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Lutte contre la pauvreté 20/10/2013

Face à une pauvreté qui s’installe, les acteurs sociaux affinent la prévention

par La rédaction
sdf-@flickr-c-laberge © Flickr-C. Laberge

Dans les territoires, les acteurs sociaux essaient de prévenir le basculement des personnes en difficulté dans la précarité, la pauvreté. Pour cela, ils cherchent à identifier les "publics cibles" et expérimentent différentes solutions de prévention. Par exemple, les "guichets uniques" qui fédèrent moyens et partenaires et permettent de tisser un "filet de sécurité". Et des modes d’intervention qui placent le bénéficiaire en position d’acteur, loin de l’approche caritative.

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Le maire et la lutte contre la précarité : l'action des territoires

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8,7 millions de personnes pauvres, soit 14,3 % de la population, contre 14,1 % en 2010. La pauvreté s’accroît davantage parmi les chômeurs et les jeunes âgés de 18 à 29 ans, indique l’Insee. De son côté, la Fondation de France estime que 5 millions de personnes sont considérées comme seules en France, en 2013. Soit 12 % des personnes de plus de 18 ans. « L’âge, la pauvreté et le chômage font sortir une frange croissante de notre société du cours « normal » de la vie », écrit-elle.

Le 22 janvier 2013 lors du comité interministériel de lutte contre l’exclusion, le gouvernement a adopté un plan quinquennal destiné à répondre à la crise sociale, à la suite de la Conférence contre la pauvreté et pour l’inclusion sociale achevée fin décembre 2012,  

L’action sociale, un « bon investissement »
Selon l’Insee, le seuil de pauvreté, qui correspond à 60 % du niveau de vie médian de la population, s’établit à 977 euros mensuels en 2011. La pauvreté continue d’augmenter, mais plus modérément qu’en 2010.

Quand bascule-t-on dans la précarité ? Quels sont les publics à risques ? Comment empêcher cette chute ? Sur le terrain, élus et acteurs du social expérimentent des solutions de prévention, partant du constat qu’agir en urgence s’apparente à une fuite en avant, tant pour le public que pour la gestion de leur commune. Ce qui incite à voir l’action sociale comme un investissement et non comme une dépense.

Comment repérer les personnes vulnérables ? Car, si une partie des Français pauvres ne se déclarent pas (le non-recours aux droits représenterait 6 Md€ par an, selon l’Observatoire des non-recours), ceux qui risquent de les rejoindre sont encore davantage marqués par l’invisibilité, n’étant pas inclus dans un dispositif d’aide sociale.

Identifier les populations confrontées à la pauvreté
A l’échelle nationale, statistiques et bilans des associations caritatives ont permis d’identifier des groupes précis : familles monoparentales, enfants élevés dans une famille modeste, personnes âgées isolées, travailleurs pauvres et, nuance de taille, travailleurs s’appauvrissant, dont le salaire ne parvient plus à couvrir la hausse des factures quotidiennes, en particulier énergétiques.

© Flickr-D. Paquet
« Nous voyons dans nos centres de nouveaux visages, principalement des jeunes adultes et des personnes âgées qui ne rentrent pas dans les critères d’attribution des dispositifs d’Etat ou locaux. Pour tenir compte de cette réalité, il faudrait appliquer le calcul du reste à vivre, même si cette méthode bouscule les pratiques professionnelles », estime Didier Piard, directeur de l’action sociale à la Croix-Rouge française,

S’aidant de nouveaux outils d’observation — diagnostic social partagé, observatoire municipal, analyse des besoins sociaux (ABS) réalisée par le CCAS —, des communes affinent leurs informations au niveau local et identifient leurs propres publics cibles.

Elles créent alors du lien avec ces personnes peu utilisatrices des services publics – et qui, pour certaines, voient cet intérêt de la collectivité comme une volonté de prise de contrôle. « Pour combler ce fossé, nous avons transformé, en apparence comme dans l’accueil, nos centres sociaux en maisons des habitants, les rendant ainsi moins stigmatisants. Il était devenu essentiel de repenser notre action pour inclure les classes moyennes modestes », explique Olivier Noblecourt, adjoint (PS) au maire de Grenoble (38) en charge de l’action sociale.

Tisser un filet de sécurité
Sur le terrain, l’anticipation s’appuie sur la mise en place de « guichets uniques » qui fédèrent moyens et partenaires et permettent de tisser un filet de sécurité. Elle opte aussi pour des modes d’intervention qui placent le bénéficiaire en position d’acteur, loin de l’approche caritative.

« Il faut aller sur des terrains nouveaux. Par exemple, entrer en contact avec les propriétaires privés pour les inciter à réaliser des travaux d’isolation thermique », explique Laurent Debrach, élu (PS) à la mairie de Limoges (87).

Dans cette bataille, les élus en appellent à la solidarité nationale. Les communes rurales soulignent qu’elles ne disposent pas des mêmes services publics que les villes, alors même qu’elles accueillent de plus en plus de familles modestes en recherche de petits loyers. Des villes « pauvres », souvent celles qui concentrent les zones urbaines sensibles de leur agglomération, tirent la sonnette d’alarme.

« Non aux politiques pour pauvres ! »

© Compas
Louis Maurin, consultant chez Compas : « L’action des élus sur la crise de l’emploi, première cause de la précarisation, est limitée. En revanche, ils peuvent intervenir sur l’offre de logement social ou encore sur l’accès aux loisirs et à la culture. Mais toujours en se gardant d’instaurer des politiques pour pauvres, qui stigmatisent et attisent les tensions entre classes sociales. Pour cibler au mieux leur action, les élus manquent encore de données précises, comme le taux de chômage local, qui n’est toujours pas fourni par l’Insee. Ce manque explique, en partie, le décalage que l’on observe entre les politiques publiques et les besoins exprimés par la population. »

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