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Renouvellement urbain 29/01/2015

Pour François Pupponi, la nouvelle politique de renouvellement urbain doit « casser l’apartheid »

par Martine Kis
François Pupponi © F. Calcavechia

François Pupponi, président de l’Agence nationale pour la rénovation urbaine, a estimé, lors de ses vœux à la presse, que les quartiers connaissaient effectivement une situation d’apartheid. La nouvelle politique nationale de renouvellement urbain (NPNRU) devrait participer au retour d’une certaine mixité, grâce à son intégration dans une politique de la ville globale.

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La relance de la politique de la ville

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« Je partage les mots du Premier ministre sur l’apartheid et la politique de peuplement dans les quartiers », a affirmé avec force François Pupponi, maire de Sarcelles et président de l’Agence nationale pour la rénovation urbaine (Anru), lors de la présentation des vœux de celle-ci à la presse, le 29 janvier 2015.

A ceux pour qui on ne peut parler d’apartheid, il répond que la situation actuelle découle bien d’une politique délibérée de l’Etat, en citant l’exemple de Sarcelles : « Dans les années 80, la rénovation des grands ensembles a provoqué un doublement des loyers. Les classes moyennes sont parties et ont été remplacées par des personnes ayant droit à beaucoup d’APL touchée directement par le bailleur. La préfecture et la Caisse des dépôts ont attribué les logements et la ville s’est alors constituée avec la tour des Marocains, la tour des Maliens, des Antillais… Il s’agissait bien d’une politique organisée de ghettoïsation, pas d’un hasard. »

« Casser l’apartheid »
Selon le président, l’objectif de l’Anru est précisément de « casser l’apartheid, de faire la mixité sociale ». Les exemples de Vaulx-en-Velin et de La Duchêre montrent que cela est possible.

« Les communes de la métropole y ont joué le jeu, celles qui n’en avaient pas ont pris chez elle des populations en difficulté ». Ce qui n’est pas le cas en Ile-de-France, dénonce François Pupponi, qui rappelle que la région concentre 70% des communes pauvres de France. « On est obligé de passer par la loi », déplore-t-il.

Dans les cas où l’on réussit à faire revenir des habitants de la classe moyenne dans les quartiers, il s’agit bien souvent de personnes de la même origine ethnique que les habitants du quartier. « On obtient alors de la mixité sociale mais pas d’origine. Le problème reste le ghetto ethnique », souligne François Pupponi.

Les effets pervers de la loi SRU et du Dalo
Autre source de problème : la loi SRU et l’application du Dalo. Lorsqu’une ville en déficit de logement social en construit, les nouveaux habitants ne sont pas les plus en difficulté. Et les logements qu’ils quittent dans les quartiers sont aussitôt attribués par le préfet aux bénéficiaires du Dalo, ce qui contribue à la paupérisation et la ghettoïsation.

« Le droit au logement est en opposition avec la mixité. Il faudrait interdire le Dalo dans ces quartiers et obliger les villes à construire du PLAI et à accepter les populations les plus fragiles », réclame François Pupponi, qui souhaiterait une évolution de la loi SRU.

NPNRU et développement économique
Dans ce contexte de crise et d’urgence, avivé par les assassinats de Charlie Hebdo et de l’Hyper Cacher, les attentes vis-à-vis de l’Anru sont importantes.

Nouveauté par rapport à la période antérieure : le nouveau programme national de rénovation urbaine (NPNRU) porte une ambition de développement économique et d’emploi.

« Grâce à la loi Lamy, pour la ville et la cohésion urbaine du 21 février 2014, nous avons une capacité d’intervention directe en co-investissant dans l’immobilier », explique Nicolas Grivel, directeur général de l’Anru. Il s’agit, à travers l’investissement immobilier et la construction de promouvoir une offre de logement diversifiée et l’activité économique. Une convention signée le 12 décembre 2014 entre l’Etat et l’Anru a chargé cette dernière de conduire ce programme de 250 millions d’euros pour des opérations de co-investissement en fonds propres.

Intégration aux contrats de ville
Autre avancée importante : les programmes de rénovation urbaine font partie des contrats de villes qui intègrent désormais trois piliers à l’échelle intercommunale : social (éducation, emploi, santé, culture, lutte contre les discriminations…) ; cadre de vie et renouvellement urbain ; développement économique et emploi.

Un parallélisme des politiques publiques important, selon François Pupponi, pour lequel on ne peut se contenter de rénover les quartiers. « On a interpellé une cellule terroriste à Reims, dans un quartier bien rénové. Il faut parallèlement à la rénovation des politiques publiques efficaces en développement économique, sport, éducation, culture… », souligne-t-il.

Achèvement du PNRU
En attendant le lancement progressif du NPNRU, dont les études et de préconventionnements pourront être financés dès cette année, le PNRU se poursuit. « En 2015, l’agence se projette dans la mise en œuvre du premier programme, explique Nicolas Grivel. Il y a encore beaucoup à faire dans les quartiers. On dépensera encore beaucoup dans les années à venir au titre du premier programme. »

Chiffres Clés

Les chiffres du NPNRU

  • 5 milliards d’euros de financement
  • 20 milliards d’euros d’investissements générés
  • 200 quartiers d’intérêt national concernant 2 millions d’habitants
  • 200 quartiers d’intérêt régional, identifiés dans le cadre des négociations des contrats de plan Etat-régions

Calendrier

  • Fin mars 2015 : finalisation des contrats de plan Etat-région
  • 30 juin 2015 : signature des contrats de ville
  • Entre 2015 et 2016 : signature des protocoles préfigurant les conventions de renouvellement urbain

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