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Innovation 07/10/2014

Les Fermes en ville font la promotion de la culture hors-sol

par Martine Kis
Les Fermes en ville à Saint-Cyr-l'Ecole (78) © Les Fermes en ville

A Saint-Cyr, près de Versailles, une ancienne friche issue de terres de chantier s'est transformée en démonstrateur de pointe pour l'agriculture urbaine hors-sol. Une expérience attentivement suivie pour éventuelle réplication.

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Peut-on récupérer des friches urbaines pour y faire de l’agriculture et nourrir les citadins ? C’est pour en avoir le cœur net qu’a été lancé un « démonstrateur d’agriculture urbaine en économie circulaire », par Versailles Grand Parc, avec 4 entreprises.

C’est un site cumulant les problèmes, mais représentatif d’une problématique urbaine ou suburbaine qui a été choisi à Saint-Cyr : une ancienne décharge de déchets inertes, issus des remblais de l’autoroute A 12, fermée en 1990 et transformée en décharge sauvage, zone de deal, de cross… Un site déshérité, mais dans le cône de vue du château de Versailles et à proximité d’une grande station d’assainissement en cours de modernisation.

Revaloriser un foncier délaissé
En 2010, la ville de Saint-Cyr fait part à la société les Jardins de Gally de ce problème de délaissé. L’entreprise, qui justement réfléchissait à un projet de démonstrateur sur un autre site, fait l’acquisition de la décharge et lance le projet sous le nom « Les Fermes en ville », avec 3 autres membres de la grappe d’entreprises le Vivant et la ville (labellisée Datar).

Leur objectif : voir s’il est possible de mettre en œuvre un modèle économique viable, permettant de revaloriser un foncier délaissé, sur la base d’une solution conçue en économie circulaire et solidaire et, en outre, reproductible. « De nombreux sites en ville ou dans le périurbain ne sont pas urbanisables ou sont en attente d’un projet, comme une base aérienne ou militaire abandonnée ou, bientôt, les déblais des chantiers du Grand Paris. Or, ces délaissés ont un coût pour la collectivité », explique Xavier Laureau, président du Vivant et la ville et directeur général du groupe Gally.

 Viabiliser la friche
Avant tout, les 3,5 hectares de la friche doivent être défichés et nettoyés. Pour aplanir le terrain irrégulier, il est tiré profit du chantier d’enfouissement de la station d’épuration voisine. Plutôt que d’envoyer les milliers de m3 de terre en décharge, ils sont transportés à quelques centaines de mètres et récupérés pour recouvrir la friche.

Ultérieurement, les eaux de la station seront aussi utilisées sur le site. Toujours pour économiser l’eau, le site, au sol semi-imperméable, est configuré de façon à récupérer les eaux de pluie et d’arrosage dans un bassin.

Production hors-sol

© Les Fermes en ville Une vitrine des techniques hors-sol.

Le sol de la décharge étant inerte et non fertile, les cultures sont  toutes hors-sol. Ce qui n’est pas synonyme de pollution et goût fade. Au contraire. Les quantités d’eau sont très précisément calculées et le surplus récupéré. Peu d’intrants sont nécessaires, et n’entrent pas en contact avec la nappe phréatique. Quant au goût, tomates, fraises, framboises… rappellent les fruits d’antan.

Les Fermes en ville se veulent d’ailleurs une vitrine des techniques hors-sol : sacs, godets, colonnes… utilisant un substrat de culture issu des tailles de haies de Versailles.

Pourquoi une telle insistance des concepteurs du projet sur le hors-sol ? « Cette technique permet d’utiliser des sols stériles ou pollués et autorise la réversibilité du site », explique Marie-Christine Huau, directrice de projets chez Veolia. Il est ainsi possible de mener une exploitation pendant 10-15 ans avant de décider du sort du foncier.

Pour Xavier Laureau, il s’agit aussi de relever un autre défi : « Avec Rungis, l’agglomération parisienne dispose de 3-4 jours d’autonomie alimentaire. Ici, nous œuvrons pour garder des savoir-faire pour des périodes d’autarcie ».

