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26/06/2010

Culture : conserver et diffuser son patrimoine

par La rédaction

Les collectivités locales ont compris l’atout patrimonial et culturel que représente la numérisation des fonds de leurs bibliothèques ou de leurs musées, sur des critères scientifiques et pédagogiques bien établis.

Cet article fait partie du dossier:

Fibre optique, e-services, éducation, patrimoine... les chantiers numériques des collectivités

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«Pour beaucoup de jeunes, ce qui n’est pas accessible via internet n’existe pas. Il faut donc numériser les fonds patrimoniaux, sinon nous risquons d’être absents du domaine de la connaissance», affirme Gilles Gudin de Vallerin, président de l’Association des directeurs des bibliothèques municipales et intercommunales des grandes villes de France. Scanner les fonds des bibliothèques, des archives et des musées et les mettre en ligne, cela signifie les partager avec le plus grand nombre. Cela permet de rendre accessibles à plusieurs personnes en même temps, partout dans le monde, des documents parfois uniques et fragiles.

DEMOCRATISER L’ACCES A LA CULTURE

«Il y a une attente forte du public de pouvoir accéder à des documents via le web», confirme Jean-François Debat, maire de Bourg-en-Bresse (01). La ville, avec son portail bourgendoc.fr, propose un point d’accès unique aux ressources de ses bibliothèques, de ses archives et du musée de Brou.

Selon le maire, les internautes sont de plus en plus autonomes et ne s’adressent aux établissements culturels que pour obtenir ce qui n’est pas en ligne. «On améliore le service rendu au public, sans surcharger les services municipaux !» se félicite-t-il.

FAVORISER LE RAYONNEMENT DE LA VILLE

La numérisation permet non seulement de démocratiser l’accès à la culture, mais aussi de favoriser la visibilité et le rayonnement de la ville, notamment par la mise à disposition d’autres sites régionaux, nationaux ou internationaux de ses ressources. «Chaque ville a une histoire, une identité, une marque. Il y a une cohérence à trouver avec le projet de numérisation», souligne Thierry Claerr, du service du livre et de la lecture au ministère de la Culture et de la communication, qui a codirigé la rédaction de l’ouvrage «Numériser et mettre en ligne» (Presses de l’Enssib).

Scanner ses fonds est un moyen de préserver les originaux qui souffrent de manipulations trop fréquentes. C’est le cas des manuscrits anciens… comme de la presse du 19e siècle.Reste alors à sélectionner les documents méritant d’être numérisés et à bâtir une politique de numérisation dans le cadre de la conservation et/ou de la diffusion de ces documents.

QUESTION DE METHODE

«Il faut éviter de numériser pour numériser», prévient Anne Deschamps, adjointe à la culture et la valorisation du patrimoine de Sélestat (67), qui commence par la bibliothèque humaniste, fondée en 1452. «Le plus difficile est de savoir par quoi commencer et surtout d’abandonner l’idée que l’on pourrait tout numériser. Tout ne le nécessite pas et c’est impossible», ajoute Jean-François Debat.

Il est nécessaire de définir des critères en fonction notamment du public ciblé: les chercheurs, les habitants de la ville, les touristes, etc. Il faut s’assurer que les documents n’ont pas déjà été numérisés par quelqu’un d’autre. Et prendre en compte la rareté du document, sa fréquence de consultation, son identité locale, son état de conservation, la programmation d’expositions, les thématiques recommandées par le ministère de la Culture pour bénéficier de subventions, etc.

NUMERISER LES FONDS A UN COUT

«Depuis 2008, nous avons investi 30.000 euros, dont la moitié a été subventionnée par l’Etat», précise Anne Deschamps. Budget quasiment équivalent pour Bourg-en-Bresse qui consacre en moyenne 15.000 euros tous les ans à son plan de numérisation pluriannuel. Des subventions peuvent être obtenues auprès de la Direction régionale des affaires culturelles (Drac) et due Département de la recherche, de l’enseignement supérieur et de la technologie (Drest), mais aussi via la Dotation générale de décentralisation (DGD). ­

Cependant, les salaires des agents qui travaillent sur le projet, la maintenance et l’hébergement du site Web restent à la charge de la collectivité. Si la scannérisation peut être réalisée par les équipes internes, pour des fonds volumineux ou avec des formats particuliers, le recours à des prestataires est souvent incontournable. «Chaque type de documents, plaques de verre, microfilms, photographies, affiches, manuscrits, etc., nécessitent des préconisations particulières. Il faut un cahier des charges le plus précis possible et rester très vigilant à la réception des fichiers», conseille Esther de Climmer, directrice de la médiathèque de Roubaix.

EDITORIALISER LES CONTENUS

Les efforts de numérisation ne doivent pas occulter la nécessité de mettre ces contenus en valeur, de les faire vivre en les éditorialisant, en organisant des expositions numériques, etc. «Nous avons numérisé 2.000 plaques de verre, 300 affiches grand format de la guerre de 1914-18. Mais nous n’avons pas encore pu les verser dans la bibliothèque numérique, faute de temps pour les cataloguer. C’est frustrant», explique Esther de Climmer. «De nombreuses collectivités, après avoir numérisé leurs fonds, ne les mettent finalement pas en ligne, confirme Thierry Claerr. C’est un processus coûteux, il faut des capacités techniques et technologiques importantes avec des compétences en évolution constante.»

Par ailleurs, quand on verse une collection très volumineuse, il faut souvent retravailler le site. «Il faut également que les documents soient référencés dans les grands moteurs de recherche car peu de gens consultent les bases de données spécifiques», estime Gilles Gudin de Vallerin. Pour réussir, les équipes doivent donc être motivées et prêtes à travailler en étroite collaboration avec d’autres métiers.

 

QUESTION A…

Que vous apporte la numérisation de vos fonds ?

Jean-François DEBAT, maire de Bourg-en-Bresse (01) ; http://www.bourgendoc.fr

«Numériser nos fonds permet de valoriser la ville, son patrimoine culturel, intellectuel et artistique. Avec notre portail documentaire Bourgendoc, les documents issus du réseau de lecture publique, des archives municipales et du musée de Brou sont accessibles au public. Outre un outil de conservation du patrimoine, c’est donc la possibilité d’en démultiplier l’accès en faisant entrer la ville dans des réseaux régionaux, nationaux et internationaux. Par exemple, le musée de Brou, qui possède des livres ­illustrés par Gustave Doré, participe à la base de données nationale Joconde. La numérisation est un formidable outil de rayonnement de notre ville et de son patrimoine !»

Anne DESCHAMPS, adjointe à la culture et à la valorisation du patrimoine à la mairie de Sélestat (67) ; www.bh-selestat.fr

«C’est un moyen de donner envie aux gens de venir voir sur place notre bibliothèque ­humaniste ! Notre collection est unique et très précieuse. Au départ, j’avais un peu peur que les gens ne se déplacent plus. Mais rien ne remplace le touché de l’œil. Notre bibliothèque numérique permet à des internautes de découvrir nos manuscrits. Ceux qui veulent en voir plus nous rendent visite car tous les documents ne sont pas en ligne. Nous avons laissé les spécialistes juger de ce qu’il fallait publier. La culture est un levier touristique formidable. Ce type de projet a un réel impact économique.Il est essentiel de ne pas se laisser enfermer dans des solutions techniques qui ne seraient pas ouvertes, car les données publiques doivent pouvoir être réexploitées.»

 

Claire Chevrier

Le Courrier des maires et des élus locaux  de  juin 2010
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