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Entretien 17/03/2015

« Il faut donner envie aux architectes de se porter candidats aux élections territoriales »

par Martine Kis
Didier Chinardet, coprésident d’AEL © AEL

Didier Chinardet, architecte, est maire-adjoint à l’urbanisme et à l’aménagement durable du territoire à Epinay-sur-Orge (Essonne). Avec son association Architecte élu local (AEL) – coprésidée avec Philippe Roux, adjoint à Nemours –, il cherche à regrouper ceux qui partagent cette double expérience.

Courrierdesmaires.fr. Comment l’association Architecte élu local est-elle née ?

Didier Chinardet. En 2013, lors du Congrès annuel des architectes, lors d’un débat sur les liens entre élus locaux et architectes, nous avons eu la surprise de voir que la salle comptait plusieurs architectes élus. Un petit groupe s’est alors mis à réfléchir sur une association.

Elle a été lancée en 2014, avec l’approbation du Conseil national de l’ordre des architectes et est opérationnelle depuis cette année. Il faut donner envie aux architectes de se porter candidats aux élections territoriales, municipales, communautaires, départementales et régionales.

 

Quels sont vos liens avec l’ordre des architectes ?

D. C. Nous avons des relations privilégiées avec lui. Il nous soutient pour la communication. Ainsi, notre communiqué au sujet des élections départementales  est sur son site.

 

Combien d’architectes-élus recensez-vous ?

D. C. Nous ne pouvons recenser que ceux qui se sont fait connaître. En ce qui concerne l’association, nous comptons une petite centaine de membres élus municipaux.

 

Nous allons lancer un nouvel appel pour les régionales, où il devrait être plus simple de se présenter, les listes étant plus importantes.”

 

Nous avons lancé un appel aux candidatures pour les départementales, peut-être un peu trop tardif. En outre, il est plus difficile d’entrer dans ce jeu électoral que pour les municipales. Par contre, nous allons lancer un nouvel appel pour les régionales, où il devrait être plus simple de se présenter, les listes étant plus importantes. Deux approches s’opposent : constituer des listes unitaires d’architectes et de gens qui leur sont proches ou s’intégrer à des listes existantes.

Parmi les élus nationaux nous n’en connaissons qu’un, le député Daniel Boisserie, maire de Saint-Yrieix-la-Perche, en Haute-Vienne. Notre profession n’est pas bien représentée, alors que l’on compte beaucoup de médecins et d’avocats.

 

Avez-vous une ligne politique ?

D. C. Non. Nous sommes apolitiques. Notre ligne est que les architectes intègrent les lieux de décisions. Le lien entre nous est l’exercice professionnel et une compétence identique. Par ailleurs, chacun a sa sensibilité politique.

 

Pourquoi est-il important que les architectes intègrent ces instances locales ?

D. C. Pour qu’ils puissent concourir aux meilleures décisions, qu’ils aident à prendre les décisions les plus intelligentes en faveur de l’aménagement du territoire au sens large, sur le bâti, les espaces verts…

 

Vous-mêmes, comment en êtes-vous venus à être élu local ?

D. C. J’ai toujours été militant associatif et la politique m’a toujours intéressé. J’ai hésité entre des études d’architecture et Sciences Po… En 1989, j’ai été élu dans une petite commune en Normandie.

J’ai alors découvert l’intérêt pour un architecte de travailler comme conseiller municipal. J’ai ainsi fait le plan d’aménagement du centre-ville, toujours suivi malgré les changements d’équipe. J’ai ensuite été élu à Epinay en 2008, comme délégué au développement durable. Et je suis aujourd’hui adjoint à l’urbanisme.

 

Les fonctionnaires de la collectivité ont une bonne connaissance juridique. De mon côté, j’apporte une vision à trois dimensions. Nous sommes complémentaires.”

 

Qu’est-ce que la pratique de l’architecture apporte à l’élu local ?

D. C. De par notre profession, nous sommes des acteurs du projet, avec une vision dans la durée dans l’intérêt du public. Nous connaissons les règles d’urbanisme, les normes de construction et du paysage.

A Epinay, nous avons lancé la révision du PLU. Les fonctionnaires de la collectivité ont une bonne connaissance juridique. De mon côté, j’apporte une vision à trois dimensions. Nous sommes complémentaires.

En tant qu’architectes, nous sommes maîtres d’ouvrage d’un travail qui, par ailleurs, relève de notre expérience, mais en intervenant beaucoup plus en amont.

 

Et dans l’autre sens, qu’apporte à l’architecte une expérience d’élu local ?

D. C. Elle aide à comprendre comment une décision est prise, à connaître l’administration de l’urbanisme, les rouages de la collectivité dans toutes ses entités, à maîtriser le montage et les contraintes d’un budget, la recherche de subventions.

Lorsque j’interviens comme architecte, je comprends mieux les difficultés du maire à répondre aux différentes problématiques, aux contradictions, aux évolutions de sa population.

 

Etre élu vous limite dans votre pratique professionnelle…

D. C. Oui. Je ne peux travailler sur ma commune, il y aurait conflit d’intérêt. Mais si j’étais adjoint aux affaires scolaires, il n’y aurait pas de problème.

 

Qu’en est-il au niveau intercommunal ?

D. C. C’est l’une des réflexions que l’association voudrait engager avec l’ordre, pour clarifier la situation de l’architecte élu dans une interco. Les textes n’évoquent pas clairement ce cas. Et qu’en sera-t-il si en architecte est élu au département, à la région ? Il ne peut voir toutes les portes se fermer sur un tel territoire ! C’est une question récurrente qui freine les envies des confrères.

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