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PRATIQUES LOCALES 27/06/2012

A Strasbourg, le site intègre le temps long du chantier et son appropriation par les habitants

par Martine Kis

Il est bel et bien de prévoir la sécurité d’un site une fois son aménagement réalisé. Mais qu’en est-il durant le temps long du chantier, qu’il s’agisse de la sécurité du chantier ou de celle des habitants d'un site en mutation, dont l’évolution change leurs habitudes et qui peut susciter des comportements délictueux ?

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Urbanisme & sécurité

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Vol de matériaux, menace physique contre les ouvriers, risque de racket: la sécurité du chantier lui-même doit être prise en compte. Renaud Prouveur, PDG d’Althing, préconise la mise en place d’un schéma directeur de sûreté des chantiers, portant sur l’organisation même du chantier et de son gardiennage, de façon à protéger ouvriers et matériels.

Dans certains cas, il s’agit d’une phase dangereuse durant laquelle les démolitions peuvent «casser» des caches d’armes et de drogue. «Il faut communiquer pour légitimer le chantier, conseille-t-il, savoir que les nuisances et les routes sales sont aussi génératrices de tension et de rejet.»

Changement d’axe géographique
A Strasbourg (Bas-Rhin), le grand projet des Deux Rives pose le problème de l’adaptation du chantier aux besoins des habitants. En particulier, ceux du quartier du Port du Rhin, pauvre, enclavé, lieu d’incidents violents lors du sommet de l’Otan en 2009. Le projet prévoit un bouleversement complet des habitudes avec la création d’un axe est-ouest au lieu d’un fonctionnement nord-sud aujourd’hui.

Comment faire pour que, durant les dix ou quinze ans prévus pour l’achèvement du projet, les habitants ne s’en sentent pas exclus, toujours plus relégués ? Ces questions ne sont pas étrangères au problème de sécurité: si les changements ne sont pas accompagnés, la place laissée libre par une population déstabilisée risque d’être occupée par des trafiquants, déjà présents, ajoutant encore à l’insécurité d’un site déjà difficile.

L’esplanade de l’école, outil de la reconquête
L’Atelier Landauer préconise donc de phaser le chantier en tenant spécifiquement compte des pratiques et besoins des habitants, objets d’une enquête de terrain.

Le parvis de l’école est un enjeu particulièrement important. Malgré la présence de quelques dealers, c’est là que les enfants et les familles se retrouvent, que s’organisent les fêtes. Les habitants craignent que les nouveaux aménagements ne s’intéressent qu’aux futurs habitants.

Dans un premier temps, il est donc prévu d’aménager l’esplanade de l’école afin d’atténuer la brutalité du changement d’axe à venir. «Nous n’avons aucune prescription technique sécuritaire, il s’agit d’accompagner les usages positifs existants», explique Paul Landauer.

Suivant l’aménagement de l’esplanade, au fil des phases et des années, l’axe nord-sud de l’esplanade se renforcera pendant que, progressivement, l’orientation est-ouest se dessinera, en améliorant le lien avec le pont sur le Rhin, en confortant les jardins familiaux, en créant des voiries de circulation douce provisoire pour s’achever avec la disparition des aménagements temporaires avec l’arrivée du tram et l’achèvement du quartier, en 2015-2020.

 

TEMOIGNAGE

« Améliorer ce qui existe et travailler sur l’évolution du site »

Philippe BIES, délégué à la politique de l’habitat, au renouvellement urbain et à la gestion du patrimoine bâti sur la ville de Strasbourg, à la gestion de l’hébergement d’urgence à la communauté urbaine de Strasbourg

«Le quartier du Port du Rhin compte 2.600 habitants. Il est enclavé entre le Rhin, le port autonome, la voie ferrée. Le taux de chômage y est de 38% et on y trouve les plus bas revenus de la communauté urbaine de Strasbourg. Les habitants se sentent délaissés, et c’est une réalité.

En février 2009, nous avons décidé de raccorder ce quartier à la ville avec le tram qui va vers l’Allemagne. Avec le projet de rénovation urbaine des Deux Rives, ce sera le 2e quartier européen de Strasbourg.

Pour ne pas déstabiliser la population, nous avons prévu un phasage des travaux qui tienne compte de la qualité de vie des habitants et pas uniquement de l’aménagement. Ainsi, nous commençons par le réaménagement du parvis de l’école. Ce n’est pas utile pour le projet, mais c’est le lieu central du quartier où tout se passe.

Nous créons aussi un cheminement nord-sud, conforme au fonctionnement au quartier, alors que le projet prévoit à terme un fonctionnement est-ouest. Le sentiment d’insécurité vient souvent de l’inconfort sur l’espace public. L’enjeu est donc d’améliorer ce qui existe et de travailler sur l’évolution du site. » 

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