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Entretien - Finances locales 13/02/2015

Prêts aux collectivités : « Si le recours à l’emprunt se réduit, beaucoup d’acteurs devront se partager un marché restreint »

par Aurélien Hélias
Serge Bayard © S. Gautier

Président de La Banque postale collectivités locales (LBPCL), Serge Bayard revient sur le positionnement de l’établissement bancaire sur le marché du crédit au secteur public local, notamment face aux autres financeurs des collectivités locales, concurrents privés comme acteurs publics. L’occasion également d’effectuer le bilan des crédits octroyés par LBPCL aux collectivités locales en 2014 et de se projeter sur 2015, alors que les conditions de marché auront rarement été aussi attractives pour les emprunteurs.

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Banques et collectivités locales : le début d’une nouvelle ère

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Courrierdesmaires.fr. Quelle est la position de la Banque postale sur le marché du crédit aux collectivités ?

Serge Bayard. En 2014, nous avons atteint nos objectifs, fixés au moment du lancement de notre offre : à savoir être en mesure de répondre à 25% des demandes sur le marché du financement bancaire des collectivités. Soit 3,3 milliards de crédits à moyen-long terme.

Les objectifs sont les mêmes pour 2015, même si cela dépendra des évolutions du cycle d’investissement des collectivités locales. Mais, globalement, l’investissement devrait diminuer par rapport au mandat précédent, le recours à l’emprunt ne pourra se substituer aux baisses de dotations pour des raisons d’équilibres budgétaires et les élus ne vont pas reconduire l’investissement de 2008-2014.

En revanche, ils vont profiter des bonnes conditions du marché pour renégocier des emprunts déjà réalisés notamment entre 2009 et 2012, ce qu’ils ont déjà commencé à faire fin 2014. En 2015, avec une première année de recul qui leur aura permis d’analyser l’état de leur dette, les élus communaux devraient voir rapidement qu’ils auront intérêt à renégocier.

 

Ces bonnes conditions sont-elles appelées à durer ?

S. B. Sur une perspective à court terme, à 6 mois, les taux devraient rester très bas. A moins qu’un élément extérieur important ne vienne perturber le marché : une nouvelle crise des dettes souveraines, comme on peut le craindre en Grèce.

Mais pour le moment, les taux bas sont soutenus par une faible appétence pour le crédit des autres acteurs économiques : les entreprises et les ménages. Cependant on ne devrait pas observer de remontée soudaine et forte des taux à la hauteur de ce qui s’était passé en 2011, avec une explosion de plus de 200 points de base.

 

Prêtez-vous à toutes les collectivités, de toutes tailles ?

S. B. Le seuil minimum est de 50 000 euros, à la fois parce qu’il y a très peu de demandes en dessous et parce que les frais de gestion associés à une enveloppe inférieure seraient trop importants.

Nous prêtons à toute collectivité, quelle que soit sa taille. Et nous dépassons d’ailleurs les 30% de part de marchés sur ces petites collectivités, qui ont moins de sollicitations de la part des autres banques, notamment étrangères.

 

En 2015, nous offrirons aux collectivités la capacité de gérer leur ligne de trésorerie directement sur internet, ce qui permettra plus de souplesse.”

 

Quelles sont les caractéristiques de vos prêts ?

S. B. Nous prêtons aussi bien à très court terme, presque au jour le jour, qu’à long terme jusqu’à 25 ans. Et en 2014, dans le cadre des prêts refinancés par la Banque européenne d’investissement, nous avons élargi notre offre à des crédits sur 30 ans.

Mais ces durées doivent demeurer cohérentes avec la nature de l’investissement financé. Et nous restons attachés à des crédits stables : amortissable, taux fixe ou taux variable. Rien qui ne s’apparente à des montages trop complexes.

Nous avons voulu limiter notre offre à des produits très simples, très transparents, pour éviter tout défaut de conseil des collectivités. Ce qui semble satisfaire nos clients. En 2015, nous offrirons par ailleurs aux collectivités la capacité de gérer leur ligne de trésorerie directement sur internet, ce qui permettra plus de souplesse.

 

Un conseil financier accompagne-t-il les élus locaux qui font appel à vos crédits ?

S. B. Oui. D’abord en amont, avec des analyses financières, qui leur permettent d’analyser leur situation financière, de se comparer à des collectivités de strate et de structure similaires. Et sur les emprunts de l’année, pour optimiser les taux : les collectivités ont intérêt à se poser tous les ans la question du niveau de leur dette et à diminuer leurs coûts financiers en réorganisant leur stock de dette.

