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Fusions des régions 14/04/2014

Le président des Pays de la Loire contre une « vente à la découpe » de la région

par Aurélien Hélias

Alors que le Premier ministre veut diminuer de moitié le nombre de régions, Jacques Auxiette craint un scénario de redécoupage où « sa » région serait morcelée pour rejoindre, d’un côté, la région Centre, et de l’autre, la Bretagne. Quitte remodeler la carte des régions, le président de l’exécutif ligérien préfère encore une fusion où Bretagne et Pays de la Loire ne feraient qu’un.

© Manuel-Flick Jacques Auxiette, président de la région Pays de la Loire.

Donner un gage d’ouverture pour montrer sa bonne volonté… tout en annonçant une condition non négociable : telle est la stratégie suivie par le président des Pays de la Loire pour sauvegarder l’unité de la région dans ses frontières actuelles, à l’heure où le Premier ministre appelle à diviser par deux le nombre de ces régions. « Le Premier ministre a lancé un débat : celui de la réduction du nombre des régions. Nous y prendrons part. Mais, nous posons un préalable : ne pas casser une dynamique qui marche, dont nous sommes acteurs, et dont nous sommes fiers. Nous participerons au débat dans l’unité des Pays de la Loire », prévient Jacques Auxiette dans un communiqué du 14 avril. Et d’annoncer la convocation le 13 mai prochain d’une session extraordinaire du conseil régional dédiée au sujet.

Car s’il est un scénario, souvent évoqué, que réprouve particulièrement l’élu, c’est celui d’une région Pays de la Loire amputée de l’un de ses cinq départements, en l’occurrence la Loire-Atlantique, qui rejoindrait alors la Bretagne. Et ce quand bien même naîtrait une « super-région » parfois appelée « Val-de-Loire » alliant les Pays de la Loire à la région Centre, à l’est.

La tentation du Grand ouest
« Il ne saurait être question d’imposer une carte depuis Paris. Nos régions ne sont pas destinées à une vente à la découpe », assène Jacques Auxiette, pour qui sa région « est un territoire qui marche, un territoire de projets concrets pour les acteurs économiques, sociaux, universitaires… C’est une région dynamique, où les gens sont habitués à travailler ensemble, avec le taux de chômage le plus bas de France », etc. « C’est l’unité des Pays de la Loire qui est aujourd’hui en jeu », clame-t-il solennellement.

Et si Matignon devait mettre à exécution sa « menace » d’un projet de loi de redécoupage en cas d’échec des fusions volontaires des régions entre elles, c’est bien vers l’ouest que lorgne Jacques Auxiette. « Si l’hypothèse d’une fusion avec la Bretagne dans une grande région Ouest présente des avantages en termes de cohérence territoriale, de puissance économique et démographique, d’infrastructures, de coopérations universitaires, ce n’est pas la seule solution existante »… feint d’envisager ce défenseur d’une région Grand ouest dont le futur aéroport de Notre-Dame-des-Landes, dont il est l’un des plus fervents partisans, serait, par exemple, le « hub » régional.

Coopérer sans fusionner
« Nous ne sommes pas fermés aux changements, nous sommes ouverts à des coopérations encore plus fortes et pourquoi pas, un jour, à une fusion », précise le président de région. Ce faisant, ce dernier suit une stratégie déjà mise en œuvre par l’ARF, qui privilégie la coopération interrégionale aux redécoupages. Un mot d’ordre privilégié par plusieurs « couples régionaux » qui, lorsque le Premier ministre ou le chef de l’Etat prononcent le mot « fusions », semblent entendre « mutualisations », à l’image de la Franche-Comté et de la Bourgogne.

Président de la région Bretagne, Pierre Massiot est sur une ligne similaire : d’abord mettre en avant  les efforts de mutualisation en cours : « Dans de nombreux domaines, nous avons su bâtir des projets communs avec les autres collectivités, et nous avons surtout installé des modes de fonctionnement qui ont fait leurs preuves, a-t-il régi le 9 avril au discours de Manuel Valls. Au sein du B16, nous avons fait fi de nos niveaux de collectivités pour trouver des accords au nom de l’intérêt commun, celui de la Bretagne ».

Le département pense d’abord à sa propre survie…
Des coopérations sans fusion donc. Et encore, internes au périmètre breton puisque le B16 n’est constitué que de collectivités (départements et agglomérations) bretonnes. Toutefois, si redécoupage il devait y avoir, la Bretagne privilégierait, elle aussi, une alliance avec la région ligérienne : « Concernant le nombre de régions, là aussi, dès 2004, nous avons exprimé notre position. Nous sommes favorables à une région Bretagne intégrant la Loire-Atlantique ». On notera tout de même que dans la bouche du président de l’exécutif breton, il s’agit plus d’une absorption que d’une fusion d’égal à égal…

Quant au département qui suscite les convoitises, celui-ci est moins préoccupé par son rattachement éventuel à une nouvelle région que par l’autre volet du discours de réforme territoriale de Manuel Valls. Et pour cause puisqu’il s’agit de la suppression pure et simple, à terme, des départements. Le président du conseil général de Loire-Atlantique préfère ainsi porter le fer contre l’Etat, le « grand absent » du débat sur la réforme des institutions. « Faisons les choses dans l’ordre. Oui à un débat sur l’organisation territoriale. Mais il ne servira à rien si l’Etat ne se recentre pas, d’abord, sur ses fonctions régaliennes aujourd’hui déficientes », affirme Philippe Grosvalet dans sa réaction du 9 avril.

