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ENTRETIEN 03/05/2013

Christian Pierret, président de la FVM : « Les villes moyennes sont le cœur de la croissance »

par Xavier Brivet

Animateur du réseau des villes moyennes et maire de Saint-Dié des Vosges, Christian Pierret plaide pour une juste répartition des efforts entre les différents niveaux de collectivités, au bénéfice de « la proximité, clé de la compétitivité ».

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Acte III de la décentralisation : entretiens exclusifs avec les représentants des collectivités territoriales

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Le Courrier : La réforme territoriale prend-elle en compte les enjeux et problématiques des villes moyennes ?

© C. Pierret Christian Pierret, président de la Fédération des villes moyennes

Christian Pierret. Si le gouvernement a beaucoup consulté les associations d’élus parmi lesquelles la FVM, il n’a pas pris suffisamment en compte la spécificité et les atouts des villes moyennes, notamment dans la relance de la croissance. La réforme territoriale, à ce stade, organise la concurrence entre les régions - chefs de file du développement économique, de la recherche, de la formation professionnelle, des transports - et une quinzaine de métropoles qui pourront au passage se substituer aux départements et dont le champ très large de compétences entrera en conflit avec celui des conseils régionaux.

Les villes moyennes seraient-elles oubliées ?

C. P. Autour des deux pôles (région-métropole), il ne faudrait pas que le gouvernement laisse penser qu’il y aurait des « zones blanches » dépourvues d’acteurs publics. La France doit s’appuyer sur des pôles urbains de taille moyenne essentiels dans l’animation et le développement des territoires. Je vous rappelle que notre réseau représente 200 villes qui regroupent avec leurs agglomérations le quart de la population française et 30 % des citadins.

Quelle doit être leur place ?

C. P. Les maires des villes moyennes sont les « combattants » du développement économique local et de la création d’emplois. Les villes moyennes sont le cœur de la croissance, de l’enseignement supérieur, de la formation, de la mise en réseau des entreprises et des étudiants. Je rappelle que 60 % des entreprises de taille intermédiaire (ETI) y sont implantées. Elles sont sources d’innovations économiques créatrices d’emploi non délocalisables. Les villes moyennes et leurs groupements comptent 264 sites d’enseignement supérieur et de recherche : un enjeu majeur pour le redressement économique de la France. Elles ne doivent donc en aucun cas être les supplétifs de la croissance qui repose précisément sur la décentralisation et l’action de proximité auprès des entreprises.

 

© C. Pierret
Le partenariat entre les régions, les métropoles et les villes moyennes est essentiel pour conforter les formations de proximité et d’avenir dans des communes où les industries manufacturières et l’emploi s’effondrent”

La réforme de l’enseignement supérieur et de la recherche vous satisfait-elle ?

C. P. La FVM propose le développement d’activités de recherche-développement, de transfert de technologies et l’implantation de filières complètes, générales et technologiques, adaptées aux réalités du tissu économique local. C’est pourquoi j’ai présenté, le 17 avril, un Manifeste intitulé « La proximité : clé de la compétitivité ». La FVM demande d’associer les villes moyennes à la gouvernance de l’enseignement supérieur et de la recherche. Là encore, le partenariat entre les régions, les métropoles et les villes moyennes est essentiel pour conforter les formations de proximité et d’avenir dans des communes où les industries manufacturières et l’emploi s’effondrent. J’ai bon espoir que la ministre, qui connaît bien les problématiques locales, nous entende sur ce point.

Que vous inspire le « pacte de confiance et de responsabilité » financier ?

C. P. Un « pacte » est-il un acte unilatéral qui consiste à baisser ses dotations aux collectivités de 4,5 milliards d’euros dans les trois prochaines années ? La FVM n’est pas opposée à la réduction de la dépense publique dans le contexte budgétaire actuel et à participer à l’effort national. Mais l’Etat pense que les collectivités sont un gisement inépuisable de ressources financières. Il se trompe et, au passage, fragilise le niveau de ressources propres des villes moyennes qui doivent assumer des charges de centralité conséquentes, un dynamisme et des recettes fiscales moindres depuis la suppression de la taxe professionnelle, une inflation de normes. De surcroît, la baisse des dotations aura un effet contra-cyclique : elle menace l’investissement local au moment où il faut soutenir l’activité économique.

Vous ne le signerez pas ?

C. P. Je le signerai s’il comporte des conditions acceptables : une réduction des dotations proportionnée et justement répartie entre les différents niveaux de collectivités, un coup d’arrêt à la prolifération des normes, un renforcement de la péréquation horizontale, la préservation de l’autonomie fiscale du bloc communal. Sans cela, les communes n’auront pas d’autre choix que d’augmenter les impôts locaux ou de réduire l’offre de service public pour compenser le manque à gagner.

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