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26/06/2010

Réussir à l’école numérique

par La rédaction

A l'école, en 2010, trop peu d'élèves utilisent l'ordinateur, surtout dans les classes du primaire, parent pauvre des plans numériques nationaux. De plus, le niveau d'équipement diffère d'un établissement à l'autre, d'une classe à l'autre suivant que l'enseignant ait acquis, ou non, une culture pédagogique numérique. Mais certaines communes vont de l'avant.

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 «Les outils numériques ont fait leur preuve pour lutter contre l’ennui en cours, l’absentéisme et l’échec scolaire. Ce n’est pas un problème d’achat de matériel. Il faut, avant tout, développer une nouvelle culture pédagogique», estime Jean-Michel Fourgous, député des Yvelines, maire d’Elancourt.

Fort de son expérience dans les projets éducatifs pilotes menés par sa ville avec des tableaux numériques interactifs (TNI), l’élu a conduit la mission parlementaire sur la modernisation de l’école par le numérique. Il a remis en février 2010 au ministre de l’Education nationale un rapport sur toutes les innovations pédagogiques réalisées avec les technologies de l’information et de la communication pour l’éducation (TICE).

L’Etat a promis d’élaborer un plan national pluriannuel «très ambitieux», selon Luc Chatel, ministre de l’Education, visant à réduire le retard de la France.

Selon Jean-Michel Fourgous, une nouvelle ligne de conduite est nécessaire afin de corriger la grande disparité des politiques d’équipement des écoles publiques et réorganiser la formation aux TICE des enseignants. En effet, selon le Haut conseil de l’éducation, 65 % d’entre eux, tous niveaux confondus, utilisent internet pour préparer leurs cours, mais ils ne sont que 8 % à se servir d’un ordinateur en classe primaire avec leurs élèves.

AU GRE DES BONNES VOLONTES

«Nous savons construire des bibliothèques ou des piscines, mais nous n’avons pas de compétences en matière d’architecture d’écoles numériques», résume Pascale ­Luciani-Boyer, adjointe aux nouvelles technologies à Saint-Maur-des-Fossés (94) et présidente du groupe «éducation et TIC» de l’Association des maires d’Ile-de-France (AMIF). «Nous attendons les conseils de l’Education nationale pour définir ce que nous devons financer car nous sommes obligés de nous entendre pour réussir.»

Depuis l’échec du plan informatique pour tous en 1984 et ses milliers d’ordinateurs restés en souffrance dans leurs cartons, l’enseignement primaire est devenu le parent pauvre des plans numériques nationaux.

Les écoles se sont donc équipées au gré de la bonne volonté des enseignants porteurs de projets innovants et des élus prêts à les financer. «Souvent, un fonctionnaire territorial s’approprie le dossier et parvient à convaincre les élus que l’ordinateur est utile à l’école, témoigne Pascal Faure, conseiller TICE du recteur de l’académie de Nancy-Metz. Ensuite, on peut mettre en place une convention qui clarifie les rôles et les financements de chacun.»

Pour vérifier la bonne utilisation des investissements consentis, les élus ont comme indicateur les résultats du Brevet informatique et internet, le «B2i», qui mesure le bon niveau de culture numérique des élèves. «Nos écoles étaient équipées depuis 2001 mais les résultats du B2i étaient décevants, reconnaît Sylvie Durruty, élue «TIC» à Bayonne. Nous avons lancé, en 2008, un nouveau plan.

Parallèlement à l’équipement, nous avons décidé de développer les usages en nous appuyant à la fois sur les cyberbases de la ville et en ouvrant le portail éducatif. Pour un investissement de 100.000 euros pour l’équipement et 50.000 euros pour l’environnement numérique de travail (ENT)».

UNE ENVELOPPE DE 10.000 EUROS

Au fil du temps, des éléments de base de la classe numérique ont émergé : le tableau numérique interactif (TNI) ou un écran avec vidéoprojecteur complété d’un serveur et d’un chariot mobile ou d’une valise contenant des ordinateurs portables. Cette configuration a fait le succès de l’opération «Ecoles numériques rurales» qui, dans une enveloppe de 10.000 euros, comprenait aussi la formation des maîtres et le choix de logiciels éducatifs. Les aménagements techniques et abonnements à Internet étant à la charge des communes.

Le modèle pourrait être généralisé. Mais «une solution trop standard risquerait de poser des problèmes localement, prévient Pascale Luciani-Boyer. Le référentiel doit être large, pour monter un partenariat triangulaire efficace entre l’Education nationale, la commune et les entreprises privées qui apporteront les services de proximité.»

