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Mandat 31/12/2014

Combattre la mauvaise presse avec des pratiques de bonne foi

par Maud Parnaudeau
"Street art" éloquent et… agressif, à Paris (Marais), en 2013 © Flickr-CC-DBocquet

Face aux critiques voire à la diffamation, les élus doivent-ils choisir la patience, opter pour le silence ou affirmer leur position en (r)établissant les faits ? Qu’il s’agisse d’en découdre avec un média ou un journaliste ou de faire son mea culpa, la situation mérite d’être analysée en profondeur… et sans faire l’autruche !

A la moindre défaillance, au moindre faux pas, les élus sont étrillés par les médias. Nombre d’entre eux auront, durant leur mandat, à faire face à des articles les mettant en cause ou jetant le discrédit sur leur action. Fondées ou non, les informations livrées à la population risquent d’écorner leur image, leur réputation, ou celles de leur collectivité.

Passé l’agacement et la colère, comment agir ? Et faut-il seulement agir ? Disons-le : il n’existe aucune recette miracle. Et ce n’est pas dans les proverbes que se niche la réponse : l’un vous invite à vous taire, car « qui se justifie sans être coupable, s’accuse », et l’autre à parler, puisque « qui ne dit mot consent ».

Un dilemme que confirme Maryline Simoné, conseillère régionale de Poitou-Charentes : « Dans l’absolu, je pense qu’il est sage de privilégier le silence si les allégations sont mensongères, car parler c’est risquer d’alimenter la polémique. Mais se taire, c’est laisser la place aux doutes, donner l’impression que l’on cautionne. »

Au cas par cas
Faut-il s’exprimer, ignorer, intenter un procès, inviter les journalistes pour les convaincre, prendre la population à témoin, parler de chasse à l’homme, promettre une proposition de loi… ? Tout dépend de la nature de la mise en cause et du degré de véracité des faits rapportés.

« Si l’article contient des éléments personnels sur la figure du maire ou stratégiques pour la vie de la collectivité, comme des accusations de fraude ou de corruption, il vaut mieux démentir rapidement, car c’est un terrain propice aux rumeurs », estime Thierry Libaert, professeur en sciences de l’information et de la communication.

 

Avant de penser stratégie, l’élu doit bien mesurer le risque et l’enjeu de parler ou de se taire”
Christelle Champion, consultante associée du cabinet CohéSens

 

Vous vous savez complètement hors de cause ? « Même si c’est le cas, mieux vaut prendre des précautions dans ses actions et dans le vocabulaire utilisé, car il existe toujours des zones d’ombre », note Christelle Champion, consultante associée du cabinet CohéSens. Quand la situation est plus délicate, « je conseille de ne pas réagir à chaud, car on est alors inaudible », ajoute-t-elle.

Par ailleurs, la réaction devra être proportionnée à la critique et à la visibilité de l’article. « Réagir à une simple brève peut éveiller les soupçons », estime Thierry Libaert. Si le personnel de la collectivité est mis en cause, il conviendra de rétablir la vérité ou les faits en interne avant de communiquer à l’extérieur. « Mais, avant de penser stratégie, l’élu doit bien mesurer le risque et l’enjeu de parler ou de se taire », soutient Christelle Champion.

Une actualité chassant l’autre, il est parfois préférable de courber l’échine et d’attendre que l’information soit reléguée aux oubliettes.

La parole aux amis
Si vous craignez que votre silence alimente les suspicions, vos amis peuvent parler à votre place. « La garde rapprochée va avancer des exemples de réalisations ou d’actions positives. L’élu pourra ensuite reprendre la parole dans un contexte apaisé, sur un sujet qui valorise son travail », préconise Christelle Champion.

Option vivement déconseillée par Thierry Libaert : « Il faut à tout prix éviter le corporatisme ». Il serait beaucoup plus utile, selon lui, « d’avoir recours à la parole d’universitaires, de chercheurs ou d’association neutres et reconnues, qui bénéficient d’un crédit de confiance dans l’opinion ».

 

Le juge va interpréter si oui ou non la critique relève du débat public”
Matthieu Cordelier, avocat en droit de la presse et e-réputation

 

Si vous disposez d’arguments ou preuves pour démonter l’attaque, vous pouvez choisir l’explication en bonne et due forme : dans les médias, via une réunion publique ou un courrier aux habitants. Mieux vaut dans ce cas être assez armé pour ne pas être mis en porte-à-faux. « L’intérêt est que les gens vous jugeront courageux », reconnaît Christelle Champion.

Dès que vous êtes nommé ou désigné dans un article, quel que soit le support, vous disposez par ailleurs d’un droit de réponse. Et si la mise en cause est assez grave pour porter « atteinte à l’honneur et à la considération de la personne », il est possible d’intenter une action en diffamation. Dans ce cas, « le juge va interpréter si oui ou non la critique relève du débat public. Si tel est le cas, si c’est une attaque purement politique, l’élu ne pourra gagner sur le terrain de la diffamation. Par ailleurs, si le journaliste utilise le conditionnel, il sera difficile de prouver qu’il y a atteinte », prévient Matthieu Cordelier, avocat en droit de la presse et e-réputation.

