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Municipales 2014 02/04/2014

Les communes nouvelles à l’épreuve des élections

par Marion Esquerré
jeu d'échecs © Flickr-The-all-nite-images

Alors que l'Association des maires de France veut favoriser la création des "communes nouvelles", les municipales montrent que la manière dont les habitants ont vécu la fusion de leurs villages a pesé lourd dans ces élections. Enquête dans les Deux-Sèvres, en Haute-Savoie et en Haute-Marne.

Cet article fait partie du dossier:

Réforme territoriale et fusions : les communes nouvelles

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On dénombre à ce jour 10 « communes nouvelles » (lire encadré), nées de la fusion de communes. Plus exactement, depuis la loi du 10 décembre 2010 qui a permis ces regroupements, 11 fusions ont eu lieu. Mais celle de Bois-Guillaume-Bihorel (2011), en Seine-Maritime, a été invalidée par le tribunal administratif à l’automne 2013. Ses habitants ont donc, comme d’habitude, voté pour désigner deux conseils municipaux. En revanche, pour les autres, le scrutin qui vient de se clore a constitué un baptême du feu, avec plus ou moins de difficultés en fonction du contexte dans lequel la fusion s’est opérée.

A Beaussais-Vitré, dans les Deux-Sèvres : la fusion réunit ses opposants

« Personne n’en a parlé durant la campagne, insiste Pierre Lenne, l’ancien maire de Vitré qui avait pris la tête du conseil constitué après la fusion de Vitré et Beaussais  (1), courant 2013. Mais on sentait bien que c’était le thème sous-jacent. Ceux qui s’y étaient opposés se trouvaient dans la liste face à nous ».

Pierre Lenne et son « co-maire » – celui de Beaussais –,  estimaient que la fusion coulait de source, tant leurs communes étaient proches. Elles avaient opéré un regroupement scolaire il y a plus de dix ans. En plus de leur cantonnier respectif, elles se « partageaient » le plein temps d’un troisième cantonnier. Vitré prêtait son nouvel atelier municipal à sa voisine. Les deux maires communiquaient en permanence.

Identité et conservatisme
Lorsque le projet est soumis à la consultation des habitants, il n’emporte qu’une très courte majorité de « oui » : deux voix d’écart. « L’opposition a été forte, estime l’ancien maire, les arguments étaient d’ordre affectif et identitaire ». « Je voudrais bien que les chevreuils de Vitré restent à Vitré », s’entend ainsi dire le maire. Pour autant, les deux conseils municipaux votent leur fusion, validée ensuite par le préfet, malgré la vive intervention du président du conseil général, conseiller municipal de Beaussais et opposé à la fusion.

Les équipes réunies des deux villages ont travaillé un an et demi à la construction d’un projet. « Nous étions enthousiastes, une superbe ambiance régnait, se remémore Pierre Lenne. Nous avions un « trésor de guerre » de 800 000 euros et devions bénéficier encore pendant quatre ans d’avantages financiers liés à notre fusion. Nous voulions en profiter pour lancer le plus possible de projets de rénovation et d’aménagement ».

Au moins,  ces gens initialement opposés à la fusion et issus des deux villages, se sont mis ensemble. C’est déjà un progrès ! »

Pierre Lenne, ancien maire de Vitré

 

Cet élan est toutefois contré par la liste opposée,  qui a remporté les élections. « En toute objectivité, ils n’avaient pas d’autre projet que celui de nous faire barrage, regrette l’ancien élu. Mais, au moins, dans cet objectif, ces gens initialement opposés à la fusion et issus des deux villages, se sont mis ensemble. C’est déjà un progrès ! »

A Dévoluy, dans les Hautes-Alpes : des « déchirures » à l’approche des élections

Au Dévoluy (2), la configuration est tout autre. Cette commune nouvelle est née en 2012 de la fusion de quatre villages qui, depuis longtemps, fonctionnaient ensemble. La fusion apparaissait naturelle pour les élus des quatre conseils comme pour les habitants, et stratégique pour peser au sein de l’intercommunalité en cours de constitution.

D’un coup, du fait de la fusion, il a fallu passer à une seule liste de 15 élus. »

Jean-Marie Bernard, maire de Dévoluy


L’amertume de conseillers exclus

Pourtant, raconte Jean-Marie Bernard, conseiller général, devenu maire du Dévoluy après quatre mandats de maire de Saint-Etienne-du-Dévoluy, la fusion a mis à mal l’unité. « Jusqu’alors, les quatre communes étaient dirigées par les 45 élus issus des quatre conseils municipaux, rappelle-t-il. D’un coup, du fait de la fusion, il a fallu passer à une seule liste de 15 élus et, en plus, y mettre de la parité ». L’homme est contraint d’exclure de nombreux conseillers de sa future liste. « On a laissé beaucoup de gens sur le carreau, regrette-t-il. Ça a créé des déchirures ».

