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ENTRETIEN 15/10/2013

Hervé Guéry, directeur du Compas : « Passer de l’action sociale à une politique sociale »

par Sophie Le Gall
Didier Guéry, Compas © F. Calcavechia

Après l'analyse des besoins sociaux, le maire se demandera : "Qu'est-ce que je veux pour ma ville demain ?" Puis délaissant les "pansements" sociaux, inutiles, il pourra passer à une politique sociale. Là, il aura opéré un vrai changement, assure Hervé Guéry, directeur du Centre d’observation et de mesure des politiques d’action sociale (Compas).

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Le maire et la lutte contre la précarité : l'action des territoires

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Le Courrier des maires : Les élus disposent-ils de suffisamment d’outils pour repérer la précarisation ?

© F. Calcavechia
Hervé Guéry. Ils disposent des outils… dont ils se dotent ! Moins on voit les difficultés, mieux on se sent protégés. En la matière, j’estime qu’il s’agit avant tout de volontarisme. L’analyse des besoins sociaux (ABS), outil clé de l’observation et de l’analyse prospective d’un territoire, que les centres communaux ou intercommunaux d’action sociale (CCAS-CIAS) sont tenus d’effectuer (1), est accessible à toutes les communes. Elle ne comporte pas de vraies difficultés techniques et peut se réaliser en interne, comme le fait par exemple la ville de Nantes.

Quant au coût de la démarche (2), des villes « similaires » peuvent réaliser une ABS commune et ainsi faire des économies d’échelle.

Les élus ont besoin de cette vision à long terme. Ils ne doivent pas s’en tenir à des indicateurs factuels, ne serait-ce que pour comprendre les conséquences de la crise économique qui sera, quelle que soit son issue, beaucoup plus longue et dommageable pour le public fragile. Par expérience, on sait que quand le chômage monte, le nombre de bénéficiaires du RSA augmente, alors que quand il baisse, ce nombre ne baisse pas dans les mêmes proportions.

 

Une fois cette analyse faite, quelles actions mettre en place ?

H.Guéry. Opérer un vrai changement : passer de l’action sociale à une politique sociale. Ne pas concevoir des dispositifs « à part », réservés aux plus fragiles, mais inclure ce public en amont de tout projet. Quand on se questionne sur le logement, sur l’emploi, penser aux besoins et à la place du public vulnérable.

L’ABS, en donnant des informations chiffrées et non plus empiriques, est une très bonne base de travail pour rassembler les élus dans une approche transversale et les inciter à intégrer la question de la vulnérabilité à leur réflexion.

L’objectif étant de sortir de la réparation immédiate, réponse la plus facile, la plus simple et la plus visible, mais qui ne tient pas compte de l’avenir. Agir aujourd’hui, c’est se demander : « Qu’est-ce que je veux pour ma ville demain ? ».

 

Sur quels publics invitez-vous les élus à porter, en particulier, leur attention?

H.Guéry. Il y a, bien entendu, les jeunes et les familles monoparentales. Mais j’aimerais insister sur le public des seniors et des personnes âgées, que l’on pensait, à tort, protéger avec le minimum vieillesse. Selon nos études prospectives, on ne voit aujourd’hui que le début du problème. Il apparaît que la génération actuelle des quinquagénaires est très inégalitaire, partagée entre une majorité qui a des ressources confortables et une minorité qui est, déjà, dans une situation délicate.

Selon les territoires, de 10 à 30 % de ces quinquagénaires ont des ressources moindres que les plus pauvres des sexagénaires. On peut facilement imaginer que leur retraite sera particulièrement modeste !

Les élus doivent penser dès aujourd’hui aux conditions de vieillissement de cette tranche d’âge, notamment en termes de transport, d’accès aux soins et, surtout, de logement. On n’a jamais eu autant de grands logements sous-occupés par des personnes âgées isolées avec, à la clef, des factures énergétiques importantes. Il faut repenser l’habitat, imaginer de nouvelles formes de cohabitation.

Propos recueillis en janvier 2013
Note 01:

Depuis le décret du 6 mai 1995, l’analyse des besoins sociaux est une obligation annuelle réglementaire pour tous les CCAS et CIAS. - Retourner au texte

Note 02:

Coût d’une ABS, selon l’Union nationale des CCAS : de 15 000 à 20 000 euros. - Retourner au texte

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