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Municipales 2014 21/03/2014

Comment des candidats se positionnent vis-à-vis de la lutte contre l’homophobie

par Marion Esquerré

Avec le soutien de la Gazette des communes et du Courrier des maires, l'Association nationale Le Refuge a interrogé des candidats aux élections municipales sur les mesures qu'ils seraient prêts à prendre pour lutter contre l'homophobie et aider les jeunes qui en sont victimes. Elus et candidats semblent plutôt sensibles au sujet et disposés à agir, sans pour autant en faire un engagement trop visible.

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Municipales 2014 : carnet de campagne

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Alors qu’elle existe depuis 10 ans, l’Association nationale Le Refuge n’a jamais été aussi sollicitée qu’en 2013, année marquée par le débat très clivé et souvent violent autour du « mariage pour tous ».

Cette association gère dans douze villes des dispositifs d’hébergement d’urgence et d’accompagnement socio-psychologique à destination des jeunes homosexuels victimes d’un rejet familial. « Les discours et actions des anti-mariage pour tous, leur médiatisation, ont entraîné beaucoup de souffrance chez des jeunes, insiste Nicolas Noguier, président et fondateur de l’association. Notre ligne d’écoute 24h/24 a été prise d’assaut ».

Si l’association a défendu cette loi, elle regrette que le gouvernement n’ait pas accompagné cet épisode de débats et de mobilisations citoyens d’une politique volontariste contre l’homophobie. Un plan de lutte contre l’homophobie a bien été présenté, mais il n’a connu aucune suite. D’où l’idée du Refuge de lancer une enquête auprès des candidats aux élections municipales. « Chaque commune peut jouer un rôle dans la lutte contre l’homophobie, raconte Nicolas Noguier. Et nous pensons que l’émergence d’initiatives locales pourrait pousser les pouvoirs publics à agir au niveau national ».

Une large majorité s’engage à lutter contre l’homophobie
L’enquête a été diffusée à partir de décembre 2013 par l’association, les sites internet de la Gazette des communes et du Courrier des maires ainsi que par l’Association des petites villes de France : 151 candidats représentant 112 communes de toutes tailles ont répondu au questionnaire. Côté tendance politique, une majorité (69 %) est issue de la « gauche réformiste » et de la « gauche anticapitaliste ». Les « sans-étiquette » représentent 13 % des retours tandis que le centre droit/gauche et la droite républicaine constituent 14 % des réponses.

« Dans cette période où les candidats sont submergés de demandes de ce type sur tous les sujets, nous sommes plutôt satisfaits du nombre de retours », commente Nicolas Noguier. Satisfait aussi de ce que 79 % de responsables ou futurs responsables municipaux aient répondu « Je m’engage à soutenir particulièrement la lutte contre l’homophobie et la transphobie », contre 16 % qui « envisagent de le faire » et seulement 5 % qui ne le feront sûrement pas.

Former le personnel communal
« Le principe de lutter contre la “LGBTphobie” fait en effet partie des questions les plus consensuelles – qui reçoivent le plus fort taux d’engagement – avec l’incitation à porter plainte en cas d’agressions “LGBTphobes” (72 %) et la rencontre annuelle avec les associations spécialisées (65 %) », souligne Mylène Cokkinos, en charge de l’enquête. D’autres thématiques rencontrent en revanche un taux d’engagement plus bas, ce qui s’explique de différentes manières selon les sujets.

 

 

Ainsi, 57 % des répondants s’engagent à former le personnel communal à la problématique LGBT (lesbienne, gay, bi et trans). « C’est un point important de l’enquête, insiste Nicolas Noguier, car dans leur parcours de vie, toutes les personnes homosexuelles passent forcément par les guichets municipaux qu’il s’agisse de se marier, de faire une demande en crèche ou d’obtenir un accompagnement social auprès d’un CCAS ». Ce niveau d’engagement (57 %) lui semble déjà relativement important. D’autant plus que les autres, pour justifier qu’elles ne le feront pas (8 %) ou qu’elles l’envisagent (35 %) sans pour autant s’y engager, avancent plutôt des motifs budgétaires qu’une opposition de principe.

Soutenir, mais sans trop le montrer…
La question des moyens est en revanche plus difficilement audible lorsqu’il s’agit de lancer une campagne d’affichage, ce que seuls 38 % des répondants s’engagent à faire. 45 % l’envisagent et 17 % n’en feront rien, avec certitude. « Les explications montrent une volonté pour les élus de ne pas trop afficher leurs actions, parfois en les distillant dans des programmes plus globaux de lutte contre les discriminations, relate Nicolas Noguier. Mais entre les lignes, on peut y voir la persistance de craintes vis-à-vis de la population de s’engager de manière trop visible sur ce sujet ».

 

 

Autre cas : la question de la mise en place de solutions d’hébergement et d’accompagnement psychologique et social pour les jeunes LGBT chassés du domicile familial. « 48 % de candidats s’engageant à faire quelque chose dans ce domaine, souligne Nicolas Noguier. Quand on connaît les difficultés de réalisation dans ce domaine-là, ne serait-ce que pour des raisons de moyens, c’est un taux qui me paraît élevé ». 41 % des répondants disent l’envisager quand 11 % ne le souhaitent pas.

Pas de « discrimination positive »
« Il s’avère qu’une partie des candidats n’envisagent pas une structure dédiée aux jeunes LGBT mais davantage une intégration de ceux-ci dans des dispositifs destinés à toute personne victime de discrimination, de violence ou de difficultés sociales », précise Mylène Cokkinos. Deux justifications à cela : d’une part la volonté de ne pas avoir une démarche de « discrimination positive » et d’autre part, la taille de la commune. Plus elle est petite, plus ses moyens la pousseront à regrouper les besoins d’hébergement d’urgence. D’autres enfin préfèrent financer de l’hébergement dans la grande ville la plus proche pour garantir l’anonymat des bénéficiaires.

Si des réticentes à s’investir ouvertement dans l’action de sensibilisation de la population persistent, « un aspect pourtant fondamental de ce combat », les résultats de cette enquête rassurent tout de même l’Association national Le Refuge. « Les collectivités locales sont des interlocuteurs privilégiés, insiste Nicolas Noguier. Il est encourageant de voir qu’elles portent un regard globalement positif sur le combat contre l’homophobie ».

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