Outre une liste d’opposition « classique », une seconde liste composée d’anciens et menée par un ex-adjoint, est déposée en préfecture. Jean-Marie Bernard est réélu au terme d’un second tour serré, mais il compte faire remonter son expérience à l’Association des maires de France qui, récemment, a fait des propositions d’assouplissement pour favoriser ces fusions. Selon lui, il aurait fallu une phase de transition plus longue pour éviter cette situation génératrice de division.

A Epizon, en Haute-Marne : la fusion au secours du renouvellement

Autre région, autre cas de figure : Epizon (3). Là, en Haute-Marne, la fusion entre Epizon et Pautaine-Augeville fut une manière de répondre à un problème de renouvellement. Bien que relevant de deux cantons,  les deux communes sont très liées. Ce sont les « villages du plateau », apprend-on auprès de la secrétaire de mairie d’Epizon. Ils ont l’école en commun, ainsi que le syndicat des eaux depuis longtemps.

« Pautaine est une commune d’une vingtaine d’habitants, des retraités principalement. Il ne reste plus qu’un agriculteur et quelques personnes qui travaillent à l’extérieur, explique Claude Malingre, le nouveau maire, jusqu’alors conseiller municipal. A l’approche des municipales, la maire de Pautaine a réalisé qu’il n’y avait pas de jeunes pour reprendre le flambeau. C’est alors qu’elle a demandé à fusionner et nous n’avons pas hésité un instant. »

La maire de Pautaine a réalisé qu’il n’y avait pas de jeunes pour reprendre le flambeau. C’est alors qu’elle a demandé à fusionner et nous n’avons pas hésité un instant. »

Claude Malingre, maire d’Epizon

 

La fusion est actée au cours de l’année 2013. Elle a nécessité plusieurs réunions d’information, afin que les habitants comprennent bien le nouveau périmètre à quelques mois des élections. « Ça s’est bien déroulé, d’autant que l’on se connaissait déjà », estime Claude Malingre. Mais cela n’a pas empêché les habitants de chaque hameau de rayer sur l’unique liste en lice les noms d’habitants des hameaux voisins.

« Rien à voir avec la fusion, affirme l’élu. Ce sont des histoires de chasses, un tel qui n’aime pas un tel parce qu’il ne dit jamais bonjour, ou des problèmes de voisinage ». Rien que de très banal dans un village, qu’il soit né ou pas d’une fusion, où tout le monde se côtoie quotidiennement. Fusion ou pas, aussi, l’élu sait que le problème de renouvellement rencontré à Pautaine se présentera assez rapidement à la nouvelle commune, dans cette zone rurale désertée par les jeunes.

 

Les communes nouvelles

Fusions opérées en 2011 : Bleury-Saint-Symphorien (Saint-Symphorien-le-château et Bleury) ; Bois-Guillaume-Bihorel (Bois-Guillaume et Bihorel) annulée à l’automne 2013.

Fusions opérées en 2012 : Le Dévoluy (Saint-Étienne-en-Dévoluy, Agnières-en-Dévoluy, La Cluse et Saint-Disdier) ; Baugé-en-Anjou (Baugé, Montpollin, Pontigné, Saint-Martin-d’Arcé et Le Vieil-Baugé) ; Chemillé-Mélay (Chemillé et Mélay) ; Clefs-Val d’Anjou (Clefs et Vaulandry) ; Saint-Germain-Nuelles (Saint-Germain-sur-l’Arbresle et Nuelles) ; Thizy-les-Bourgs (Thizy, Bourg-les-Thizy, La Chapelle-de-Mardore, Mardore et Marnand) ; Voulmentin (Saint-Clémentin et Voultegon) ; Beaussais-Vitré (Beaussais et Vitré).

Fusion opérée en 2013 : Epizon (Pautaines-Augeville et Epizon).

Note 01:

Beaussais-Vitré, 955 hab. (chiffres 2010), Deux-Sèvres - Retourner au texte

Note 02:

Dévoluy, 1 014 hab. ( chiffres 2011), Hautes-Alpes - Retourner au texte

Note 03:

Epizon, 140 hab. (chiffres 2011), Haute-Marne - Retourner au texte

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  1. Merci pour cette remarque.
    Je vous prie de bien vouloir m’excuser de cette erreur que j’ai à l’instant corrigée, dans le texte.

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