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LUTTE CONTRE LA PRECARITE 26/01/2013

Territoires ruraux : détecter les personnes précarisées et leur proposer un accompagnement renforcé

par Sophie Le Gall
solitude-sdf-solidarite-@flickrgelinh © Flickr-Gelinh

Les territoires ruraux cumulent plusieurs handicaps : l’accès à l’emploi et à la mobilité, et l’isolement. S'ajoute un élément méconnu qui entrave les initiatives de prévention : la pudeur. Les associations alertent sur un phénomène de résignation qui peut conduire les personnes en difficulté à «se sentir assignées à résidence».

Cet article fait partie du dossier:

Le maire et la lutte contre la précarité : l'action des territoires

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« Dans nos villages, ceux qui pressentent qu’ils vont être en difficulté — agriculteurs de plus de 50 ans isolés, familles monoparentales, jeunes adultes… – ne disent rien. C’est souvent à nous, élus, de deviner et d’aller à leur devant », explique Jean-Paul Carteret, maire (PS) de Lavoncourt (336 hab.) en Haute-Saône.

« J’arrive, parfois, à déceler des situations délicates en étudiant les impayés de cantine. J’ai donc demandé aux services fiscaux de m’alerter au plus vite pour mettre en place des apurements de dettes », ajoute l’élu.

Frein budgétaire
Afin de faciliter les démarches administratives et diminuer le non-recours aux droits, Lavoncourt s’est doté, en 2011, d’un point visiopublic (PVP), un guichet virtuel connecté à diverses structures publiques (Pôle emploi, CAF, assurance maladie…).

« Malheureusement, ce service n’est pas utilisé par ceux qui en auraient le plus besoin ! déplore Jean-Paul Carteret. Pour ce public, il faudrait mettre en place un vrai suivi. Seules les personnes bénéficiaires du RSA ont l’occasion de rencontrer une assistante sociale du conseil général. Or, notre commune ne peut pas se permettre d’embaucher un professionnel, comme une conseillère en économie sociale et familiale (CESF). »

« Les maires ruraux font preuve de volontarisme mais se heurtent à un manque de moyens financiers. Je rappelle qu’en matière de dotation de base, l’écart entre une commune de moins de 3 500 habitants et une grande ville peut aller jusqu’à 50 % », commente Cédric Szabo, directeur de l’Association des maires ruraux de France (AMRF).

Recherche d’efficacité
Grâce à un partenariat public-privé, Saint-Flour (6 689 hab., Cantal) a pu se doter, en 2010, d’une épicerie sociale et, via cette  porte d’entrée, mettre en place un accompagnement de proximité. « Nous sommes passés du bon alimentaire délivré sans dialogue à la construction d’un parcours vers un mieux-vivre », explique Patrice Solier, directeur du CCAS.

« L’objectif est de résoudre le problème du moment – voiture à remplacer, dette locative… – pour que la personne sorte de l’embarras, se remobilise et analyse sa situation en profondeur, avec notre équipe, le directeur du CCAS, une CESF et une quinzaine de bénévoles », ajoute-t-il. Cet accompagnement est bâti sur une durée courte, de six mois, « qui permet de se projeter par étape ».

Depuis son ouverture, l’épicerie sociale accueille chaque mois 25 foyers. « On ne peut plus laisser les personnes simplement faire le tour des aides. Ce que nous leur proposons est plus contraignant et ils s’en sentent valorisés », analyse Patrice Solier.

« Optimiser les moyens en pensant et en agissant collectivement »

© J. Chabanne Pierre Jarlier, sénateur-maire de Saint-Flour (Cantal) : « Le mot d’ordre a été : « fédérer ». Nous avons embauché  une personne dévolue à la coordination de ce « contrat social » sur trois ans. »

Le Courrier des maires : Comment prévenez-vous le basculement dans la pauvreté ?

Pierre Jarlier. Même si la mobilisation était forte, elle n’était pas coordonnée, alors même que la précarité s’intensifiait. Au printemps 2009, j’ai donc réuni associations, organismes de formation, conseil général, représentants de l’Etat… pour déterminer « qui fait quoi pour qui ? », établir un diagnostic et nous accorder sur des actions prioritaires — accès à l’emploi, aux loisirs, à la santé, aux biens de première nécessité et au logement — évaluées dès leur lancement.
Le mot d’ordre a été «fédérer ». Nous avons embauché en 2010 une personne dévolue à la coordination de ce  « contrat social » sur trois ans, doté d’un budget global de 1 750 000 euros.

Sur quels partenariats vous appuyez-vous ?

Plusieurs projets ont été concrétisés grâce à des partenariats avec le secteur privé (ERDF, banques…). Ces nouveaux partenaires ont apprécié la présentation d’un projet global, preuve de notre volonté de coordination. Ils nous ont particulièrement soutenus dans l’ouverture de notre épicerie sociale. Nous nous réunissons en ce mois de janvier [2013] et je pense que nous allons reconduire ce programme arrivé à son terme, à nouveau pour trois ans.

Cette fois-ci, ce sera à l’échelle intercommunale, avec certainement une mutualisation de moyens sous la forme d’un centre intercommunal d’action sociale. Nous avons déjà mis en place un accès à l’éducation musicale pour tous et sur tout le territoire, la culture étant un bon moyen de lutter contre la précarisation.

Références

  • « Précarité et exclusion en milieu rural : note d'analyse », étude inter-associative, 2010.

 

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