Circuit court
Le démonstrateur veut aussi expérimenter la faisabilité des circuits courts dans tous les domaines. On l’a vu, les terres du chantier de rénovation de la station d’épuration ont été utilisées pour aplanir le site. Les eaux de la même station alimenteront les cultures. Les copeaux qui recouvrent le sol viennent des arbres défrichés sur place.

Circuits courts également pour la commercialisation des produits, qui ne sont ni stockés ni refroidis. Ceux-ci sont donc distribués sur un rayon de 20 km, englobant donc Paris. Une innovation : un « distributeur fermier automatique », ouvert 24h/24 au bord d’une route.

Objectif : productivité et multifonctionnalité

© Les Fermes en ville Pas de serre coûteuse et fragile. Un filet suffira pour briser le vent.

« La plupart des projets d’agriculture urbaine en Europe sont très beaux mais très high-tech et coûteux et nécessitent donc des investissements importants », remarque Xavier Laureau. « Ici, l’objectif est de mener une exploitation qui s’équilibre d’elle-même, sans subvention des collectivités, grâce à la multifonctionnalité ».

Premier élément de rentabilité : la productivité de l’exploitation, dont le rendement est supérieur à celui de l’agriculture en pleine terre. Par ailleurs, les options techniques visent à minimiser les coûts. Pas de serre coûteuse et fragile. Mais plutôt un filet, qui suffit pour briser le vent, protéger de la grêle, tout en profitant de l’eau de pluie, et d’augmenter la température.

Par contre, pas de récolte d’hiver possible. L’économie circulaire permet également de réduire les charges. Enfin, exploiter un site délaissé, pollué et stérile lui donne de la valeur et permet d’éviter l’investissement dans une terre agricole coûteuse.

Quant aux espèces cultivées, elles ont été choisies de façon à permettre une certaine plus-value : fraises, framboises, tomates cerises, et non carottes ou pommes de terre…

Diverses activités permettent également de rentabiliser le démonstrateur : formation de techniciens en agriculture urbaine, jardins pédagogiques pour des visites de scolaires, location d’espaces de jardinage… Et des ruches valorisent des espaces difficiles à utiliser, grâce à la vente de miel et à des activités pédagogiques sur l’apiculture.

Enfin, rendre exploitable un site délaissé, qu’il fallait malgré tout entretenir, permet d’alléger la charge pour la collectivité.

Pourquoi un démonstrateur ?
Le projet cherche à répondre à de nombreuses questions. Quelle est la surface minimale et quelles sont les conditions nécessaires pour que le projet soit reproductible et être rentable ? Jusqu’à quand peut-on parler d’économie circulaire ? Ici, par exemple, l’eau arrivera sans surcoût grâce à la proximité de la station d’épuration.

Que faire des déchets ? Quelle distance peut-on parcourir avec les déchets verts produisant les substrats tout en restant économe en CO2 et en coût de transport ? Quel impact sur la pollution de l’air et donc les produits de la proximité de l’autoroute ? Pendant deux ans, L’Ademe et l’Inra suivront ce travail.

Chiffres Clés

Financement

  • 50% d’autofinancement par le mandataire du groupement d’entreprises
  • 50% : Versailles Grand Parc, conseil général des Yvelines, région Ile-de-France, Europe (programme Leader), ministère de l’Agriculture, Ademe.

 Montant de l’investissement

  • Infrastructure : 400 000 € (avec coûts évités sur le chantier de la station d’épuration)
  • Exploitation : 350 000 €

Fonctionnement : 200 000 €

  • CA prévisionnel année 1 ( sur 100 ha) : 250 000 €
  • CA prévisionnel année 2 et suivantes (sur 200 ha): environ 350 000 €
Approfondir le sujet

Les Fermes en ville

Le groupement Les Fermes en ville compte 4 entreprises :

  • Les jardins de Gally, mandataire du groupement : conception et pilotage du projet
  • Veolia : gestion et le traitement de l’eau, économie circulaire appliquée aux ressources
  • Hydrasol : expertise concernant les échanges terre-eau
  • Sol Paysage : évaluation du projet (intégration paysagère, qualité des substrats de culture, polluants atmosphériques de l’environnement etc.)
Thèmes

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  1. Je réside à St cyr je suis très intéressé par ces techniques.
    Je développe dans ma cave et à l intérieur de mon appartement l’aquaponie
    Je souhaiterais échanger avec vous sur ces sujets

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