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Service public 09/10/2013

Les sapeurs-pompiers veulent relancer le recrutement et demandent de la considération

par Martine Kis
Pompiers © Flickr/Burgermac

[actualisé le 11/09] Baisse des effectifs, fermeture de casernes, manque de considération, transfert des charges de la sécurité sociales sur les SDIS... Le 120e congrès de la Fédération nationale des sapeurs-pompiers de France, qui se tient à Chambéry du 10 au 12 octobre, est l'occasion d'attirer l'attention des départements, du président de la République et du ministre de l'Intérieur sur la situation difficile des services d'incendie et de secours

Ils étaient 199 000 en 2007. Ils ne sont plus que 193 000 en 2012. Le nombre des sapeurs-pompiers volontaires (SPV) connait un déclin constant et qui s’accélère au fil des années. La très légère augmentation des effectifs des professionnels, passés de 38 700 à 40 400 dans le même laps de temps, ne compense pas la baisse globale. Une situation qui inquiète la Fédération nationale des sapeurs-pompiers de France (FNSPF) et qui influe sur la tonalité du 120e Congrès de la fédération, à Chambéry, du 10 au 12 octobre.

La veille de la visite de François Hollande, Manuel Valls, ministre de l’Intérieur et des représentants des collectivités locales et des pompiers ont signé, le 11 octobre, un plan d’action en 25 mesures pour le volontariat (lire ci-dessous).

Depuis quelques jours, le colonel Eric Faure, président de la fédération, alertait sur les menaces pesant sur le système de secours :

« Les volontaires sont de plus en plus sollicités alors que les effectifs diminuent et que les charges sont de plus en plus contraignantes, ce qui provoque une réduction de la durée d’engagement, des démissions et moins de volontariat chez les jeunes ». Alors que le volontaire peut assurer un service de 16 à 60 ans, le « taux de fidélisation », c’est-à-dire la durée d’engagement, n’est que de onze ans en moyenne. Or la durée de formation du personnel et longue. Et cela, alors que « les sapeurs-pompiers assument toujours plus les tracas de la vie quotidienne et [...] sont souvent obligés d’assumer des actes nouveaux, comme aujourd’hui le balisage sur les voies rapides en cas d’accident. » Une situation qui ne suscite aucune réaction ni au niveau national ni au niveau local, déplorait le président de la FNSPF.

Augmenter les effectifs
Pour assumer toutes ces missions, Eric Faure demande donc le lancement de campagnes nationales de recrutement de volontaires. L’objectif devrait être de 20 000 engagés par an, pour une durée de service de 10 ans, et d’ouvrir les effectifs aux femmes, aux cadres, aux populations issues de la diversité. Le vivier des jeunes sapeurs-pompiers, de 11 à 18 ans, devrait également être entretenu, car il alimente les effectifs de volontaires. Encore faut-il trouver des volontaires disponibles pour les encadrer. Ce qui renvoie à la question du recrutement.

Il ne s’agit pas d’une question budgétaire, souligne Eric Faure. En effet, sur un budget global des SDIS de 4,8 milliards d’euros, les ressources humaines pèsent pour 3,1 milliards et les SPV pour seulement 520 millions. Alors qu’ils représentent 80 % des effectifs et assument deux interventions sur trois. « Il s’agit d’un enjeu de volonté politique », dit le président.

Maintenir le maillage des casernes
En cinq ans, 571 casernes ont fermé, relève le président de la fédération. « La présence sur le territoire s’effrite. Les casernes sont devenues la variable d’ajustement budgétaire de la gouvernance des SDIS, avec la complicité de l’Etat », accuse Eric Faure. Or les volontaires s’engagent, traditionnellement, pour défendre leur commune et sa population. La fermeture d’une caserne démotive donc des personnes qui ne veulent pas aller plus loin pour des missions de plus en plus lourdes.

Management inadapté
La loi du 21 juillet 2011 relative au cadre juridique des sapeurs-pompiers a consolidé le volontariat. Mais il reste quelques zones d’ombre. En particulier, le statut des sapeurs-pompiers, qui relève de la fonction publique, ne s’adapte pas au volontariat. Et un management inadapté peine à prendre en compte la vie professionnelle et personnelle de volontaires toujours plus sollicités.

« Seuls 22 % des cadres sont des SPV, alors qu’ils représentent 80 % des effectifs », regrette le président Eric Faure, qui souligne qu’au cours des 5 dernières années, seul un SPV a reçu la Légion d’honneur, pour 200 000 citoyens investis. « Ils ont droit à la considération, à la reconnaissance », plaide-t-il.

Directive européenne
Autre source d’inquiétude, et de tension entre professionnels et volontaires : la mise en œuvre de la directive temps de travail au 1er janvier. Le Commission européenne a mis la France en demeure à propos de l’application de la directive 2003/88/CE du 4 novembre 2003 concernant certains aspects de l’aménagement du temps de travail.

La Commission a relevé la non-conformité avec la directive du décret n° 2001-1382 du 31 décembre 2001 relatif au temps de travail des sapeurs-pompiers professionnels, en considérant que la durée annuelle du temps de travail de cette profession ne doit pas dépasser 2 256 heures par an.

 

Il faut clarifier les compétences et les questions budgétaires : est-ce le rôle des services d’incendie de prendre en charge les interventions médico-sanitaires ?”

Colonel Eric Faure, président de la FNSPF

 

La moitié des SDIS seulement s’est mise en conformité avec cette directive. Ailleurs, le respect de la directive, qui doit intervenir pour le 1er janvier, se traduira par la perte de 10 à 15 % de temps de travail. Or, aucun recrutement n’est en vue. Ce qui inquiète les professionnels qui craignent que l’appel aux volontaires ne devienne la variable d’ajustement des professionnels. D’où des grèves, comme à Rennes.

