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Mandat 06/03/2014

Après l’élection : les changements auxquels vous n’échapperez pas

par Laurence Denès

Il y a une vie après l’élection : activité professionnelle, quotidien familial, relations amicales… Le début d’une charge élective sonne la fin des habitudes. Comment gérer au mieux ces changements d’existence que réserve la vie d’élu ?

Complète, totale, radicale… Les adjectifs se suivent et se renforcent dès lors que les maires évoquent la métamorphose de leur quotidien, avant et après l’élection.

« Entre les réunions tardives, les fêtes dominicales et les urgences nocturnes, c’est d’abord le sacrifice d’une certaine vie de famille », reconnaît Robert Biannic qui, en 2008, ne s’est pas représenté à Plouzévédé (1 800 hab., Finistère).

Philippe Marie, maire d’Octeville-sur-Mer (5 800 hab., Seine-Maritime) de 2002 à 2008 « n’a jamais vu son petit dernier autrement qu’endormi durant les trois premières années de sa vie ! ». Quant au premier magistrat de Berck (15 200 hab., Pas-de-Calais), Jean-Marie Krajewski, il connaît « mieux la famille de ses concitoyens que ses propres petits-enfants ».

Bref, « mieux vaut bénéficier de l’appui du conjoint auquel revient une grande part des tâches quotidiennes durant six ans », conseille Martine Le Goff, maire de Poullan-sur-Mer (1 600 hab., Finistère).

Privé de vie privée
Leur vie tout aussi impactée, enfants et petits-enfants doivent aussi être consentants. Philippe Marie, à nouveau candidat en 2014, a même retiré son dernier de l’école locale : « Fils de maire, d’ex-maire ou de futur maire, le rôle est trop lourd pour un jeune qui peut, soit en souffrir, soit en retirer un sentiment de supériorité. »

D’autant qu’il n’est pas toujours aisé de redevenir « papa » devant l’enseignant avec lequel le maire s’est réuni la veille ! « Les regards changent, modifiant les relations », assure Bernard Murat, maire de Brive-la-Gaillarde (49 000 hab., Corrèze) de 1995 à 2008. Challenger du sortant en 2014, il poursuit : « Subitement, tout le monde vous dit bonjour et votre vie privée n’est plus qu’un souvenir… » Avec parfois une belle exception, reconnaît l’ancien maire de Brive : « Deux ans après ma première élection, j’ai eu le bonheur de marier ma fille, comme quoi peuvent aussi magnifiquement s’accorder vie personnelle et charge élective ».

Le respect dû à l’écharpe incite des anciens camarades à passer au vouvoiement… « Certaines de mes relations avaient même troqué mon prénom contre un solennel Madame le Maire », rapporte Martine Le Goff. « Enfin, il y a tous ceux que l’aura de la fonction aimante ou au contraire éloigne », assure Philippe Kayser, qui revient en lice à Mercin-et-Vaux (950 hab., Aisne) après avoir jeté l’éponge en 2008.

« Avec les commerçants et artisans également, les rapports se compliquent, car derrière le client, il y a la collectivité et ses décisions », évoque pour sa part Louis Gaufre, maire de Saint-Pierre-des-Landes (1 000 hab., Mayenne). Enfin, « du député au préfet, un nouveau monde s’ouvre, dont il faut apprivoiser le vocabulaire, les comportements… et même, parfois, les codes vestimentaires », souligne le maire de Lavans-Vuillafans (230 hab., Doubs), Jean-Claude Mora.

En clair, « il faut être ouvert sans être dupe, rester sérieux sans se prendre au sérieux, et garder en tête que c’est plus souvent la fonction que la personne qui est, en vous, saluée », conseille Monique Forestier, maire de Loupiac (300 hab., Lot).

Un travail difficile à concilier
Tout comme la vie personnelle, la vie professionnelle subit de plein fouet l’élection. D’abord parce que certaines professions se révèlent peu compatibles avec la charge. Philippe Kayser, alors responsable commercial au sein d’un grand groupe, se souvient encore du mécontentement de ses clients transporteurs lorsqu’il a pris un arrêté interdisant la traversée de sa commune aux plus de 10 tonnes ! Et Bernard Murat, numéro 4 d’une multinationale, a carrément dû démissionner, la loi américaine étant intransigeante sur le sujet.

Mais le plus souvent, c’est surtout le temps qui manque. Martine Le Goff prendra sa retraite anticipée trois mois après sa désignation, « mener de front les deux se révélant impossible ». De son côté, le producteur de légumes Robert Biannic fait rapidement le constat que son activité ne peut s’accorder avec sa charge : « Les portes du hangar ne s’ouvraient même plus ! » Il se reconvertit dans la production de céréales, « un exercice qui peut en partie s’organiser de nuit… Mais j’ai achevé mon mandat à bout de force ! », avoue-t-il.

Et si Philippe Marie, a réussi à conserver son agence immobilière, il le doit autant à son épouse, qui en a pris les rênes, qu’à une planification infaillible de l’agenda, « saucissonné par tranches étanches entre cabinet et mairie, afin que le temps réservé à l’un ne soit jamais pollué par les problèmes de l’autre ».

