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Bibliographie 12/08/2014

New York, toujours renouvelée : zoom sur les années Bloomberg

par Martine Kis
New York : la « High Line » © Flickr-CC-Berkowitz

La ville de New York s'est profondément transformée durant la mandature Michael Bloomberg, de 2002 à 2013. Le volontarisme du maire s'est appuyé sur une planification ambitieuse et des règles capables d'interprétation souples.

Jamais New York ne se ressemble vraiment. Toujours cette ville-monde se remet en cause, se transforme, évolue. Un processus qui n’a rien de spontané. Au contraire, il est soigneusement encadré par un pouvoir politique volontaire et doté de puissants moyens, mais aussi soutenu, impulsé, voulu par une communauté des habitants engagée et militante, qui n’attend pas toujours que le politique apporte les solutions.

Un ouvrage récent publié sous la direction d’Ariella Masboungi et Jean-Louis Cohen, consacré aux années Bloomberg (2002-2013) montre avec précision et finesse comment la ville s’est renouvelée durant ce mandat.

Promenade perchée
Deux réalisations symbolisent cette période. L’une horizontale : la High Line, promenade perchée sur une ancienne ligne ferrée aérienne, l’autre, verticale, avec la nouvelle tour du One World Trade Center. La première, voulue par des associations, inspirées d’ailleurs par la promenade de la Bastille, la deuxième résultat de nombreuses négociations entre les politiques, les aménageurs, les propriétaires, les familles de victimes…

Elles ne doivent pas cacher le profond renouvellement de la ville voulue par le maire Michael Bloomberg, tirant parti du fait que son prédécesseur, Rudolph Giuliani, lui avait légué une ville sûre et propre. Parcs nouveaux, reconquête des berges, transformation d’une autoroute en boulevard urbain, constructions de logements sociaux, travail sur le confort des espaces publics, la mobilité durable sont autant d’axes de travail de la municipalité.

Ville durable

© Flickr-CC-Be the Change Inc Michael Bloomberg, maire de New York du 1er janvier 2002 au 31 décembre 2013.

Ces réalisations prennent place dans une stratégie à long terme et à grande échelle. En 2007, Michael Bloomberg dévoile PlaNYC 2030 dont l’objectif est de faire de New York la première ville durable d’Amérique. Le plan, dont les principaux axes se déclinent en dizaines d’initiatives d’échelle et de complexité variable, est révisé au fil des ans. Un instrument spécifique transversal a été créé pour sa mise en œuvre.

Parmi les grands axes, l’utilisation des sols, les transports, l’eau, la maîtrise de l’énergie, la qualité de l’air, le changement climatique. Les objectifs peuvent être très précis. Pour exiger, par exemple, qu’aucun habitant ne vive à plus de 10 mn à pied d’un espace vert, ou obtenir la création d’un marché pour les énergies renouvelables.

L’enjeu actuel, selon Adrian Benepe, auteur du chapitre consacré au PlaNYC, est de savoir si le nouveau maire, Bill de Blasio, aura le courage de le poursuivre, malgré les oppositions, sachant que les comptes rendus annuels sont inscrits dans la législation.

Evolutions quartier par quartier
Comme toute ville du monde développée, New York est régie par des règles d’urbanisme. Mais, curieusement, depuis celui de 1961, la ville n’a eu aucun règlement d’ensemble. Des milliers de modifications ponctuelles ont été apportés au règlement de 1961 sous la pression des promoteurs ou des associations. Les évolutions se font désormais quartier par quartier, les problèmes étant réglés les uns après les autres.

Ainsi, pour 111 quartiers, les plans ont été modifiés ou des plans particuliers réalisés à la suite d’une procédure d’environ 7 mois. S’il le faut, des procédures spécifiques peuvent être créées, par exemple pour faciliter la dépollution des friches industrielles en partenariat avec le privé. Par ailleurs, des districts spéciaux ont été créés pour des quartiers mythiques ou à forte valeur urbaine, comme la High Line, les rivages de Williamburg, Coney Island ou Harlem.

La « Magic Room » de l’architecte français
Il n’est cependant pas interdit de « jouer » avec le règlement, comme le rapporte avec un certain étonnement l’architecte français Christian de Portzamparc. Pour l’édification de la tour LVMH, il lui fut possible, avec l’aide d’un juriste spécialiste de l’urbanisme, d’interpréter le code avec une jurisprudence très complexe. Ce qui lui permit, il ne sait toujours pas pourquoi, de ne pas rester à l’alignement sur toute la hauteur du bâtiment et de profiter de l’absence de limite de hauteur pour installer, au dernier niveau, une Magic Room avec une vue exceptionnelle.

Résultat : une tour fermement raccordée au sol, ce que ne savent faire leurs alter ego françaises, s’affranchissant de l’orthogonalité de l’îlot et devenue un repère visuel important.

L’enjeu pour Bill de Blasio est désormais de poursuivre sur cette lancée, mais aussi, selon Arielle Masboungi, d’ouvrir le volet de l’égalité sociale et de l’éducation pour tous.

Références

  • « New-York. Réguler pour innover. Les années Bloomberg », sous la direction d’Ariella Masboungi et Jean-Louis Cohen. Editions Parenthèses, 256 p., 24 €
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