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Portrait du nouveau ministre 27/08/2014

Patrick Kanner : un opposant à la réforme territoriale devient ministre de la Ville

par La rédaction, Martine Kis
Patrick Kanner, ministre de la Ville © CG du Nord

Nouveau ministre de la Ville, de la Jeunesse et des Sports dans le gouvernement « Valls II », le président du conseil général du Nord est connu pour son dynamisme et son engagement social. Et aussi pour son franc-parler. Ainsi disait-il encore récemment, sur son compte Twitter, son hostilité à la disparition programmée des conseils généraux. Et jugeait en ces termes, le 25 août, la démission du gouvernement Valls-I : « Sous la Ve République nous vivons une crise digne de la IVe... ». A l'heure où il intègre le Conseil des ministres, retour sur son parcours.

Cet article fait partie du dossier:

La relance de la politique de la ville

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« Je vais y aller à fond, sur une belle délégation, qui correspond assez bien aux compétences qui sont celles d’un président de conseil général : politique de la ville, le sport, la jeunesse. Ce sont des politiques qui touchent à la pâte humaine et moi, c’est ce qui me passionne », ainsi Patrick Kanner s’est-il enthousiasmé lors d’un point presse le 26 août à Lille quelques heures après sa nomination au gouvernement.

A 57 ans, le président du conseil général du Nord et de l’Union des centres communaux d’action sociale sera épaulé, pour la politique de la ville, d’une secrétaire d’Etat : Myriam El Khomri, qui détenait déjà ce portefeuille, avec ceux de la sécurité et de la prévention… en tant qu’adjointe à la mairie de Paris.

Peser au sein de l’exécutif
Si le défi principal de Patrick Kanner consistera à mener une politique ambitieuse pour les quartiers prioritaires malgré des moyens financiers limités, il aura aussi à cœur de peser au sein de l’exécutif sur la réforme territoriale, lui qui s’oppose à la suppression des départements et à la fusion Nord-Pas-de-Calais Picardie.

« Je ferai tout pour convaincre le gouvernement que derrière ces grandes régions qui sont attendues par les Français, il faut un niveau intermédiaire de gestion. Les départements ont fait leurs preuves. Je ferai valoir ma petite musique », a-t-il annoncé.

 

Le Courrier des maires, avril 2012 : portrait de Patrick Kanner un an après l’accession à la présidence du conseil général du Nord – par Martine Kis.

 

© S. Laure
« Il faut prendre le pouvoir pour changer la société »

Non, ce n’est pas la chansonnette qu’il pousse, comme le prétend YouTube. C’est un air de Don Ottavio, dans le « Don Giovanni » de Mozart, que le président du conseil général du Nord, Patrick Kanner, entonne lors de ses vœux 2012 à la presse. Une voix ample et lumineuse de ténor lyrique, qui témoigne de ses trois ans au conservatoire régional de Lille. « J’ai un répertoire lourd, Carmen, Werther, Aïda… » Aujourd’hui, à son grand regret, il ne chante plus. Manque de temps. Sauf, tard le soir, dans son bureau. « Cela me fait du bien, m’aide à travailler et m’accompagne. »

Ce n’est peut-être pas un hasard s’il n’est pas devenu chanteur. Ses gestes, sur la vidéo de YouTube, sont ceux d’un chef d’orchestre. Celui qui dirige. Or depuis mars 2011, il est à la tête de 11 000 collaborateurs, avec 3,5 milliards d’euros de budget. « Ça vaut un ministère, estime-t-il, fièrement. Dans le Nord, il y a 11 sénateurs, 21 députés, mais un seul président du conseil général. »

Grosse tête ? Conscient de ses qualités, de sa capacité d’adaptation, d’écoute, d’être accepté par tous, il refuse néanmoins toute personnalisation. « Je ne veux pas d’équipement à mon nom. Je laisserai la consigne. Je ne suis pas propriétaire de mes responsabilités. »

Directeur de CCAS à 22 ans
Ses capacités d’organisateur apparaissent tôt. A 21 ans, il devient directeur adjoint du bureau d’aide sociale de Faches-Thumesnil, près de Lille. « J’ai été vite repéré et pressenti pour le CCAS de Roubaix. La mort de son directeur a fait de moi, de fait, à 22 ans, le numéro 1 de l’un des plus gros CCAS de France. Je suis resté en poste, malgré l’alternance politique. »

 

J’ajoute une pierre à l’édifice et je permets à quelqu’un d’autre de construire”

 

Cette entrée dans le monde du social est fortuite, mais convient bien à ce fils de garagiste juif immigré de Pologne. « Je suis un révolté, qui ne supporte pas l’injustice. La souffrance des autres m’est pénible, celle du sans-logement, du sans-emploi à cause d’une origine ethnique. » Ne se sent-il pas impuissant à régler les problèmes du monde ? « Je ne peux tout régler. Mais, comme le dit le Talmud, qui sauve un homme sauve l’humanité. J’ajoute une pierre à l’édifice et je permets à quelqu’un d’autre de construire. »

Lycéen, Patrick Kanner est déjà militant. En 1974, il récupère des affiches électorales pour Mitterrand et les colle dans son lycée. Vers 15-16 ans, période anarchiste. Vêtements noirs, révolte « contre tout ». Mais la vacuité de cet engagement apparaît vite : « Il faut prendre le pouvoir pour changer la société. »

De Chevènement à Mauroy
A 17 ans, il adhère au PS et vire vite vers le CERES de Chevènement. « A côté, le NPA et le Front de gauche sont des gentils ! », s’amuse celui que le PC n’a jamais attiré. « Mes parents ont toujours respecté mes choix. Ils voulaient que leurs enfants aillent le plus loin possible. » Les études de droit public apparaissent comme la suite logique de l’engagement politique.

