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Mandat 28/02/2013

Comment imposer son autorité vis-à-vis des administrés

par Laurence Denès

Du conseil municipal aux allées du marché, l’élu local est régulièrement interpellé. Rétorquer sans s’énerver est une réaction qui s’apprend. Les élus doivent s’affirmer. Et faire en sorte que leur autorité fasse… autorité tout court, en restant exemplaires et en conservant leur sang-froid.

« Si j’avais su comment, j’aurais très certainement réagi autrement… » Plus de deux ans après la fameuse gifle infligée en 2010 à un adolescent de sa commune qui l’avait insulté (lire ci-contre), Maurice Boisart, maire de Cousolre (59), reconnaît l’erreur d’une réaction « trop épidermique ». Mais comment garder ses nerfs devant l’apostrophe, voire l’insulte ?

Ado rebelle, mais aussi senior tyrannique, parent agressif, opposant caustique ou administration réfractaire… La « claque» de l’élu nordiste porte en écho le quotidien des élus locaux tenus d’imposer leur autorité en toutes circonstances, sans déraper. Or, « les élus, sans oser l’avouer, se sentent souvent démunis face à de telles situations », rapporte Eric Fouché, formateur au Forum pour la gestion des villes. Les solutions, pourtant, ne manquent pas. Juridiques, bien sûr. Mais pas seulement…

Expertise et exemplarité
« Le respect est censé s’imposer de lui-même, mais la légitimité ne coule pas de source lorsqu’on est un jeune élu », avance Thibault Bazin, qui a 23 ans lorsqu’il devient maire de Rosières-aux-Salines (54) en 2008. Anissa El Messoudi, adjointe au maire chargée de la jeunesse et de la vie associative à Angoulême (16) abonde : « Agée de 25 ans en début de mandat, mère de famille qui plus est, je frisais l’imposture aux yeux de certains, au point d’émettre une parole quasi inaudible en bureau municipal ou dans les services. »

Seul moyen de compenser très vite cette « fraîcheur » : « Etre incollable sur ses dossiers car l’expertise fait toujours autorité », assure Thibault Bazin. Jérôme Marchand-Arvier, adjoint au maire de Nancy (54) jusqu’à la mi-décembre 2012, l’approuve : « Maîtriser toutes les composantes d’un projet est essentiel pour déjouer les contradicteurs et reprendre la main. »

« L’autorité relève aussi de la considération, donc de l’exemplarité », soutient pour sa part Gilbert Sauvan. Le député, président du conseil général des Alpes-de-Haute-Provence, poursuit : « Un souci permanent de l’intérêt commun, des règles intangibles et une ligne suivie avec fermeté participent de l’assise d’un élu, auprès des habitants comme des politiques de tout bord. » Eric Fouché ajoute : « Celui qui fait montre d’un véritable projet de ville ou de territoire légitime son engagement. Il n’y a pas d’autorité sans vision ni priorité ! »

Une affirmation d’autant plus vraie en intercommunalité où « le crédit de la tête de liste ne joue plus mais se construit », rappelle Lionel Quillet, président de la CC de l’Ile de Ré (17) : « L’autorité morale relève alors essentiellement de la confiance, de la transparence et de la capacité de dialogue. Il faut entraîner, non traîner ! » Pour Thibault Bazin, c’est d’ailleurs une évidence : « En ce XXIe siècle, l’adhésion a remplacé le rapport de force ! »

Acquérir une autorité naturelle !
Mise à mal par une société de plus en plus frondeuse et « l’émergence de la coconstruction à tous les échelons (habitants, assemblées locales, agents…), l’autorité en tant que telle a désormais mauvaise réputation alors que, paradoxalement, les élus n’ont jamais eu autant besoin de peser », analyse Marion Breuleux, en charge de l’offre « développement personnel et management » chez EFE. Résultat : « Les exécutifs, qui restent les décideurs, doivent apprendre à asseoir leur pouvoir autrement, en développant leur capacité d’influence », avance le consultant Dominique Chalvin(1).

Charisme, leadership ou encore assertivité, terme qui fait florès depuis une dizaine d’années en France… « Des techniques éprouvées existent désormais pour développer cette affirmation de soi, mélange d’assurance et de respect dans laquelle s’enracine l’autorité dite naturelle », rapporte Marion Breuleux.

En ateliers ou en média-training, ces sessions apprennent à prévenir et, le cas échéant, à gérer les conflits par l’attitude, la posture, la rhétorique. En un mot, la communication ! « Le corps véhicule des dizaines de messages dont le décryptage et la maîtrise permettent de construire une position plus assurée, déjouer les jeux psychologiques et convaincre quand l’écharpe n’y suffit plus », développe la responsable pédagogique.