Le syndrome Nimby des grands élus locaux
Fusion des deux régions de l’ouest, découpe des Pays de la Loire, rattachement de la Loire-Atlantique à la Bretagne… Autant de pistes qui avaient suscité en janvier l’opposition globale et marquée d’un ancien « baron local » du Grand ouest, un élu appelé ensuite à de plus hautes responsabilités au niveau national, et notamment celle de mener à bien une réforme modernisation territoriale. Ce syndrome bien connu du « Simplifiez, mais pas chez moi », variante administrative française du fameux « Nimby »(1), avait alors atteint l’ancien maire de Nantes et, encore Premier ministre pour deux mois, Jean-Marc Ayrault.

Note 01:

« Not in my backyard », que l’on peut traduire par « Pas dans mon jardin », où la faculté de préconiser un principe d’intérêt général que l’on ne souhaite pas appliquer à son propre niveau, local - Retourner au texte

Références

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  1. Monsieur Auxiette, je suis angevin.
    Je ne souhaite me retrouver un jour dans une région que vous dénommez pudiquement Ouest et qui aux yeux de tous sera ni plus ni moins qu’une grande région Bretagne.
    Ma région, c’est la douceur de vivre, les ciels de Loire, des jardins extraordinaires, des châteaux, un art de vivre, des fouées et du vin ; je ne veux pas être acculturé au profit du biniou et de la galette…
    Les réalités historiques et culturelles sont là et quitte à ce que les Pays-de-la-Loire soient démantelés et combien même vous deviez y perdre votre fauteuil, il vous faudra admettre que si la Loire Atlantique peut avoir sa place en Bretagne, ce n’est aucunement le cas du Maine et Loire. Les coopérations économiques et administratives sont le fruit de choix politiques et n’ont rien de naturel.Il n’est finalement pas mieux que le choix se fasse à Nantes plutôt que Paris : en effet, si à Paris, on peut méconnaître éventuellement les spécificités locales, à Nantes, on ne vise que de ne pas perdre la main mise sur une région taillée à l’époque sur mesure pour les ambitions de cette ville !

  2. Je vis en Mayenne et ce territoire est à l’image de la région : aucune identité, aucune cohésion avec les autres départements voisins, ni de vraie culture.

    Autant faire une grande région Val de Loire ou rattacher la Mayenne à la Bretagne qui en crève d’envie pour enfin avoir un peu d’intérêt.

