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Entretien - Police/Gendarmerie 17/02/2014

Hugues Fourage, député : « La répartition des effectifs et l’immobilier constituent deux défis pour la gendarmerie »

par Aurélien Hélias
Hugues Fourage © HF

Une « plus-value incontestable pour la sécurité des Français » : c’est ainsi que le sénateur (UMP) François Pillet et le député (SRC) Hugues Fourage (photo) ont qualifié le transfert de la gendarmerie du ministère de la Défense au ministère de l'Intérieur en 2009 dans leur rapport remis le 8 janvier au ministre de l’Intérieur. Au-delà du bilan de la loi du 3 août 2009 relative à la gendarmerie nationale, le député-maire de Fontenay-le-Comte revient sur ce rapport qui écorne la RGPP, revient sur les problèmes financiers rencontrés par la gendarmerie mais surtout sur la répartition des effectifs sur le territoire, appelant à transformer de nombreuses brigades de proximité en « brigades territoriales autonomes » au périmètre d’action élargi.

 

Courrierdesmaires.fr. Quel regard portez-vous sur les conséquences territoriales pour la gendarmerie de feu la révision générale de politiques publiques (RGPP) ?

Hugues Fourage(1). D’abord celui d’une forte réduction du nombre de gendarmes dont on paye les conséquences aujourd’hui ! D’un côté, on mettait à l’époque en avant une politique de sécurité ; et de l’autre, on diminuait les effectifs de manière aveugle et drastique…

 

Mais l’état des finances publiques ne va-t-il pas conduire la modernisation de l’action publique (Map), qui prend la suite de la RGPP, à faire de même ?

H. F. Non, comme le prouve l’embauche programmée de 500 policiers et gendarmes recrutés chaque année sur la durée du quinquennat. Même si, bien sûr, la Map touchera d’autres ministères et on ne récupérera pas les 13 700 postes de policiers et gendarmes supprimés sur le dernier quinquennat.

 

Quel est l’impact dans les territoires de la réunion en une seule mission budgétaire de la police et de la gendarmerie ?

H. F. Globalement le rattachement des gendarmes au ministère de l’Intérieur a bien fonctionné, même si nous affrontons aujourd’hui deux défis, celui de la répartition des effectifs et celui de l’immobilier.

Un redéploiement des effectifs de la police et de la gendarmerie s’impose et il faut se reposer la question de la taille des brigades de gendarmerie. A moins de 6 gendarmes, une brigade n’a pas d’intérêt compte tenu des rotations, des formations, etc.

Dans les faits, les zones rurales sont plutôt couvertes par la gendarmerie et les zones urbaines par la police. Mais des redéploiements s’imposent. Je ne suis pas du tout pour un plan national, mais plutôt pour que cela se règle au cas par cas, dans une consultation avec les élus locaux.

 

Les gendarmeries vont-elles continuer à souffrir sur le terrain de l’insuffisance de moyens techniques et financier ?

H. F. Il faut, pour y remédier, renforcer la collaboration entre police et gendarmerie, notamment en matière de renseignements. Il faut mutualiser, notamment dans les services de labos de recherche.

Cette mutualisation est aussi nécessaire sur la formation. Non pas la formation initiale, de base, mais sur la formation complémentaire : chiens policiers, OPJ, fonctions supports, etc.

 

Mais la mutualisation n’atteint-elle pas certaines limites ?

H. F. Il est vrai que la mutualisation ne doit pas pour autant désorganiser les services. Mais la question financière se pose surtout sur l’immobilier domanial, dans un état très préoccupant. Je ne suis pas sûr qu’il faille le transférer aux collectivités locales, car il s’agirait d’un transfert de charges qu’aucune n’acceptera sans compensation.

 

Entre police municipale et gendarmerie, chacun doit savoir ce que va faire l’autre… En tant que maire, j’ai besoin d’un système de radio compatible entre les deux corps”

 

Il faut donc trouver 300 millions d’euros par an pour réhabiliter et s’atteler dès maintenant à trouver des solutions, même si notre mission, qui n’a duré que deux mois, n’a pu en avancer. Même si la contrainte financière est réelle, il faut résoudre ce problème. Car le casernement est une condition essentielle du statut de militaire des gendarmes auquel nous ne voulons pas toucher.

 

Votre préconisation de favoriser des « brigades territoriales autonomes » au détriment de brigades de proximité ne risque-t-elle pas de diminuer la capacité de réactivité alors que, par exemple, les cambriolages en milieu rural augmentent ?

H. F. La délinquance en milieu rural n’est pas tout à fait la même que sur le reste du territoire. Oui, il y a eu une montée des cambriolages dans les campagnes, mais elle est surtout le fait d’une délinquance de plus en plus mobile.

Il faut ainsi prendre en compte le fait que dans une région comme la Champagne-Ardenne, située à deux heures de Paris, les délinquants n’hésitent pas à faire des « descentes » depuis la capitale…

 

Quel rôle peuvent jouer les élus locaux dans la coordination entre gendarmerie et polices?

H. F. Les méthodes de travail de la police et de la gendarmerie ne sont pas du tout les mêmes. Il faut pourtant expliquer aux élus locaux qu’il faut une meilleure répartition des effectifs des gendarmes, sans pour autant remettre en cause leurs missions, pour être le plus efficient possible.

Entre police municipale et gendarmerie, chacun doit savoir ce que va faire l’autre. La police municipale est le plus souvent spécialisée dans le contrôle, la voirie, le contrôle de stationnement ; et la gendarmerie, dans les enquêtes.

En tant que maire, j’ai besoin d’un système de radio compatible entre les deux corps. Il faut renforcer les conventions de coordination dans l’intérêt des deux parties et pour une meilleure articulation des enquêtes.

Note 01:

Député SRC de la 5e circonscription de Vendée, Hugues Fourage est également maire de Fontenay-le-Comte et président de la communauté de communes du Pays de Fontenay-le-Comte - Retourner au texte

Chiffres Clés

  • 6 700 postes de gendarmes ont été perdus entre 2008 et 2012.
  • 3 600 gendarmes permanents et 1 400 gendarmes mobiles sont engagés en outre-mer.
  • 500 millions d’euros sont dépensés chaque année dans le paiement des loyers des casernes locatives de la gendarmerie.
  • 300 millions d’euros seraient aussi nécessaires chaque année pour « entretenir et remettre en état le parc des infrastructures domaniales ».
  • 48 % de diminution du budget de formation des gendarmes en deux ans.
  • 85 % des supports juridiques sont communs aux deux forces, police et gendarmerie nationales.

Références

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