Mailly-Sur-Seille – Portable sur le bureau

Après la projection sur le tableau numérique interactif d’un documentaire sur les falaises d’Etretat, l’enseignante demande à une fillette de situer le lieu sur la carte de France. Puis les vingt élèves de la classe se séparent, les uns se connectent à l’espace numérique de travail (ENT) sur les ordinateurs en fond de classe, les autres préparent un exercice sur le portable placé sur leur bureau. «Nous avons bénéficié du dispositif écoles numériques rurales, grâce au projet pédagogique du directeur de l’école», confie Jacqueline Marchegay, conseillère municipale de Mailly-sur-Seille (Meurthe-et-Moselle).

L’école accueille deux classes (CE1/CE2 et CM1/CM2) pour la CC de Seille et Mauchère. Elle a reçu une valise de 12 ordinateurs «ultra-portables», une borne Wifi, un serveur sécurisé, une imprimante et 18 heures de formation pour les maîtres.

L’intercommunalité règle 300 euros annuels pour la version «école» de l’ENT à I-top, l’éditeur choisi également par les lycées lorrains et les collèges de Meurthe-et-Moselle.
Site web:  www.seille-mauchere.org

Bayonne – Un portail web bilingue 

«Avec les enseignants, ce sont les blogs qui fonctionnent le mieux, en particulier au moment des sorties de classe», constate Sylvie Durruty, élue chargée des TIC à Bayonne (Pyrénées-Atlantiques). La ville innove à double titre: non seulement par l’existence d’un espace numérique de travail (ENT) en primaire mais aussi avec l’ouverture d’un «eb@n», un portail bilingue.

«Nous avons un partenariat avec l’Education nationale pour des classes français-basque et nous allons aussi l’ouvrir aux Eskatola, les écoles privées de langue basque», ajoute-t-elle. Ouvert en 2008, l’ENT, développé en logiciel libre par l’éditeur Iconito, a d’abord été testé dans les cyberbases de la ville avant d’être généralisé dans les 27 écoles élémentaires en deux ans. Le portail a vocation à couvrir tous les temps de l’enfant de la crèche au CM2. Les familles peuvent payer en ligne garderie et cantine. A terme, s’ajouteront la prise de rendez-vous avec les enseignants, le cahier de texte de la classe et la gestion des présences.

Rosny-sous-Bois – Visioconférence avec New York

«Hello!» commence Rachel dans la fenêtre de la Webcam. «Good morning!» répondent en chœur les enfants de la classe de CM2 de l’école Henri Mondor de Rosny-sous-Bois (Seine-Saint-Denis). Installés dans la salle de visioconférence, les élèves assistent à une séance d’anglais d’une demi-heure avec une formatrice américaine qui se connecte depuis l’Etat de New York. La leçon porte sur la végétation en Australie. Ils se lèvent pour répondre, une caméra circulaire les détecte pour apparaître à l’écran. Cette expérience a bénéficié du dispositif «1.000 visioconférences» lancé par l’Education nationale. Ces séances sont généralisées aux sept classes de CM1 et de CM2 de l’école depuis la rentrée 2009. La commune acquitte un abonnement de 7.000 euros par an à Go-Fluent, spécialiste des cours d’anglais à distance dans le monde professionnel.

 

LES ECOLES NUMERIQUES RURALES, EXEMPLES A SUIVRE ?
Dans une note remise au ministère de l’Education nationale le 5 mai 2010, le Haut conseil de l’éducation recommande une extension du plan «école numérique rurale» aux 28.000 classes de CM2 de France sur trois ans. Ce programme a permis d’équiper 6.700 écoles pour un montant de 67 millions d’euros. Les communes ajoutent un budget de 2.000 à 3.000 euros pour le câblage et la sécurité des connexions Internet. Le coût total de l’équipement des classes de CM2 restantes est de l’ordre de 275 millions à 300 millions d’euros, auxquels s’ajoute un budget de maintenance de 10 à 15% (de 28 à 45 millions d’euros par an). Le plan propose un financement par les communes de 30% de la dépense. La priorité serait donnée aux écoles situées dans les zones de population défavorisée et à celles dont l’enseignant de CM2 accepte de suivre une formation TICE ou est déjà formé.

Sophie Maréchal

© Le Courrier des maires et des élus locaux » de  juin 2010
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