Pendant 10 ans, le militantisme occupe tout le temps libre de ce lecteur de Platon. Adieu le chant, adieu le sport. « Je me rends compte alors que si je ne suis pas élu mon engagement politique est incomplet. Il fallait transformer cette hyperactivité en service pour les gens. »

 

Trois métaux sont indispensables au politique : un conjoint en or, une santé de fer et un moral d’acier”

 

1983 : première tentative, et échec, aux municipales à Lille. 1989 : essai transformé. Il devient le plus jeune adjoint de Pierre Mauroy. Puis entrée au conseil général en 1998, comme vice-président. « Je n’ai jamais été élu de base », reconnaît ce maître de conférence associé qui enseigne encore six heures par semaine le droit public à Lille III.

Triple alliage
Patron d’une collectivité depuis un an, il en mesure la responsabilité. « Les gens ne me regardent plus de la même manière, le travail est plus lourd, je n’ai pas beaucoup de vie personnelle. » Il aime citer les « trois métaux indispensables au politique : un conjoint en or, une santé de fer et un moral d’acier ».

L’absence de mandat national ne le pénalise pas : président de l’Union nationale des centres communaux d’action sociale, très investi dans l’ADF, au bureau de l’AFCCRE, président d’Elisan, association d’élus européens, bientôt investi dans l’Institut de la décentralisation, il veut porter l’image du Nord, sa population, son dynamisme, ses entrepreneurs. « Je dis aux élus de prendre des responsabilités nationales. »

« Faire du bien »
Amoureux du terrain, contre le cumul des mandats, l’adjoint au maire de Lille conserve une permanence en mairie. « Sans elle, je serais déconnecté de la réalité. Le fait que je reçoive des personnes en difficulté est déjà une forme de reconnaissance pour eux. C’est mon boulot. »

Montrant des documents datant de la Libération, affichés dans son bureau, il explique que les mots assistance, bienfaisance, devenus « ringards », correspondent à une conviction profonde : « Il s’agit de faire du bien autour de moi. »

Fier d’être l’élu du canton de Roger Salengro, il sillonne son département, sans souci des appartenances politiques. « C’est un de mes concurrents politiques mais j’ai de l’estime pour lui, concède Jean-René Lecerf, sénateur, patron de l’opposition départementale. Avant lui, je votais toujours contre. Aujourd’hui, j’apprécie certains points qu’il défend. C’est vraiment lui le président, pas ses collaborateurs. Pourquoi ne pas lui apporter ma voix ? En fait, il a une mentalité de sénateur. »

 

BIO EXPRESS

1957 – Naissance à Lille
1989 – Adjoint de Pierre Mauroy, à Lille
1996 – Président de l’UNCCAS
1998 – Conseiller général, vice-président
2008 – Création d’Elisan
Mars 2011 – Président du conseil général du Nord
26 août 2014 – Ministre de la Ville, de la Jeunesse et des Sports

 

Juin 2014, il défend les départements et des « blocs de cohérence »
En juin dernier, Patrick Kanner témoignait dans deux tweets de sa méfiance à l’égard de la réforme territoriale. « Suppression des conseils généraux: quel bénéfice pour la démocratie locale ? Prenons garde à l’appauvrissement démocratique ! » Ou encore : « Je ne veux pas d’une décentralisation qui serait pénitence ».

Patrick Kanner, président de l’UNCCAS, dont le bureau national sera renouvelé fin septembre, avait par ailleurs plaidé, à l’automne 2013 (Le Courrier des maires, octobre 2013) pour que la médecine scolaire soit confiée aux départements. Favorable à des « blocs de cohérence » plutôt que des « blocs de compétence » pour les collectivités, le président du conseil général du Nord proposait que l’Etat transfère aux départements la médecine scolaire. « La dominante prévention des départements, avec les PMI (protections maternelles et infantiles), serait bien complétée par la médecine scolaire », notait-il, soulignant la modicité des moyens que l’Etat y affecte. Si les départements maîtrisaient le champ complet de la prévention santé, l’état sanitaire de la population progresserait, selon lui. Et de citer en exemple la lutte contre l’obésité qui touche un jeune défavorisé sur quatre. « Naturellement, les départements pourraient s’appuyer sur les CCAS », précisait-il.

Références

  • Article publié dans Le Courrier des maires n° 256 d'avril 2012, page 42.
Approfondir le sujet
  • Patrick Kanner est l'auteur de « L’Ecrit d’alerte, Manifeste pour une nouvelle politique sociale », aux Editions Territorial

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  1. monsieur Patrick Kanner, nouveau ministre de la Ville, de la Jeunesse et des Sports, est une personne de qualité.
    avec son comportement basé sur l’éthique, ses idées humanistes, il est contre tout cumul, voilà un de « nos Élus nouvelle génération ».
    il veut « faire du bien », et veut donner du sens aux orientations politiques, prises par l’exécutif d’État.
    ses opposants politiques le reconnaissent aussi comme Élu de qualité, et l’estiment dans sa façon de traiter les dossiers.

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