Les après-midi de l’après-mandat
« Et maintenant, que vais-je faire… ? », chantait Bécaud. Voulue ou subie, la fin d’un mandat en laisse plus d’un désarmé : « Du jour au lendemain, on est rayé des écrans radars », lâche Bernard Murat qui a mis des mois et l’écriture d’une autobiographie pour remonter la pente. Aux sortants comme aux battus, il conseille de « se donner le temps du deuil, mais de ne surtout pas s’isoler ».

« C’est l’occasion de compter ses vrais amis ! », ironise Philippe Marie qui a, lui aussi, « traversé six mois d’adaptation avant de savoir à nouveau occuper ses week-ends ». Le moment également pour valoriser ses compétences. « Il faut se réinventer », résume Jean-Claude Mora qui a décidé de ne pas se représenter après trois mandats successifs.

Après « treize années aussi enrichissantes qu’intensives », Monique Forestier espère ainsi « enfin développer son côté artistique et profiter de sa petite famille ». Quant à Jean-Marie Krajewski, il se fait une joie « d’aller chercher sa petite-fille à l’école, d’écrire un livre et d’apporter son savoir d’ancien élu à la vie associative ». Mais ne cache pas « avoir un peu peur ». D’ailleurs, il a pris une place en queue de liste… Juste pour « aider un peu » !

 

Des acquis pour rebondir. Leur mandat achevé, les maires bénéficient d’une expérience dont ils ne mesurent pas toujours la richesse. Depuis 2009, la validation des acquis de l’expérience (VAE) permet d’intégrer ce capital dans un diplôme, avec un organisme certificateur. Moins formel, le bilan de compétences peut être réalisé par des établissements, publics ou privés.
A lire : le livret d’information « Vos acquis d’élu-e local-e », réalisé par l’association « Elles aussi », qui propose aussi aux élus une démarche BAE.

 

Quel impact le mandat a-t-il eu sur votre vie et votre parcours ?

« Il faut apprendre à se blinder »
« Devenir maire est un quasi-sacerdoce, qui impose un changement total de style de vie, quelle que soit la commune ! Dès l’élection entérinée, l’individu disparaît derrière la fonction officielle et le concept de vie privée n’est déjà plus qu’un vague souvenir. Du jour au lendemain, le maire, mais aussi sa famille, deviennent le centre de tous les regards et de toutes les rumeurs, pour le meilleur comme le pire… Aussi faut-il impérativement apprendre à se blinder contre cette pression, inciter fortement son entourage à faire de même et, tous ensemble, savoir qu’il est des moments où mieux vaut éviter la lecture des journaux ! Il faut aussi régulièrement se réserver des temps pour souffler ailleurs, en toute intimité et parfait anonymat, dans une ville où c’est sur un autre que converge l’attention ! »
Bernard Murat, ancien maire de Brive-la-Gaillarde (49 000 hab., Corrèze) et candidat en 2014

 

« Le maire ne doit pas être partout tout le temps ! »
« Ouvrier d’Etat au ministère de la Défense à l’époque où je suis devenu maire, en 1995, je bénéficiais statutairement d’une journée mensuelle – éventuellement portionnable – pour assumer ma charge de maire. Mais évidemment, huit heures de présence ne sauraient suffire à la fonction, même dans un village. Il m’a fallu minutieusement chronométrer toutes mes activités et accepter, au fil du temps, de sacrifier plusieurs de mes soirées et week-ends. Bien évidemment, on ne saurait trop conseiller une organisation digne d’un ordonnancement militaire. Reste qu’il n’est pas nécessaire d’être partout tout le temps ! Des astreintes bien huilées et des adjoints efficaces auxquels sont confiées de vraies responsabilités peuvent largement contribuer à alléger la charge et rendre le quotidien moins soutenu. »
Jean-Claude Mora, maire de Lavans-Vuillafans (200 hab., Doubs)

 

« Préparer soigneusement la fin du mandat »
« Etre maire est une fonction précaire, dans le temps comme dans les faits, le statut de l’élu local n’offrant guère de protection une fois la porte de la mairie refermée. Si tous sont désormais affiliés à la Sécurité sociale, les élus qui ne relèvent pas de la fonction publique ne doivent pas omettre de cotiser à un ou plusieurs régimes complémentaires durant leur fonction. La reprise d’une carrière se prépare très en amont. Comment lier au mieux les acquis de son expérience à son parcours professionnel antérieur sans heurter l’éthique ? Comment bien rebondir localement sans gêner son successeur ?… Désirée ou contrainte, la fin de mandat doit être soigneusement préparée durant tout le mandat pour être réussie, sachant que plus la vie sera demeurée normale pendant, plus elle s’avérera facile après ! »
Dominique Voynet, maire de Montreuil (103 000 hab., Seine-Saint-Denis)

Chiffres Clés

  • 51 % des maires citent la validation des acquis de l’expérience du mandat comme l’une des trois priorités d’un renforcement du statut de l’élu.
  • 26 %seulement souhaitent la professionnalisation de la fonction d’élu, en en faisant un métier à plein temps.
    Source : Baromètre du Courrier des maires, octobre 2013.

Références

  • Article publié dans Le Courrier des maires n° 277 de mars 2014 (p. 62)

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