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Développement durable 11/04/2014

Guy Geoffroy, président des Eco-maires : « L’Agence de la biodiversité concentre tout ce dont les collectivités ont besoin »

par Marion Esquerré
Guy Geoffroy - Eco-maires © R. Bourguet

L'Agence nationale pour la biodiversité devrait être créée dans le cadre de la loi sur la biodiversité, dont le projet a été présenté le 26 mars en Conseil des ministres. Guy Geoffroy (photo), président de l'association des Eco-maires, attend beaucoup de cette nouvelle agence qui doit regrouper plusieurs structures nationales déjà existantes.

Courrierdesmaires.fr. Qu’attendent les collectivités de l’Agence de la biodiversité ? Un support technique en matière d’ingénierie et de droit ? Un partenaire pour protéger les espaces naturels ?

Guy Geoffroy. Cette agence devrait être un acteur extrêmement important. Elle nous semble concentrer tout ce dont ont besoin les collectivités : à la fois un support technique et réglementaire et un partenaire permettant de créer un vrai projet local pour la biodiversité. Par exemple, une fois qu’une collectivité a bien identifié localement le potentiel de biodiversité, il lui faut penser à la manière dont les règles d’urbanisme vont permettre de protéger, voire de développer ce potentiel.

La future agence peut aider dans toutes ces étapes. Et en même temps, grâce à ce partenariat et aux connaissances qu’il va lui apporter, elle sera capable de construire son analyse de la biodiversité nationale sur les réalités locales.

 

Est-ce que l’absorption d’opérateurs par l’agence vous fait craindre la disparition de certaines fonctions et activités ?

G. G. On ne peut pas déplorer le « millefeuille administratif » et ses doublons et, en même temps, ne pas apprécier l’idée d’une agence appelée à réunir, mettre en cohérence et élargir des activités déjà existantes.

Qu’il y ait absorption d’un certain nombre d’opérateurs au sein de l’agence me semble donc une bonne chose. C’est une opération complexe. Mais, je ne crains pas du tout de pertes en cours de route, au contraire.

 

Il avait été question à un moment que l’ONF soit intégré à cette agence. Ce n’est pas le cas. Doit-on le regretter ?

G. G. L’ONF n’a pas dans ses attributions que la question de la biodiversité. Elle est aussi chargée de la gestion du patrimoine forestier de nos forêts domaniales. Cette gestion a un lien avec la biodiversité, évidemment, mais elle est aussi d’ordre économique, voire industrielle.

 

Il ne faut pas que, dès le début, l’Agence de la biodiversité soit privée de sa substance par un budget trop insuffisant”

 

Donc, je ne suis pas choqué que l’ONF continue à exister. Au motif que c’est un outil national, on ne peut pas comparer l’ONF avec les parcs naturels nationaux qui eux ont été conçus pour « protéger la nature », comme on disait à l’époque de leur création, et pas autre chose.

 

Au regard de son financement, estimez-vous que l’agence aura les moyens de ses ambitions ?

G. G. On est dans une période d’argent public rare et cela ne va pas s’arranger. Il serait facile pour moi de dire que le financement envisagé ne suffira pas. Mais je n’irai pas sur ce terrain là. L’important est d’aller jusqu’au bout de la démarche et de créer l’agence.

Evidemment, il ne faut pas que, dès le début, elle soit privée de sa substance par un budget trop insuffisant. Mais, à première vue, il n’y a pas une dichotomie scandaleuse entre les ambitions du projet et le financement qu’on lui attribuerait.

Il ne faut pas perdre de vue par ailleurs que l’absorption de plusieurs structures dans un seul ensemble permettra très certainement de faire des économies.

 

Le projet de loi prévoit notamment la représentation des collectivités dans le conseil administration de l’agence. Etes-vous satisfait ? La place de votre association y est-elle acquise ?

G. G. Cela peut toujours bouger mais en l’état, il n’y a rien de scandaleux dans la composition globale du CA. La composition exacte relève des décrets d’application de la loi et pas de la loi en elle-même. Donc, nous ne la connaissons pas.

 

La définition du principe  de « solidarité écologique » a la grande vertu de nous placer dans l’interaction et non pas dans l’observation. Et donc d’affirmer notre responsabilité à l’égard de la biodiversité”

 

Quant à la demande d’une présence es-qualités de l’association, ce n’est pas une exigence de gamins capricieux. On a une légitimité dans ce domaine. D’ailleurs, personne ne l’a contestée. Nous verrons ce qu’il en est.

 

Le projet de loi sur la biodiversité intègre le principe de « solidarité écologique »(1). Concrètement, comment ce principe peut être mis en œuvre dans la décision publique nationale et locale ?

G. G. Longtemps, on disait : « On fait le job, on entretient nos espaces verts, etc ». Bref, on se contentait de faire dans le « beau », « l’agrément », comme si nous étions au dessus de la nature et qu’à ce titre, nous pouvions lui dicter notre loi.

La définition de ce principe a donc la grande vertu de nous placer dans l’interaction et non pas dans l’observation. Et donc d’affirmer notre responsabilité à l’égard de la biodiversité.

A l’échelle nationale mais aussi européenne, cela doit se traduire concrètement par des décisions sur les questions relatives par exemple à l’emploi de tous les intrants dans l’agriculture et dans l’entretien des espaces publics.

Localement, c’est un principe qui doit se concrétiser dans les PLU, les PADD, les schémas d’aménagement et de gestion des eaux, etc. L’Agence sera une aide et un conseil en ce sens, mais aussi un regard un peu sourcilleux quand il le faudra.

 

Depuis la présentation du projet en Conseil des ministres, le 26 mars, Ségolène Royal a remplacé Philippe Martin au ministère de l’Ecologie. Cela peut-il avoir un impact sur le projet tel qu’il a été présenté ?

G. G. Donc, je suis plutôt confiant sur une certaine continuité. Je vais demander comme je le fais systématiquement, au nom de mon association, une audience avec elle [Ségolène Royal, ndlr] pour faire le tour de plusieurs sujets dont celui de l’Agence. Nous lui dirons notre attachement à ce que la démarche soit poursuivie et aboutisse au dépôt, à l’examen et au vote de cette loi.

Mais ce qui est sûr - c’est un constat, non un jugement -, c’est que la multiplication dans un temps très court du nombre de ministres de l’Environnement a toujours des conséquences dommageables. A chaque fois, la machine ralentit puis il faut la remettre en route. Les à-coups ne sont jamais trop bons dans des affaires comme celles-là. Cependant, s’agissant de la biodiversité, je crois qu’il y a un vrai consensus.

Note 01:

Le principe de solidarité « appelle à prendre en compte l’interdépendance des écosystèmes, des êtres vivants, dont l’humain, entre eux et avec les milieux naturels ou aménagés dans toute prise de décision publique ayant une incidence sur les écosystèmes ». - Retourner au texte

Références

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