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Transports - Entretien 21/05/2014

Christian Proust : « Finançons la fréquentation des bus, plutôt que les infrastructures »

par Nathalie Da Cruz
C. Proust

Après 10 ans passés à la tête du syndicat mixte des transports en communs de Belfort (SMTC90), Christian Proust passe la main, changement de majorité municipale oblige. Celui qui a fait le succès d'Optymo, le réseau de transports avant-gardiste de l’agglomération, a envie de transmettre son expérience et son savoir à ses pairs.

Le Courrierdesmaires.fr : Vous avez piloté la rénovation du réseau de transports de l’agglomération de Belfort (1) à partir de 2007. Quelles sont les recettes du succès d’Optymo ?

Christian Proust. Nous avons totalement revu le réseau de bus et sommes passés d’une délégation de service public (DSP) à une régie.
Par ailleurs, nous avons conçu une offre « triple play » qui associe les bus, 200 vélos en libre service, gérés en régie, et, depuis quelques mois, des voitures en autopartage.

Ce système est lui aussi piloté en régie, et à grande échelle pour une agglo comme la nôtre, puisque 200 seront déployées à Belfort d’ici fin 2014.

La voiture est une composante essentielle de l’offre, car les bus classiques ou le transport à la demande ne peuvent pas aller partout. Mais il faut proposer une offre attractive, et non seulement disposer de 10 à 15 véhicules en autopartage…

 

 Nous avons fait le choix de la régie et  d’une offre triple play : bus, vélos en libre service et voitures en autopartage.

 

Quelles sont les particularités du réseau de bus Optymo ?

C. Proust. Deux lignes de bus cadencées à 6 minutes desservent le centre-ville et la première couronne. Augmenter la fréquence (à 6 minutes ou, a minima, à 10 minutes) s’accompagne forcément d’une croissance de la fréquentation. Avec une densité de 4 000 habitants au km2, il est possible de mettre en place une fréquence élevée, qui attire la clientèle et permet d’engranger des recettes.

 

Augmenter la fréquence, à 6 minutes ou, a minima, à 10 minutes, s’accompagne forcément d’une croissance de la fréquentation. »

 

Il faut du confort pour rendre les bus concurrentiels par rapport à la voiture. Sur nos bus, la vitesse commerciale est de 20-21 km/h, presque comme un tramway.

La vente des titres à bord a été supprimée. Les clients peuvent payer par SMS, ou a posteriori, par un virement, grâce au pass unique. Le pass unique Optymo permet de recourir aux différents modes de déplacement proposés. Dans le même temps, il ne faut pas forcément dépenser des budgets colossaux pour cela. Pour les BHNS, par exemple, inutile de créer des sites propres tout le long, mais seulement aux points de congestion en centre-ville. Sur Optymo, nous avons donné la priorité aux bus à 52 carrefours et mis des couloirs d’accès aux feux dans les zones de congestion.

Nous avons rénové le système Optymo en deux temps, et il nous en a coûté 44 millions d’euros, pour un réseau de bus de 60 km de long – sachant que 1 km de tramway coûte 25 millions d’euros… Quant à la fréquentation, elle est passée de 4,8 millions de voyageurs par an avant la réorganisation, à bientôt 10 millions.

 

Quel regard portez-vous sur l’organisation des transports collectifs en France ?

C. Proust. L’utilisation des transports reste très faible. Hormis les métropoles, qui ont beaucoup développé leurs réseaux, ne prennent le bus que ceux qui y sont contraints. Pourquoi ? Parce que les réseaux de bus ne répondent pas aux attentes des habitants. Il faut sortir du discours qui incrimine les usagers, qui ne feraient pas assez d’efforts pour prendre les transports en commun… Et aussi sortir du dogme de l’infrastructure, très répandu par les ingénieurs des Ponts.

Certains aménagements d’infrastructures sont, certes, nécessaires. Mais je pense qu’il vaut mieux que l’Etat finance les résultats de fréquentation obtenus plutôt que les infrastructures, comme cela a été le cas lors des appels à projets pour des transports en commun en site propre. Je suggère que les subventions s’élèvent à 1,5 million d’euros par million de voyageurs supplémentaires, plutôt que par kilomètre d’infrastructure. Il est question de performance des politiques publiques.

 

Il faut sortir du discours qui incrimine les usagers, qui ne feraient pas assez d’efforts pour prendre les transports en commun… Et aussi sortir du dogme de l’infrastructure, très répandu par les ingénieurs des Ponts. »

 

Vous parlez de clients et non d’usagers. Pourquoi ?

C. Proust. Je plaide pour une approche « client », en effet. Nous devons nous mettre à leur service, les attirer, leur proposer des offres pertinentes. Nous menons des actions pour faire connaître le réseau Optymo, qui bénéficie d’une notoriété de 98 %. Si je suis défavorable à la DSP, c’est parce qu’elle s’inscrit dans des durées trop longues, incompatibles avec la souplesse et l’adaptabilité dont il faut savoir faire preuve pour développer une approche client et proposer une amélioration continue des services.

Avec mes collaborateurs, nous envisageons de créer une coopérative pour commercialiser les solutions Optymo auprès des collectivités territoriales, sous réserve de l’accord de la nouvelle équipe du SMTC 90, bien entendu.

 

A noter : Optymo a bénéficié, en 2012, du Fonds européen de développement régional (FEDER), à hauteur de 717 000 euros.

© Flickr-Nico54300

 
Note 01:

Le syndicat mixte des transports en commun (SMTC) est l’autorité organisatrice des transports (AOT) de Territoire-de-Belfort. Etablissement public, il organise et met à disposition un service public de transport en commun des personnes. Le SMTC est administré par un conseil syndical de 30 élus issus des collectivités territoriale inscrites dans le périmètre de transports urbains (PTU). - Retourner au texte

Chiffres Clés

  • 44 millions d’euros : coût total de la rénovation d'Optymo (60 km de réseau de bus)
  • 10 millions de voyageurs (4,8 millions de voyageurs par an avant la refonte de 2007)

Références

Approfondir le sujet
  • Le dossier "Transports" du "Courrier des maires et des élus locaux" de juin 2014 (à paraître)

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  1. Assez d’accord avec l’idée que l’état récompense les réseaux qui gagnent des voyageurs.

    Pour maintenir cependant la nécessaire aide aux financements des infrastructures, les AOT pourraient demander en avance la récompense correspondantes aux voyageurs qu’elles estiment qu’elles vont gagner avec une nouvelle infrastructure (en fournissant bien sûr le détail précis des calculs d’estimations).
    Mais si les gains de fréquentation ne sont pas à la hauteur de ce qu’elles avaient annoncé, alors elles devront rembourser une partie du financement apporté par l’Etat.

    Le gain de fréquentation doit être mesuré par le gain en nombre de déplacements (et non de voyages) en TC, ainsi qu’en vélo et à pied. (En restreignant les privilèges accordé à la voiture, que ce soit en terme d’espace ou de priorité aux carrefours, les TCSP de surface favorisent les modes actifs.)


    http://BHNS.Toulouse.Ouest.Free.Fr

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