L’image projetée
Dirigeante du cabinet en communication et en image personnelle et professionnelle Verteam, Catherine Sexton appuie : « Alors que le verbal ne représente que 7 % de notre communication, la musique de nos discours (voix, ton, silence…) en représente 38 % et l’image que nous projetons de nous-même 55 %(2). A nous donc de travailler ces signes pour en faire des attributs d’autorité. »

Béatrice Charron, adjointe déléguée aux affaires générales et aux finances à Chavenay (78), est convaincue : « Depuis trois ans, je suis, par intérêt personnel, une telle formation dont j’applique les préceptes dans l’exercice de mon mandat. Le passage en force a vécu, place au discours et à l’infra-discours. Plus encore qu’écouter, il faut entendre, et cette empathie affichée par un certain nombre de signes suffit souvent à désamorcer la colère. »

Et si tel n’est pas le cas, les recettes associées existent : « Reformuler, lister les points d’accord, répéter fermement sa réponse en l’explicitant autant que nécessaire (technique dite du disque rayé), approuver par un c’est vrai ou c’est possible pour faire baisser la pression (technique de l’édredon), jouer de l’humour sans tomber dans l’ironie… », décrit Dominique Chalvin. Bref, toutes les armes pour « calmer le je », et rester, comme le rappelle, Gilbert Sauvan « celui qui met de l’huile dans les rouages, pas sur le feu ! »

 

Une gifle « adaptée ». La cour d’appel de Douai a relaxé, le 10 octobre 2012, le maire de Cousolre (59), Maurice Boisart, qui avait été condamné en correctionnelle à une amende avec sursis pour avoir giflé un adolescent. Ce dernier l’avait insulté après avoir été réprimandé pour avoir escaladé un grillage afin de récupérer un ballon. Dans son arrêt, la cour « considère que le geste du maire, mesuré et adapté aux circonstances, (…) était une réponse adaptée à l’atteinte inacceptable portée publiquement à l’autorité de la fonction ».

Ne pas hésiter à ester ! Plaintes pour insulte ou propos diffamatoire, poursuites pénales pour outrage à agent public (art. 433-5 du Code pénal)… L’Association des maires de France encourage les élus à engager un recours en cas d’agressions à leur encontre et les conseille dans leurs démarches. Celles-ci sont prises en charge – pour partie – par la protection fonctionnelle de la collectivité et leur assurance personnelle.

 

Comment manifestez-vous votre autorité ?

« La conviction, levier naturel de l’ascendant »
« L’acte démocratique électif impose la fonction, il est donc généralement inutile d’en rajouter. Mais il arrive parfois que l’élu doive redonner forme à cette autorité consubstantielle face à des administrés ou des adversaires un peu remontés. Pour projeter d’eux une image forte, certains s’accrochent alors à des postures – ton élevé, poings sur la table, dernier mot… Mais la sincérité et la constance me semblent bien plus porteuses. C’est sur ces qualités que peuvent en effet s’établir une véritable relation de confiance avec la population, une collaboration fructueuse avec l’équipe et un dialogue constructif avec l’opposition. La conviction s’affiche ainsi comme un des leviers naturels de la prise d’ascendant, même s’il reste ensuite à maîtriser son langage corporel pour qu’il renforce le discours. »
Joséphine Kollmannsberger, maire de Plaisir (31 000 hab., Yvelines)

 

« Toujours conserver son sang-froid ! »
« Le respect, qui participe aussi d’une certaine distance, ne relève plus de l’évidence lorsque, maire rural, nombre d’habitants vous sont familiers depuis l’enfance et réciproquement ! Faisant ici la police et là l’action sociale sans le paravent des services dont disposent ses pairs urbains, le maire est donc appelé à être régulièrement interpellé, voire invectivé… Jusqu’en plein supermarché parfois, comme personne n’oserait le faire avec son médecin ou son notaire ! Un seul impératif : toujours conserver son sang-froid. Dans la plupart des cas, écouter le contradicteur et l’approuver sur les points de son discours qui peuvent l’être tout en explicitant sa propre décision suffisent à faire baisser la pression. Autorités de décision et de responsabilité par nature, les élus doivent disposer d’une autorité naturelle. »
Lionel Quillet, président de la CC de l’Île de Ré (10 communes, 18 000 hab., Charente-Maritime)

 

« Générer l’image de l’autorité »
« Si l’autorité découle souvent du savoir, force est de constater qu’elle procède aussi de quelque chose de bien plus indéfinissable qui émane de l’intéressé et lui confère une forme de pouvoir sur les autres. Nous sommes en effet verbe et apparence et dans le cadre de relations où se mesurent deux ou plusieurs psychologies, ces composantes doivent être mises au service de l’image qu’on souhaite donner à un interlocuteur. Du choix de la syntaxe au temps des silences en passant par la couleur de la veste, le poids du regard et le jeu des mains, l’élu doit ainsi générer l’image de l’autorité pour avoir de l’autorité ! Tel un acteur, il endosse par là son rôle, comme le policier ou le magistrat portent physiquement leur uniforme. Cela suffit souvent à prévenir les conflits et aide à les maîtriser le cas échéant. »
Bernard Ferru, 1er adjoint à Chambourcy (6 000 hab., Yvelines)

Note 01:

Directeur du cabinet Chalvin-Formation et auteur de « L’affirmation de soi », éd. ESF. - Retourner au texte

Note 02:

Selon la règle d’Albert Mehrabian, professeur émérite de psychologie à l’Université de Californie. - Retourner au texte

Références

  • Article publié dans Le Courrier des maires n° 265 de février 2013 (p. 54)
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