas encore définitivement votée ?

L’abstention est plutôt le signe d’une certaine désespérance et d’une rupture de confiance qui apparait aussi comme un simple sursis par rapport à l’extrême droite.

 

Sur certaines mesures, j’espère même élargir la majorité à gauche”

 

Est-ce un soulagement pour vous d’avoir une majorité absolue et aucun élu FN au conseil départemental ?

J.-R. L. Il est vrai que ma pire hantise aurait été de devoir faire avec une majorité relative, ce régime de l’immobilisme que rien ne pourra arrêter comme disait Edgar Faure… Sur certaines mesures, j’espère même élargir la majorité à gauche.

Même si je n’ai pas de mauvaises relations avec Patrick Kanner, dont je souhaite qu’il reste au gouvernement pour représenter au mieux les intérêts du Nord, la situation du département est très mauvaise, avec notamment un taux de chômage supérieur de quatre points à la moyenne nationale et une espérance de vie elle aussi inférieure à la moyenne nationale, de quatre ans…

 

L’urgence pour vous sera-t-elle d’imposer votre marque sur les politiques publiques locales ou de négocier avec l’Etat pour retrouver ses marges de manœuvre financière ?

J.-R. L. Les deux ! Nous avons la volonté de gérer les compétences sociales d’une autre manière, aussi respectueuse qu’hier des habitants, mais moins coûteuse.

Cela signifie, pour l’aide sociale à l’enfance, de privilégier le placement familial au placement collectif. C’est aussi un moyen de créer des emplois familiaux à proposer aux allocataires du RSA. Cela veut dire de maintenir davantage à domicile les personnes âgées, une solution qui n’atteindra jamais le prix moyen de 2 300 euros par mois pour une personne en Ehpad. Là aussi, cela permettrait de créer des emplois de proximité non délocalisables, qui pourraient être proposés, après formation, à des allocataires du RSA.

Il nous faudra aussi diminuer la masse salariale de 8% et d’économiser ainsi 45 millions d’euros par an, soit le double de l’aide à l’investissement aujourd’hui !

 

Prévoyez-vous de nombreuses coupes budgétaires ?

J.-R. L. Il n’y en aura pas dans des secteurs importants comme le financement des médecins dans les PMI, des infirmières, etc. En revanche, je ne me vois pas conserver des directions dans des compétences que nous n’avons même pas, comme l’implantation des PME et les ruches d’entreprises.

 

Je ferai l’impossible pour soutenir l’investissement mais les entreprises doivent créer des emplois pour les allocataires du RSA très proches de l’emploi”

 

Le département n’aurait plus vocation à intervenir sur le champ économique ?

J.-R. L. Si, mais à travers trois entrées : le développement de l’investissement, le désenclavement du territoire et l’insertion économique.

J’ai déjà pris des contacts avec tous les représentants des entreprises pour leur dire que j’étais prêt à un accord gagnant-gagnant ; que je ferai l’impossible pour soutenir l’investissement mais qu’ils doivent créer des emplois pour les allocataires du RSA très proches de l’emploi.

 

Sur ce thème, comment voyez-vous la collaboration future avec la nouvelle région Picardie Nord-Pas-de-Calais ?

J.-R. L. Notre avenir avec la grande région s’annonce compliqué, car l’Oise passe son temps à nous dire qu’elle n’a rien à faire avec le Nord-Pas-de-Calais puisque 90% de ses échanges se font avec la région parisienne… Et le droit « de repentir » des départements fonctionne comme une épée de Damoclès.

Le rapport entre départements et région devra être égalitaire : nous n’accepterons pas de tutelle. Mais il nous faudra clarifier les choses sur les compétences, comme sur le sujet des aides aux entreprises.

 

Vous et vos collègues de droite pèseront-ils plus encore sur l’évolution des discussions sur la loi Notre ? Sur quels points ?

J.-R. L. Le texte adopté par l’Assemblée national n’est pas très éloigné de celui voté par le Sénat. L’équilibre trouvé est relativement correct.

Désormais, deux solutions s’offrent à nous : soit on garde les grandes régions et alors le département est indispensable sur le long terme pour conserver la proximité ; soit on revient aux régions anciennes et dès lors, on revient au conseiller territorial.

 

Je n’avais vu qu’un seul intérêt aux binômes : la parité. Pour le reste, cela va être un bazar indescriptible…”

 

Comment la représentation des territoires par des binômes va-t-elle peser ?

J.-R. L. Pour ma part, je n’avais vu qu’un seul intérêt aux binômes : la parité. Pour le reste, cela va être un bazar indescriptible, avec des binômes séparés dans des groupes politiques différents.

Comment les élus vont se répartir le travail ? Est-ce que tout le monde voudra s’occuper de tout ? Si on revenait à des élections uninominales majoritaires à deux tours, je ne m’en plaindrais pas…

 

Comment les départements de droite, désormais majoritaires, comptent-ils peser au niveau national et notamment de l’ADF ?

J.-R. L. Ils auront déjà moins de scrupules à aller au rapport de force avec l’Etat ! Quand on voit la situation financière calamiteuse d’une bonne partie des départements, une soixantaine d’entre eux pourraient dire en janvier à l’Etat : « On a tout consommé sur le RSA et on ne paiera plus à partir de juin ». Ce qui obligerait bien l’Etat à réagir.

Nous sommes prêts à faire des efforts, à mettre en œuvre une autre gestion des politiques sociales mais point trop n’en faut : les départements ne se laisseront pas asphyxier financièrement !

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