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Mobilité 01/08/2013

Jean-Marie Darmian, président des Villes cyclables : « Jusqu’ici, l’Etat a laissé les collectivités se débrouiller avec les évolutions de la mobilité »

par Marion Esquerré
Jean-Marie Darmian est maire de Créon (Gironde) et président du Club des villes et territoires cyclables. Il représente l’Association des maires de France au sein du groupe de travail interministériel sur les mobilités actives. © CVTC

La cause du vélo devrait progresser avec l'installation, par le ministre des Transports, d'un groupe de travail sur la promotion des mobilités actives. Jean-Marie Darmian, président du Club des villes et territoires cyclables (CVTC), en attend que l'Etat relaye enfin les politiques lancées par les collectivités locales.

Le ministre chargé des transports, Frédéric Cuvillier, a installé, le 3 juin 2013, un groupe de travail interministériel consacré à la promotion des mobilités actives (vélo et marche). Ce groupe (lire ci-dessous) poursuivra ses travaux à la rentrée, afin de remettre dès l’automne des propositions au ministre. Lequel compte présenter un plan national en décembre. Jean-Marie Darmian, président du Club des villes et territoires cyclables (CVTC), y représente son association mais aussi l’Association des maires de France (AMF). Dans un entretien avec Le Courrier des maires, il se dit satisfait qu’enfin, l’Etat s’empare du sujet.

Jean-Marie Darmian
est maire de Créon (4 200 hab., Gironde). Il est le président du Club des villes et territoires cyclables et représente l’Association des maires de France (AMF) au sein du groupe de travail interministériel sur les mobilités actives.

 

Le Courrier des maires : La pratique du vélo s’est beaucoup développée ces dernières années, sans qu’il y ait eu besoin d’une politique nationale. Pourquoi un plan national vous semble-t-il nécessaire ?

J.-M. Darmian : Cela fait une douzaine d’années que nous défendons l’idée d’un plan vélo, que se soit à l’AMF ou au Club des villes et territoires cyclables. En France, il n’existe pas de politique du vélo, si ce n’est les investissements réalisés par les collectivités territoriales, les expérimentations et les incitations portées par les collectivités. L’Etat les a laissées se débrouiller avec les évolutions de la mobilité.

Aujourd’hui, il apparait nécessaire de donner de la cohésion à toutes ces actions et d’établir de grandes orientations nationales au travers d’un plan, comme il en existe dans d’autres pays européens. Cette idée est enfin acquise puisque le gouvernement souhaite mettre en place un plan en faveur des mobilités actives.

 

Selon vous, qu’est-ce qui explique que votre revendication ait mis tant de temps à émerger au niveau de l’État ?

J.-M. D. : Selon moi, la France est le pays de l’automobile. La culture française est tournée vers le déplacement motorisé. Par exemple, dans le cadre de la politique de réduction des gaz carboniques, on va aider le secteur des voitures électriques. Pourquoi pas les vélos à assistance électrique ?

On ne rencontre pas du tout le même contexte dans les pays du nord de l’Europe, dans certains pays du Sud comme l’Espagne et l’Italie ou encore dans les pays d’Amérique du sud, où l’État a une politique en faveur du vélo.

 

Quand on parle de mobilité, de quoi s’agit-il ?

J.-M. D. : Je dirais qu’il y a trois problématiques principales. Tout d’abord,  les déplacements quotidiens, de proximité – domicile-travail, et ce que j’appelle le chemin de l’école. Ensuite, les mobilités actives, qui concernent l’activité économique du tourisme – vélo-routes et voies vertes – et l’itinérance, qui se développe de façon exponentielle.

Enfin, il faut traiter les mobilités actives en lien avec la santé. C’est une préoccupation qui vient d’apparaître dans le paysage français mais qui existe depuis longtemps ailleurs. Les études évaluent à 1 000 euros par an et par personne les économies en frais de santé des personnes qui font du vélo quotidiennement.

Je suis toujours étonné de voir que dans le cadre de la lutte contre l’obésité infantile, on est capable d’imposer le grammage des frites servies à la cantine mais pas de prendre des mesure pour encourager la pratique du vélo domicile-école. On sait très bien que le premier facteur d’obésité est l’absence d’activité physique.

 

Les collectivités travaillent aussi sur les déplacements périurbains… Le vélo à assistance électrique permet d’effectuer des déplacements de 10 à 15 km sans problème”

 

La pratique du vélo s’est énormément développée ces dernières années, notamment avec le principe des vélos en libre service. Mais ce sont des pratiques très urbaines…

J.-M. D. : Vous me vexez ! Vous savez que Créon, avec ses 4 200 habitants, en zone rurale, est quasiment la capitale française du vélo !

