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97e Congrès des maires - Entretien 21/11/2014

Jacques Pélissard : « Le président de l’AMF se doit d’être un rassembleur »

par Martine Kis
Jacques Pélissard, président de l’AMF (2004-2014) © P. Marais

Le député-maire (UMP) de Lons-le-Saunier et président de l’Espace communautaire Lons Agglomération (Ecla) cédera son siège de président de l’Association des maires de France lors du 97e Congrès des maires et présidents de communautés de France qui se tient à Paris-Porte de Versailles du 25 au 27 novembre.

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Les temps forts du 97e Congrès des maires

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Le Courrier des maires. Vous vous apprêtez à quitter la présidence de l’Association des maires de France (AMF), lors de son 97e Congrès, après dix ans de mandat. Si vous faites un bilan, quelle a été votre principale satisfaction ?

Jacques Pélissard. Elle est d’avoir permis à l’AMF de prospérer dans l’unité, de dépasser les clivages politiques, démographiques, géographiques. Cela n’a pas toujours été facile, il y a eu des tensions.

Il a fallu de la diplomatie et de l’énergie pour dégager une position commune qui ne soit pas un consensus mou. Les positions politiciennes tranchées sont aux antipodes de la culture politique de l’AMF. Le président se doit d’être un rassembleur.

 

Vous êtes cependant député, engagé politiquement. Vous attendiez-vous à cette obligation de réserve ?

J. P. Je n’ai jamais vécu une obligation de réserve ! Mais j’ai vite compris que, confrontées à la réalité, les positions dogmatiques étaient intenables. Il ne s’agit pas pour autant de renoncer à ses convictions ! Il faut pouvoir porter un message, quel que soit le gouvernement, avec une démarche argumentée, un discours convaincu et des positions équilibrées.

 

Quels projets avez-vous pu faire évoluer ?

J. P. Par exemple, avec ses amendements, l’AMF a écrit le titre IX de la loi du 13 août 2004 sur l’intercommunalité. Nous avons aussi largement inspiré la loi de 2010 en faisant de l’intercommunalité un outil au service des communes et avec la mutualisation. Aujourd’hui, chacun ne jure que par la mutualisation. Mais, à l’origine, ce concept a été permis par amendements de l’AMF.

Un autre sujet qui m’a passionné et dont l’AMF a été le porteur en France est celui de la construction du modèle français de gestion des déchets. C’est nous qui avons conçu le dispositif, les amendements, les barèmes… Ce modèle est moins coûteux et plus efficace que le système allemand.

 

L’augmentation des charges combinées à la baisse des dotations est insupportable”

 

Avez-vous, a contrario, des regrets ?

J. P. Non, plutôt des insatisfactions. La plus récente porte sur le combat contre la baisse des dotations. L’AMF a un discours offensif sur l’effet ciseau que subissent les communes. L’augmentation des charges combinées à la baisse des dotations est insupportable.

Concernant le financement de la réforme des rythmes scolaires, il est satisfaisant que Manuel Valls maintienne le fonds d’amorçage pour 2015-2016, mais nous attendons sa pérennisation et sa réévaluation.

 

Avez-vous connu un moment particulièrement émouvant ?

J. P. Oui, en novembre 2011, lorsque j’ai été réélu président de l’AMF. La gauche venait de gagner le Sénat, c’était l’époque des hautes eaux du socialisme triomphant. J’ai pourtant été réélu avec 64% des voix, plus qu’en 2008.

Je ne m’attendais pas à un tel score. Cela m’a prouvé que les maires me faisaient confiance pour piloter une AMF sans parti pris, pour en faire une association constructive par rapport à quelque gouvernement que ce soit. Ce sentiment de mériter cette confiance était une joie chaude.

 

J’ai pu dire ma vérité aussi bien à Nicolas Sarkozy qu’à François Hollande. J’estime avoir eu plus de pouvoir d’action qu’un ministre aux ordres”

 

Auriez-vous souhaité être ministre ?

J. P. Non, parce que, président de l’AMF, j’ai pu avoir une approche très globale sur des registres d’action multiples, comme le maire compétent dans tous les domaines.

En outre, le président de l’AMF est un homme libre, qui ne dépend pas de quelque parti ou ministère que ce soit. J’ai pu dire ma vérité aussi bien à Nicolas Sarkozy qu’à François Hollande. J’estime avoir eu plus de pouvoir d’action qu’un ministre aux ordres.

 

Comment voyez-vous votre avenir après l’AMF ?

J. P. Je suis disponible pour que le pays avance et soit plus efficace en gestion et plus rassemblé en gouvernance. La vie politique française est marquée par une majorité qui détient tous les pouvoirs et une opposition qui critique systématiquement. C’est improductif. J’en appelle à une gouvernance qui permettrait de construire et réformer ensemble.

 

Quels sont les dossiers les plus lourds transmis à votre successeur ?

J. P. La question des rythmes scolaires va encore se poser. Celle du financement des collectivités est très prégnante. On ne peut continuer à imposer des charges non financées.

Il lui faudra se battre pour que la réforme territoriale respecte les collectivités sur trois points : abandonner le seuil des 20 000 habitants, permettre aux élus de définir l’intérêt communautaire ainsi que la forme de mutualisation.

Références

  • Entretien publié dans Le Courrier des maires n° 284 de novembre 2014 (p. 18)

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