 Améliorer organisation et coordination
« Les pompiers assurent l’essentiel des interventions, mais sont considérés comme des sous-traitants », regrette le président. A eux les interventions les plus difficiles et les moins lucratives, dans les quartiers difficiles, les zones peu peuples ou d’accès difficiles, au privé ou au SAMU les urgences les plus simples.

Or, les sapeurs-pompiers restent exclus de la mise en œuvre, menée de manière unilatérale par le ministère de la Santé, de l’engagement du président de la République en faveur d’un accès aux soins d’urgence pour tous dans un délai maximum de 30 minutes. La Fédération parle même d’un retour à l’ « hospitalocentrisme ».

Autre problème : le transfert sur les SDIS, et donc sur les budgets départementaux, de missions médico-sanitaires, hors de l’urgence, auparavant assurées par des transporteurs sanitaires privés et donc prise en charge par la sécurité sociale. « Il faut clarifier les compétences et les questions budgétaires : est-ce le rôle des services d’incendie de prendre en charge les interventions médico-sanitaires ? », demande Eric Faure.

Le Congrès en appelle donc « à des actes concrets et forts de la part de l’Etat et des collectivités territoriales ». Il en va de la qualité des services d’incendie et de secours sur le territoire.

 25 MESURES POUR LE VOLONTARIAT

Les principales mesures du texte signé par Manuel Valls, le 11 octobre au Congrès national des sapeurs-pompiers,  prévoient d’élargir le recrutement des volontaires en ciblant les femmes, les cadres et les jeunes issus de la diversité et de mieux adapter la formation aux profils recrutés.  Il est aussi convenu d’arrêter les fermetures de casernes, hors « fermetures inévitables » décidées en accord avec les pompiers. Plusieurs mesures visent aussi à remettre plus de distinctions (médailles, décorations) aux volontaires et à favoriser leur avancement aux grades d’officiers et d’officiers supérieurs. Actuellement, 22 % seulement des cadres sont des volontaires.

Au total, le texte prévoit quelques aménagements, un peu d’argent et des intentions. La mesure n°4 qui vise par exemple à « faciliter les relations avec les employeurs publics et privés » ne prévoit aucun dispositif concret. Quelle va être son application ?

« C’est un beau discours plein de bonne volonté et nous y sommes habitués », a réagi auprès de l’AFP Thierry Pibernat, président du syndicat des sapeurs-pompiers volontaires (GSNSPV).
  »Nous serons attentifs aux faits réels. Nous verrons s’il y a plus de volontaires qui reçoivent l’ordre du mérite et la Légion d’honneur. Nous verrons s’il y a plus de volontaires nommés colonels. Nous verrons si la formation s’adapte aux contraintes des volontaires », a-t-il détaillé. AFP

Réagissez à cet article

  1. Pour la toute première fois, une cause « nouvelle » est évoquée, le « management inadapté ». Manière pudique de dire que la direction des SDIS, constituée principalement d’officiers professionnels, semble avoir des difficultés à maintenir intacte la motivation des volontaires.

    Il y a eu une grande découverte scientifiquement établie : Non, un volontaire ne passe pas sa vie à la caserne. Du moins, il n’est pas censé le faire.

    Certains dans les instances supérieures semblent ignorer ce point. Il est tabou de parler de « charge d’activité maximale admissible » pour les pompiers volontaires, on aime à croire que le volontaire est corvéable à merci.

    Les formations, jusqu’ici concentrées sur les week-end, ne cesse d’augmenter en volume et –pas toujours en qualité- et se retrouve à empiéter sur les jours ouvrés. En 20 ans, j’ai appris à établir une lance de 6 manières différentes –instructions écrites à l’appui-, cherchez l’erreur.

    Sur l’opérationnel, on demande aux gens précédemment en astreinte chez eux –donc avec leur famille- d’aller dormir la nuit au centre de secours. Et les décideurs rajoutent des normes sur des normes, des contraintes sur des contraintes.

    Non content de surexploiter la bonne volonté et l’altruisme des volontaires, certains ont eu il y a quinze ans la lumineuse idée de fermer les petits centres pour faire grossir l’effectif des plus grands. Assurément, ça devait résoudre le problème de disponibilité. A aucun moment, on ne s’est posé la question du secours de proximité, des délais d’intervention –forcément plus longs-.

    Surtout, on a foulé au pieds les valeurs humaines et la motivation de ceux qui donnent leur temps, leur énergie, leur vie parfois, en les considérant comme des simples pions qu’on peut déplacer comme on veut.

    Entre temps on a eu droit à toutes les simagrées possibles pour tenter de calmer les troupes –et les élus surtout- et faire croire aux uns et aux autres qu’on prenait le problème de la motivation à bras le corps.

    C’est seulement maintenant qu’on en vient à se regarder dans le miroir, dans les états-majors des SDIS, pour y trouver des réponses à l’hémorragie des effectifs. Et se rendre compte que malgré leurs unités de valeurs en management, les officiers ont omis d’ajouter le module BSE1 à leur cursus (Bon Sens Elémentaire de niveau 1).

    A méditer.

    Un ancien volontaire

  2. Merci à l’auteur de ce commentaire tout est dit
    actuellement à la tête d’une caserne fantôme qui a été sacrifiée sur l’autel du professionnalisme sous couvert des syndicats et d’un état major complice, 35 Sapeurs Pompiers et 1000 interventions par ans balayé d’un revers de la mains du jours au lendemain.
    AU SECOURS MESSIEURS LES ELUS REVEILLEZ-VOUS

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