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Entretien 24/10/2014

Alain Jund, élu de Strasbourg : « La voiture reprend le pouvoir en ville »

par Nathalie Da Cruz
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La voiture reprend le terrain gagné par le vélo, déplore l'adjoint au maire et vice-président de la CU de Strasbourg. Alain Jund pointe un recul de l'intérêt des politiques pour l'environnement, même si la loi sur la transition énergétique marque quelques points.

Le Courrier des maires : En septembre 2014, lors d’une rencontre du Club des villes et territoires cyclables, vous avez fait part, comme d’autres adhérents du Club, de votre inquiétude face à un certain retour de la voiture en ville. Qu’avez-vous observé ?

Alain Jund. Nous nous trouvons dans une situation paradoxale. D’un côté, les Français n’ont jamais acheté autant de vélos : plus de 2,8 millions de vélos(1) ont été vendus en 2013. La part modale(2) progresse dans les villes. Le vélo fait l’objet de plusieurs ouvrages récents(3), signe d’un intérêt renouvelé.

D’un autre côté, depuis les dernières élections municipales, souvent à la suite d’un basculement politique, plusieurs signaux font craindre un retour de la voiture en ville.

A Thionville, les routes ont été élargies, au détriment des voies cyclables. Reims rend la première heure de stationnement gratuite. Le nouvel élu de Toulouse métropole en charge des Transports déclare : « Nous ne sommes plus dans la sacralisation du vélo. »

La Fédération nationale des usagers de transports (Fnaut) a édité un document listant les mesures favorables à la voiture prises par les nouvelles équipes. Cela sonne comme un retour en arrière par rapport à tous les efforts entrepris en faveur du vélo lors du précédent mandat. La voiture est une espèce invasive qui est en train de reprendre la place qu’elle occupait il y a quelques années, qu’il s’agisse des voies ou des places de stationnement.

 

Pourquoi ce retour en grâce de la voiture ?

Alain Jund. La crise économique a entraîné un retour des politiques à court terme. Nous avons assisté à de fortes prises de conscience sur le climat au cours des dernières années, notamment en 2008-2009. Mais le recul est net, aujourd’hui. La fin déplorable de l’écotaxe le prouve. De même,  alors que Paris accueillera la Conférence pour le climat dans un an, on sent peu d’enthousiasme pour ce sujet.

 

Alain Jund, adjoint au maire et vice-président de la CU de Strasbourg en charge de l’urbanisme et de la transition énergétique
« Soit les élus cèdent à une partie de l’opinion publique, soit ils pensent à l’avenir et tiennent bon. Selon moi, il faut être ferme et contraignant. »

 

 

Comment les élus locaux peuvent-ils agir ?

Alain Jund. Naturellement, lors de toutes les élections municipales, le débat sur la place de la voiture refait surface… Deux attitudes sont possibles : « soit les élus cèdent à une partie de l’opinion publique, soit ils pensent à l’avenir et tiennent bon. Selon moi, il faut être ferme et contraignant.

Dans la grande majorité des villes de France, plus de 50 % des déplacements en voiture sont inférieurs à 2 kilomètres. Il est possible d’agir sur une partie de ces 50 % : ce n’est ni de l’utopie ni une révolution.

A Strasbourg, lors du précédent mandat, nous avions pris l’engagement de supprimer le stationnement sur la place du Château, tout près de la cathédrale. Nous avons dû faire face à une levée de boucliers… Nous n’avons pas cédé. Aujourd’hui, la population est satisfaite d’avoir reconquis de l’espace public. Une fois que le changement est opéré, les retours sont positifs. Mais nous sentons que c’est une bataille quotidienne.

© Flickr CC by C. Laude

 

Réserver de la place aux cyclistes et aux piétons ne suffit pas, que faut-il faire d’autre ?

Alain Jund. Il faut non seulement limiter la place de la voiture et ses moyens de pénétration dans la ville, mais aussi développer les modes alternatifs : vélo, marche à pied, transports collectifs, via des aménagements. Il faut aussi faire preuve de pédagogie, informer et accompagner le changement.

 

 

Les déplacements sont le parent pauvre du texte sur la transition énergétique. »

 

 

Que pensez-vous de la loi sur la transition énergétique adoptée par le Parlement le 14 octobre ?

Alain Jund. Le texte me paraît globalement positif, mais je note un tropisme de la voiture électrique. Or, la mobilité ne se réduit pas à cela. Les déplacements sont le parent pauvre de ce texte. Grâce au Club des parlementaires pour le vélo, cependant, deux mesures intéressantes ont été adoptées :

  • la création d’un crédit d’impôt pour les entreprises qui acquièrent des flottes de vélos pour leurs salariés
  • et l’indemnité kilométrique vélo, qui pourra être mise en place à partir de juillet 2015.

Espérons que ces deux points ne seront pas gommés lors des navettes parlementaires.

 

Revenons à la voiture. Qu’en est-il du parc de véhicules français ?

Alain Jund. Le parc automobile français est un des plus « dieselisés » en Europe : 72 % des ventes de véhicules neufs concernent des motorisations diesel, contre 47 % en Allemagne(4). Or, on connaît les ravages des particules fines émises par les moteurs diesel. Il faudrait, pour améliorer à la fois la santé publique et les exportations, réorienter l’industrie automobile française vers des véhicules moins polluants, tournés vers l’avenir.

 

Le président du club des villes et territoires cyclables, Jean-Marie Darmian, lors du Salon européen de la mobilité  (11 juin 2014) rappelle les atouts du vélo, mode de déplacement « propre ».

Note 02:

Répartition en % des différents modes de déplacements. Synonyme : part de marché. - Retourner au texte

Note 03:

Trois ouvrages publiés en 2014 : "le Pouvoir de la pédale", d'Olivier Razemon, "A vélo, vite !",  de Véronique Michaud, et "le Retour de la bicyclette", de Frédéric Héran. - Retourner au texte

Note 04:

Données du Comité des constructeurs français d’automobiles. - Retourner au texte

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  1. Limiter la voiture en ville, excellent objectif, pour certains, un mal nécessaire, mais les déplacements alternatifs encore bien trop précaire. Les politiques s’investissent pour le GCO, les autres moyens étant de fait étouffés, les autoroutes « faisant office d’aspirateurs de voiture, encourageant la voiture, les camions etc. à quand les vrais engagement contre le tout bagnole ? ??? Je dois quitter Strasbourg à 22h30… mais les trains ne roulent plus. donc la voiture reste indispensable. le relais tram coûte très cher comparé à ces 2 km de voiture à faire en + pour arriver à l’Esplanade etc… Marre des engagement du bout des lèvres….

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