Nous orientons beaucoup les petites collectivités sur des taux fixes pour éviter qu’elles aient à s’inquiéter les années suivantes de l’évolution de celui-ci.

 

Nos analyses financières et économiques sont davantage des outils d’aide à la décision pour les collectivités, sur des périodes de trois à quatre ans.”

 

Vos analyses financières servent-elles aussi à sélectionner vos clients ?

S. B. Ce sont deux choses à part : une analyse financière des ratios d’endettement et du niveau d’autofinancement sont en effet effectuées avant tout crédit. Et si nous sommes amenés à ne pas l’accorder, on explique pourquoi.

Nos analyses financières et économiques sont davantage des outils d’aide à la décision pour les collectivités, sur des périodes de trois à quatre ans.

 

Comment interprétez-vous le retour sur ce marché de banques étrangères ?

S. B. Plusieurs banques étrangères, surtout allemandes, reviennent effectivement mais sans pour autant avoir d’approche stratégique : elles disposent de liquidités en excédent et l’attribuent aujourd’hui en priorité aux collectivités. Le jour où elles trouveront mieux ailleurs, elles partiront… Et d’ailleurs elles ne prêtent principalement qu’aux grandes collectivités.

C’est une démarche assez opportuniste et à la moindre difficulté, elles se retireront, comme elles l’ont fait en 2009. Nous, on restera sur le marché durablement comme acteur du développement des territoires. La difficulté : si le recours à l’emprunt se réduit, il restera beaucoup d’acteurs pour se partager un marché restreint…

 

Voyez-vous l’Agence France locale, à la veille de sa première émission, comme un concurrent ou comme un acteur complémentaire du crédit aux collectivités ?

S. B. L’AFL se positionnera de manière différente à deux niveaux : d’une part elle ne prêtera qu’à ses membres, principalement de grosses collectivités ; d’autre part, elle se financera sur le marché obligataire, soit 2 à 2,5 milliards pour les collectivités. La Banque postale prête elle à toutes les collectivités et uniquement sur du « bancaire ». L’AFL est donc plutôt une source de financement complémentaire.

 

Selon la demande de la collectivité, on peut s’approcher de la totalité du crédit demandé et même prendre 100% du crédit.”

 

Devant la variété de l’offre, les collectivités essayent-elles de scinder leurs crédits entre différentes banques ? Arrive-t-il souvent à LBP de couvrir 100% d’un besoin de financement ?

S. B. Sur de très gros appels d’offre, il est fréquent que les collectivités partagent entre du bancaire et de l’obligataire. Nos propres limites existent, et ce comme pour toutes les banques, par rapport à un pourcentage de fonds propres.

Selon la demande de la collectivité, on peut s’approcher de la totalité du crédit demandé et même prendre 100% du crédit. On préfère d’ailleurs le faire quand cela est possible car cela permet d’avoir la vision financière la plus large possible de la collectivité.

C’est au cas par cas et c’est parfois le choix du client que de scinder son crédit entre différentes banques. En contractant avec différents établissements, la collectivité n’a ainsi aucune crainte d’être en rupture de crédit si d’aventure le marché se retournait. C’est un confort sur l’avenir.

 

Comment voyez-vous globalement l’avenir financier des collectivités et leur capacité d’investissement ?

S. B. Il y a de facto une forte pression sur l’autofinancement du fait de la chute des dotations de l’Etat et de la hausse des dépenses de fonctionnement liée aux différents transferts de compétences, comme ceux induits par la réforme des rythmes scolaires, et aux effets d’inertie : les recrutements déjà effectués génèrent mathématiquement une hausse des frais de fonctionnement.

D’où une érosion significative de l’autofinancement à laquelle s’ajoute la difficulté d’activer le levier fiscal. Il est compliqué ainsi de mobiliser davantage d’autofinancement.

Une grande inquiétude plane sur deux catégories de collectivités : les départements et les régions, dont l’avenir n’est pas encore très clair. Et le bloc communal, qui s’inquiète du devenir des financements apportés par les autres niveaux de collectivités.

Il y a un attentisme assez fort : on pensait voir une certaine reprise des projets d’investissements fin 2014 avec l’installation des nouvelles équipes municipales. On ne l’a pas vue, le marché reste atone et les collectivités pensent plutôt à différer l’investissement. Notre inquiétude porte sur l’impact de la baisse des investissements locaux sur l’économie locale, les entreprises et les associations travaillant pour les collectivités. Avec dans les deux cas, un effet négatif sur l’emploi.

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