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Entretien - Prévention des risques 10/12/2014

Nicolas Bauduceau (Cepri) : « Nous devons rendre les territoires plus résilients à l’inondation »

par Emmanuelle Lesquel
Nicolas Bauduceau, directeur technique et scientifique du Cepri © Cepri

Agronome et directeur scientifique et technique du Centre européen de prévention du risque d'inondation (Cepri), Nicolas Bauduceau est un spécialiste de la gestion du risque d’inondation en lien avec l’aménagement du territoire. Il met depuis 2006 ses compétences au service des collectivités afin de promouvoir de nouvelles approches de prévention.

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Le maire et la prévention des inondations

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Courrierdesmaires.fr. Quelles sont les causes des récentes inondations dans le Sud ?

Nicolas Bauduceau(1). C’est d’abord la pluie qui tombe. Pris isolément, les événements intenses qui ont eu lieu ne sont pas rares. Ce qui a été exceptionnel, c’est le nombre de ces épisodes.

Par ailleurs, depuis 10 ans le Languedoc-Roussillon a accueilli beaucoup de monde. Or, c’est une région où il est presque inévitable de s’implanter dans des zones à risques, pas forcément adaptées aux installations humaines.

 

On parle beaucoup du changement climatique, de l’imperméabilisation des sols ou du mauvais entretien des cours d’eau. Qu’en est-il ?

N. B. Il n’est pas possible aujourd’hui de faire de corrélation directe avec le changement climatique. En ce qui concerne l’entretien des rivières ou l’imperméabilisation des sols, ces sujets focalisent souvent l’attention, alors qu’ils sont annexes.

Le « bon sens » des anciens fausse parfois le débat. Si les rivières sont recalibrées l’eau arrivera plus vite en aval et c’est là qu’elle posera problème.

Même quand les sols ne sont pas bétonnés, une fois qu’ils sont gorgés d’eau, ils deviennent aussi totalement imperméables. Au-delà d’un certain volume de précipitations, l’eau finit toujours pas déborder.

 

Des mesures suffisantes ont-elles été prises pour éviter ces inondations ?

N. B. Le pourtour méditerranéen est la région qui a le plus bénéficié d’investissements publics pour la prévention des risques en France.

Des centaines de millions d’euros ont été investis dans les digues et des progrès ont été faits en matière de prévision et d’alerte et dans la gestion de la crise. Malgré une intensité supérieure, les récentes inondations ont fait moins de dégâts humains qu’en 1999.

Cependant, en matière de prévention des risques, il est difficile de mesurer le chemin parcouru. Il faudrait pouvoir évaluer le couple efforts/bénéfices.

 

Malgré toutes les précautions, il arrive toujours un moment où l’eau passe. Il faut préparer les populations à ce risque résiduel.”

 

Que faut-il mettre en œuvre alors ?

N. B. En termes de gestion du risque inondations, il existe deux grands pans qui se complètent :

  • celui qui consiste à essayer d’empêcher l’eau d’arriver sur les zones habitées,
  • et celui de la gestion de l’urbanisme et des populations afin de rendre les territoires plus résilients à l’inondation.

Le réflexe séculaire est de vouloir empêcher l’arrivée de l’eau, notamment en construisant des digues de plus en plus hautes. Malheureusement, souvent, les politiques s’arrêtent là. Malgré toutes les précautions, il arrive toujours un moment où l’eau passe. Il faut préparer les populations à ce risque résiduel.

 

Comment s’y préparer ?

N. B. Il existe beaucoup de choses à mettre en œuvre, mais la première est de commencer à réfléchir différemment en acceptant le risque. En voulant à tout prix empêcher l’eau de passer, la population perd la mémoire du risque alors qu’il faut justement maintenir cette histoire écrite sur le territoire.

Si les petits événements arrivent moins souvent, le risque s’efface des mémoires. Les gens ne verront que la grande inondation.

Si l’urbanisation est réalisée de la mauvaise façon au mauvais endroit, si les populations ne sont pas préparées, les dégâts seront très importants. Il y a par exemple beaucoup de travail à faire sur la façon de s’installer à certains endroits.

 

Qu’est ce qui freine les élus sur cette question de l’urbanisme ?

N. B. Le réflexe est de renforcer les protections. Or les gens placés derrière les digues se sentent protégés et on entre dans un cercle vicieux. Souvent, les élus ont peur d’ouvrir la boîte de Pandore et de dire « il y a un risque, il faut s’y préparer ». Il est par exemple très dur pour des élus de dire : « J’ai réussi à faire rehausser la digue mais il faut quand même se préparer à l’inondation ».

 

Le ministère de l’Ecologie a lancé un appel d’offres « territoires en mutation » pour trouver des solutions à l’aménagement de zones inondables.”

 

Imaginer une nouvelle typologie d’habitat qui inscrit le risque dans le paysage est une option intéressante. Des solutions sont en train d’émerger. Le ministère de l’Ecologie a par exemple lancé un appel d’offres « territoires en mutation » pour trouver des solutions à l’aménagement de zones inondables.

 

Et sur la gestion de crise, les choses progressent-elles ?

N. B. Suivi météo pointu couplé à l’alerte, travail de mémoire du risque, ou information des populations sur les conduites à tenir, les choses progressent à certains endroits, mais il reste aussi beaucoup de progrès à faire dans ce domaine.

Tout n’est certes pas simple à réaliser, surtout pour des petites communes, mais le maire à tout intérêt à se préparer en amont à la gestion du risque. Il peut pour cela s’appuyer sur le soutien d’autres collectivités : région, département, agglomération, ou syndicats mixtes.

Note 01:

Directeur technique et scientifique du Centre européen de prévention du risque d'inondation - Retourner au texte

Approfondir le sujet
  • Le Centre européen de prévention et de gestion des risques d’inondation (Cepri) est une association créée le 1er décembre 2006.
    Le projet est né au sein de collectivités territoriales, porté notamment par le conseil général du Loiret et conduit en partenariat avec l’Etat (ministère de l'Ecologie et du Développement durable).
    Le Cepri vise à être l’interface entre les collectivités et l’Etat autour de la thématique de la prévention et de la gestion du risque d’inondation.

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