  3. Comment se peut il que l’unanimité se fasse parmi les élus bretons autour d’un projet aussi lamentable. Réclamer la dislocation de la région voisine, rien de moins. On nage ici dans l’irrationnel total. Ce n’est rien moins que du nationalisme. Et il parait même que parmi ces élus certains se prétendent de gauche!!!
    La référence historique de ce rattachement est ne tient pas. La Bretagne dans ses frontières de 1488 (Bataille de St Aubin du Cormier) n’est que le fait de princes. En Europe durant toute l’époque médiévale les princes qu’ils soient d’origine franque ou gallo romaine se sont battus pour agrandir leur domaine et augmenter ainsi leur pouvoir et leurs revenus. Se mariant entre eux ils constituaient une population bien distinct. Le Duc de Bretagne François II et le roi de France Charles VIII étaient cousins.
    Les frontières de la Bretagne ne sont surtout pas le fait d’une invasion venue d’outre manche. En effet un peuple ne peut s’envahir lui même. Pour César les populations des 2 cotés de la manche sont de même nature: A l’ouest des gaulois celtes, à l’est des gaulois belges qui sur le continent comme dans la partie devenue romaine de l’ile de Bretagne parlent à peu près la même langue. Il les distinguent nettement des scotts d’Irlande et des calédoniens des hautes terres d’Écosse. La population de la Bretagne romaine (l’ile) est évaluée à 1 million d’habitants quand la gaule est peuplée d’une quinzaine de millions d’habitants. Des britto-romains se réfugient en Armorique aux IVème, Vème, et VIème siècles fuyant les incursions des scotts d’Irlande plus encore que la pression des anglo-saxons. Il n’est qu’à visiter Bath dans l’ouest de l’Angleterre pour se rendre compte que la présence romaine y était identique à ce qu’elle était en Armorique. Ils se réfugient en fait dans ce qui va rester un réduit Romain dans une gaule dominée en grande partie par les Wisigoths. Les britto-romains n’ont jamais été majoritaires qu’éventuellement dans la partie nord de la citée gauloise des osismes (Léon, Trégor) l’essentiel de la population de la Bretagne comme de tout l’ouest de la France est d’origine gauloise. Désolé pour les nationalistes mais les plus proches cousins des bretons sont les angevins, les manceaux, les normands, les vendéens bien plus que les irlandais ou les écossais.
    De ce fait il est improbable que la langue dite « bretonne » soit d’origine britannique mais tout simplement une réminiscence de la langue gauloise. Dans le cas contraire, comment expliquer que le breton KLT (Cornouaille, Léon, trégor) ait des frontières identiques à celles de la cité gauloise des Osimis et cette frontière linguistique avec le breton vannetais qui coïncide avec la frontière des citées gauloises osimis-vénètes.
    De plus les habitants de l’Ille de Bretagne qui rejoignent l’Armorique sont les plus riches, les plus romanisés, les plus christianisés. Ce sont des catholiques romains. De ces termes aucun ne prédomine. En effet dans l’antiquité faire partie d’un même peuple ne consiste pas tant à parler la même langue qu’à prier le ou les mêmes dieux. Les britto-romains vont renforcer le caractère catholique et romain de ce reste d’empire. Ils feront l’unité autour de leurs légions restées structurées, des citées gauloises osimis et coriosolites ( Finistère, cotes d’armor et ouest de l’ille et vilaine) pour défendre Vorgium (Carhaix) attaqué par les Wisigoths. Lorsque progressivement , avec l’appui de l’église, la noblesse britto-romaine se sera imposée, elle renommera la cité des osimis Kerné (Cornouaille) et la cité de coriosolites Domnonée (Devon).
    A l’époque de la gaule indépendante, à l’ouest de la ligne Royan Dieppe tous les peuples font partie de la confédération armoricaine. Il n’est qu’à relire l’épopée de Dumnacos pour s’en persuader. Tous les peuples de cette grande Armorique seront à Alésia et constitueront l’essentiel de l’armée de secours. Et après la défaite, quand Dumnacos, chef des Andes (Anjou) s’en va mettre le siège devant Poitiers ou s’est enfermé le chef picton collaborationniste, il a avec lui des contingents des autres peuples armoricains et notamment ceux de l’actuelle Bretagne et de Loire-Atlantique.
    Les frontières de la province Bretagne sont encore plus arbitraires que les frontières de la région Bretagne. Ces frontières n’ont pas été remises en causes d’abord par Pétain mais par le clergé de Loire-Inférieure qui au milieu du XIX siècle, au moment de la création de l’archevêché de RENNES a demandé au Pape de rester rattaché à la métropole de TOURS. En effet les nantais ont bonne mémoire. Il se souviennent par là d’un acte de trahison datant d’avant l’an mil ou les bretons livrèrent leur ville à l’incendie et au pillage par les Vikings.
    Les seules frontières qui puissent distinguer les populations sont linguistiques et économiques. Ces 2 critères poussent plus à déplacer la frontière de la région appelée Bretagne vers l’ouest que vers l’est.
    Désolé aussi pour bien des dirigeants politiques français mais la culture « bretonne » est à coup sûr la plus « française » des cultures régionales et savez vous que le français supplanta le latin dans les actes officiels du duché de Bretagne bien avant l’édit de Villers Cotterêt.
    Les frontières de la province Bretagne sont le résultat de tractations entre le prince Allain Barbetorte, prince breton de retour d’exil , le comtes d’Anjou et le Duc de Normandie. La Bretagne était précédemment assujettie aux Vikings de la Loire contre lesquels Foulques le comtes d’Anjou a passé sa vie à lutter. Pour réussir sa reconquête, Allain Barbetorte se devait d’obtenir la neutralité des Vikings de la Seine (les Normands). Il a accepté d’en devenir le vassal. C’est d’ailleurs la raison pour laquelle les bretons seront à la bataille d’Hasting quelques années plus tard.
    A ce fondement historique de refus du démantèlement de la région Pays de la Loire il faut ajouter l’aberration géographique et économique que cela représente. La carte le montre: le territoire des départements du Maine et Loire et de la Vendée chevauchent l’aire urbaine de Nantes. Comment séparer ces départements.
    Nantes est la capitale économique de l’ouest de la France. Rennes et Angers en sont les satellites principaux. Cholet, Saint Nazaire, Vannes, Laval, la Roche sur Yon … des satellites secondaires.

  4. Certains 44 sont heureux de rejoindre la Bretagne. Libre à eux mais Quid du centre qui n’a rien demandé et que de fait est touché par vos manifestations. Le centre ne veut pas d’un Val de Loire. Les cultures n’y sont pas les mêmes que les autres ligeriens. Chaque département chaque région a ses subtilités et son histoire qui sont contrairement à ce que certains affirment pas su liées que ça. Alors s’il vous plait quand vous vous battrez pour chez vous pensez y. Merci

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