En outre, si l’élu sait qu’il existe des éléments pouvant prouver les allégations, il ne doit pas oublier que la partie défenderesse va avoir le droit de rapporter la preuve de la vérité de ses propos. « Dans ce cas, il vaut peut-être mieux se contenter d’un droit de réponse ou intenter une action pour injure, car le média ne pourra alors avancer l’excuse de la bonne foi », précise Matthieu Cordelier.

L’atout de la transparence
Une fois dans l’œil du cyclone, il arrive qu’aucune stratégie ne fonctionne. C’est souvent le cas quand il n’y a pas eu d’anticipation. « Les élus doivent sonder en permanence le terrain, en s’entourant de capteurs d’opinion. Ainsi ils capitalisent au quotidien ce qui leur servira de munition quand ils devront se défendre », assure Christelle Champion.

 

Quand on est effectivement en cause, la stratégie la plus efficace est celle où on assume en bloc”
Thierry Libaert, professeur en sciences de l’information et de la communication

 

Enfin, quand les faits sont là, que vous avez effectivement fait preuve de négligence, que les reproches à votre encontre sont fondés, pas d’hésitation, faites votre mea culpa. « Quand on est effectivement en cause, la stratégie la plus efficace est celle où on assume en bloc. La posture de responsabilité est celle qui fonctionne le mieux à long terme et qui ouvre la voie à l’oubli », estime Thierry Libaert.

Affirmer publiquement que vous vous êtes trompé, c’est aussi montrer que vous pouvez commettre des erreurs comme tout un chacun. Cette marque d’honnêteté, cet effort de transparence auront aussi l’avantage de minimiser le risque d’acharnement médiatique. Un proverbe ne dit-il pas : « Faute avouée est à moitié pardonnée » ?

 

Fausse nouvelle : que dit la loi ?
L’article 27 de la loi du 29 juillet 1881 sur la liberté de la presse prévoit que « la publication, la diffusion ou la reproduction de nouvelles fausses » est punissable quand elle est faite « de mauvaise foi » et susceptible de « troubler la paix publique ». Pour la jurisprudence, le délit est constitué quand la fausse nouvelle est imputable à un journaliste professionnel à même de vérifier les renseignements obtenus par lui, et qu’il y a eu de sa part une volonté délibérée de la répandre.

 

Comment réagissez-vous aux allégations de la presse ?

« Ne pas omettre de communiquer en amont »
« Nous pouvons faire des erreurs. Il faut les assumer et dire clairement qu’on s’est trompé. Mais cela ne suffit pas toujours. On paie parfois le manque de communication en amont. Par exemple, nous avons mis en place un pass déchetterie car nos tonnages explosaient. Nous n’avions pas imaginé que cela pourrait poser problème aux usagers, au regard des conditions que nous avions définies. Un article de Sud-Ouest a mis le feu aux poudres en pointant les conséquences pour certaines personnes. On a eu beau expliquer les raisons du dispositif, dire qu’on donnerait des passages supplémentaires, plus personne ne nous entendait. Face à la calomnie en revanche, tenter de se justifier est un combat perdu d’avance. J’ai toujours préféré faire le dos rond et en reparler à froid à l’occasion des campagnes électorales. »
Maxime Bono, ancien maire et ancien président de la communauté d’agglomération de La Rochelle

 

« Se taire plutôt que faire naître le doute »
« Je ne fais pas parti des élus particulièrement exposés aux critiques de la presse, excepté en période pré-électorale, où les journaux ont tendance à faire leurs choux gras des polémiques lancées par les adversaires. Quand c’est le cas, je ne réponds pas. Que voulez-vous démentir face à des mensonges tellement gros qu’on ne peut y croire ? Je préfère penser qu’il existe un contrat de confiance entre les citoyens et moi, qui leur permet de démêler le vrai du faux. Et puis, si vous répondez, les gens vont penser qu’il y a un fond de vérité. Quant à faire un démenti, les journaux n’aiment pas ça et vous vous retrouvez bien souvent avec la version des faits du journaliste à la suite de votre explication. Ce qui retire évidemment tout intérêt à la démarche. »
Jean-François Barnier, maire du Chambon-Feugerolles, vice-président du CG de la Loire (42)

 

« Eviter le silence et faire confiance aux citoyens »
« Je n’ai jamais vraiment fait l’objet d’attaques personnelles dans la presse. Quand il s’agit d’une mise en cause de notre action, j’estime qu’il faut rétablir la vérité via un communiqué ou une conférence de presse. Mais pas contacter directement les rédactions pour se plaindre du traitement de l’information. C’est inutile, voire contre-productif. Il faut travailler sur le long terme. Sans inviter les journalistes à dîner… il faut prendre le temps d’avoir des conversations avec eux pour plaider nos sujets, alimenter leurs papiers et leur fournir la matière dont ils ont besoin. Après, je pense que les citoyens font bien plus la part des choses qu’on ne l’imagine. La preuve : après une campagne électorale de 2010, rythmée par les polémiques en tous genres, nous avons obtenu 61 % des voix au second tour. »
Jean-François Macaire, président de la région Poitou-Charentes

Chiffres Clés

  • 45 000 euros
    C’est le montant de l’amende encourue pour diffamation contre une administration, un fonctionnaire, un dépositaire ou un agent de l’autorité publique.

Références

  • Article publié dans Le Courrier des maires n° 283 d'octobre 2014 (p.62)
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