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ENVIRONNEMENT - ENTRETIEN 27/05/2013

Jean-François Rapin, président de l’ANEL : « La mer est une réalité économique et environnementale »

par Marion Esquerré

Six mois après son élection à la tête de l'Association nationale des élus du littoral (ANEL), Jean-François Rapin, maire de Merlimont (Pas-de-Calais) revient sur la réorganisation des instances qu'il a initiée et sur l'actualité du monde de la Mer : l'avenir des métiers de la pêche, le déploiement de l'éolien off shore et les Assises de la mer et du littoral qui doivent permettre d’élaborer une future stratégie nationale.

Le Courrier : Elu en octobre 2012 à la tête de l’ANEL, vous avez modifié la structure de l’association. Pourquoi et comment ?

Jean-François Rapin. Nous avons souhaité à la fois une meilleure représentation de la géographie métropolitaine et ultramarine, avec des vice-présidents de façade, et une meilleure prise en compte des thématiques auxquelles nous sommes confrontés, avec des commissions. Par ailleurs, nous avons désigné deux présidents délégués.

Nous sommes très sollicités par l’actualité. Par exemple, pour les projets de parcs éoliens off shore, des élus locaux font appel à l’ANEL. Les Assises de la mer en particulier nous mobilisent fortement, en tant qu’élus sur nos territoires et, au plan national, parce qu’il va falloir donner des avis sur les thèmes évoqués.

La mer, à force de lui avoir tourné le dos, on l’avait presque oubliée. Or c’est une réalité économique et environnementale importante. La mer retrouve une dimension importante et l’ANEL doit être un chef de file dans cette dynamique.

 

Le gouvernement a lancé en mars un second appel à projets de parcs éoliens en mer. Quelle est la position de l’ANEL ?

J-F. Rapin. Des engagements ont été pris au moment du Grenelle de l’Environnement et du Grenelle de la mer. Il faut les respecter, bien sûr, mais cela ne justifie pas une application uniforme et systématique. On ne peut pas implanter des parcs éoliens de la même manière partout. Ce sujet est étroitement lié à la géographie et à l’économie de chaque territoire. De ce fait, l’ANEL n’a pas une position générale sur la question.

En outre, chaque projet suscite de nombreuses prises de position, pour ou contre, chez les élus et dans la population. Cela nécessite donc une concertation locale, qui tienne compte des activités en présence depuis des décennies, comme la pêche ou le tourisme. Mais à mon sens, on fait fausse route avec les grands débats publics. On peut toujours faire de grandes réunions. Mais plus on a de participants, plus on a d’avis et moins, à la fin, on s’y retrouve.

Organiser des référendums locaux ne me paraît pas non plus satisfaisant, car il est compliqué d’arrêter les limites d’un scrutin qui concerne un territoire sans réalité administrative.

En revanche, il faut s’appuyer sur des instances représentatives locales. Aujourd’hui, s’il y a une instance de gouvernance qui semble pertinente dans ce cadre, ce sont les conseils maritimes de façade, en place depuis un an et demi. Ils sont composés de gens qualifiés et réellement représentatifs d’un territoire donné.

 

L’évolution des métiers de la mer figure parmi les préoccupations de l’ANEL. Quels sont les enjeux ? Qu’attendez-vous de la réforme de la politique commune de la pêche en cours de discussion ?

J-F. Rapin. L’ANEL n’a pas de pouvoir institutionnel pour peser sur les décisions européennes. En revanche, elle a peut-être un effet stimulant au niveau des territoires pour mettre en place des dispositifs annexes qui contribuent à appliquer cette politique européenne.

Selon nous, l’avenir des métiers de la mer est dans la spécialisation. Cela s’applique aux techniques de pêche, comme aux métiers de traitement du poisson, à la commercialisation. Même si nous restons attachés sur nos territoires à la pêche artisanale, nous savons aussi qu’elle doit se spécialiser, se professionnaliser et donc se former.

La politique de la pêche doit aller dans ce sens. Et c’est la position qui devrait ressortir des Assises de la mer, dont la pêche est un des volets.

 

La nouvelle politique européenne de la pêche est en cours de discussion. Son objectif est surtout de préserver les ressources halieutiques. Ce n’est pas toujours compatible avec la pêche.

J-F. Rapin. C’est aussi l’enjeu des pêcheurs ! Je n’ai jamais vu quelqu’un tuer sa poule aux œufs d’or ! En revanche, la politique européenne est déjà allée très loin dans les restrictions de pêche et les quotas. Il existe un grand malaise chez les pêcheurs. Pour ne parler que des ouvriers marins,dont le revenu moyen baisse très très vite.

Les quotas sont toujours l’objet d’âpres discussions. Mais la question est de savoir qui a raison et qui a tort. On entend les experts scientifiques, les experts écologiques et les professionnels, les pêcheurs. Aujourd’hui, les chiffres concernant les pôles spécifiques de pêche sont mauvais, c’est une certitude

A mon avis, le solution consisterait à trouver, avec des instances reconnues comme l’Ifremer et des structures propres à la pêche, l’outil qui permettrait de rendre un avis objectif.

 

La loi « Littoral », qui limite l’urbanisation sur la côte, est assez critiquée. Quelle est la position de l’ANEL sur son avenir ?

J-F. Rapin. Cette loi a permis de préserver une grosse partie du patrimoine littoral de la France, deuxième territoire maritime du monde, avec 5 500 km de côtes pour la seule métropole.

Mais, comme les décrets ont tardé à sortir, c’est finalement le juge qui a fait la loi. A défaut, de nombreux recours judiciaires ont été engagés sur les territoires dès qu’il y avait un projet d’aménagement. On a vu la jurisprudence donner un caractère purement environnemental à cette loi, dont l’objectif initial était aussi et, surtout, le développement.

Certains vont jusqu’à souhaiter la suppression de ce texte. Ce n’est pas le discours de l’Anel. Tous les élus sont conscients qu’elle est nécessaire, mais que son application doit bénéficier d’un bilan approfondi – la loi prévoyait un bilan tous les cinq ans. Cette démarche pourrait ensuite aboutir à des décrets d’application, voire à des amendements, qui permettraient de l’appliquer au mieux sur le territoire.

 

Certains évoquent l’idée d’une décentralisation même partielle de cette compétence vers les régions. Qu’en pensez-vous ?

J-F. Rapin. J’y suis complètement opposé. Vous avez des régions très écolos qui vont s’opposer à tous les projets d’aménagement et d’autres qui vont laisser tout faire. L’Etat seul peut assurer une neutralité dans l’application.

Cela n’exclut pas une forme d’adaptation de la loi en fonction des configurations locales. Pourquoi ne pas envisager, par exemple, la possibilité pour les préfets de promulguer des décrets régionaux ? Cela me semble d’autant plus faisable maintenant qu’il existe les conseils maritimes de façade pour assurer une bonne concertation.

En tous les cas, je ne suis pas favorable à une abrogation de la loi littorale. En revanche, je suis pour un retour aux fondamentaux, c’est-à-dire une loi de développement d’abord, et de protection, le tout dans la concertation.

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