Plus sérieusement, il est vrai que la progression de la pratique du vélo est essentiellement due à l’évolution des mentalités en milieu urbain. Mais les collectivités travaillent aussi sur les déplacements périurbains en s’appuyant sur les vélos à assistance électrique (VAE). Ce type de vélo permet d’effectuer des déplacements de 10 à 15 km sans problème alors qu’avec le vélo urbain, on réfléchit aux déplacements à l’échelle de 2 à 3 km.

Le VAE représente donc un grand espoir car il permet un développement de la pratique du vélo totalement différent de ce que l’on connait aujourd’hui. Pour vous donner un exemple, si vous venez un jour à Créon, vous constaterez qu’aujourd’hui, nous louons des VAE aux touristes. Nous avons mis aussi à disposition des VAE pour personnes handicapées avec un fauteuil roulant ancré à l’avant du cycle. Ce sont des besoins apparus récemment. C’est la preuve que l’on connait une évolution très forte des pratiques.

 

Concrètement, quels types de mesure attendez-vous du plan ? Pouvez-vous donner des exemples ?

J.-M. D. : Nous souhaitons un plan transversal. C’est-à-dire qu’il doit toucher tous les aspects de la vie quotidienne et obliger les pouvoirs publics à prendre en compte le vélo dans toutes ses actions. Le plan doit être fait de règles et d’incitations.

Pour favoriser les déplacements quotidiens en vélo, nous proposons une aide comme il en existe aussi pour les salariés qui utilisent les transports en commun. La Belgique a mis en place une aide de 0,21 euro par km parcouru, qui nous semble adaptée à notre situation. Cela peut passer aussi par des incitations fiscales - déduction de l’achat des flottes de vélo - à l’attention des entreprises qui mettraient à la disposition de leurs salariés des vélos en libre-service. Cela permettrait par la même occasion de relancer l’industrie du vélo en France.

La constitution de flottes de vélo en libre-service pour les écoliers et les collégiens existent déjà dans de nombreuses communes, comme à Créon. Nous pensons aussi que c’est une pratique à généraliser.

Ensuite, il faut intervenir au niveau des documents d’urbanisme et d’aménagement pour faire en sorte que le vélo soit systématiquement pris en compte. Là encore, je peux donner un exemple : lorsque l’on construit du logement, on est contraint de prévoir X places de parking pour les voitures. Mais il n’existe aucune obligation pour les vélos. De même, les maires apprécieraient que soit écrit quelque part qui doit financer les parkings à vélos dans les gares. Aujourd’hui, c’est un sujet de bataille de chiffonniers avec la SNCF.

Enfin, il faut généraliser toutes les mesures expérimentées par les collectivités territoriales en terme de partage de la rue et de code de la rue : les zones 30, les zones de rencontre, le « tourne à droite au feu » légalisé pour les vélo, la ligne blanche avant le passage piéton…

 

L’Etat ne peut plus refuser d’accompagner un mouvement déjà très avancé”

 

Vous êtes confiant quant à l’aboutissement de ces travaux ?

J.-M. D. : Je dois avouer que c’est la première fois que je sens que l’on va déboucher sur quelque chose… sous la pression de la réalité. Pour être clair, les collectivités ont beaucoup d’avance et l’Etat ne peut plus refuser d’accompagner un mouvement déjà très avancé.

Le gros problème, c’est l’argent. Nous avons fait des propositions de financement. Mais, au fond, je suis convaincu qu’un bon plan de mobilités activités n’est pas nécessairement un plan coûteux. Il nécessitera des moyens, c’est certain. Mais il devra avant tout coordonner et généraliser l’existant.

 

Groupe interministériel : six axes de travail
Le groupe interministériel installé par le ministre des Transports est chargé d’élaborer des propositions concrètes en faveur des mobilités actives autour de six axes :
– l’intermodalité des transports collectifs et des modes actifs,
– le partage de l’espace public et la sécurisation des modes actifs,
– la création d’un cadre fiscal et financier favorable aux modes actifs dans les déplacements domicile-travail,
– la prise en compte les politiques de mobilité active dans l’urbanisme, le logement et notamment le logement social,
– le développement des itinéraires de loisir et le tourisme à vélo,
– la communication autour des bienfaits du vélo.

Références

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