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Développement économique 16/05/2013

Montants investis, secteurs privilégiés, gouvernance régionale : la BPI dévoile sa doctrine

par Aurélien Hélias

Auditionné le 15 mai par le Parlement, le directeur général de la Banque publique d’investissement a dévoilé les différents outils pour accompagner « l'élite de l'entreprise française de 2020-2030 » en accordant des prêts et en investissant directement dans les sociétés. Et Nicolas Dufourcq de préciser la gouvernance de la BPI en régions et les limites très strictes à d’éventuelles reprises d’entreprises.

Son audition était attendue : quelques heures avant de faire de même devant les sénateurs, le directeur général de la Banque publique d’investissement, Nicolas Dufourcq, est venu le 15 mai exposer aux députés des commissions des finances et des affaires économiques la doctrine d’intervention de cet établissement désormais officiellement baptisé « BPI France ». L’occasion tout d’abord de détailler les quelque 12 milliards d’euros que la banque a l’intention d’investir entre 2013 et 2017. D’abord, un peu plus de neuf milliards d’euros en direct, dont :

  • 1,7 milliard dans les PME pour des sommes comprises entre 500 000 euros et quatre millions par dossier ;
  • 500 millions « de capital-risque du pôle innovation » ;
  • et 7 milliards dans « les grosses PME et ETI » et « des opérations exceptionnelles dans des grandes entreprises ».

En second lieu, la banque aura une seconde activité de financement « des fonds d’investissements qui eux-mêmes investissent dans le capital des entreprises françaises ». Près de 2,7 milliards d’euros soutiendront ainsi des fonds privés partenaires.

Un actionnaire à vocation minoritaire
Point essentiel souligné à de nombreuses reprises par Nicolas Dufourcq : « Nous investissons en minoritaire », comme le veut la doctrine de l’établissement. Des exceptions seront toutefois possibles : dans le cas très particulier « d’une entreprise française d’un secteur d’avenir, disons un futur Essilor » qui serait vendue à un étranger, un véritable « crève-cœur, (…), à ce moment-là, (…) on prend temporairement la majorité de ce capital-là pour refaire un tour de tables de places françaises et redevenir minoritaire au bout d’un an. Mais c’est tellement rare que cela fera l’objet d’une décision spécifique du conseil d’administration de BPI France », prévient-il. Ces exceptions à la doctrine d’investissement « seront discutées, validées et prises à l’unanimité des actionnaires : il peut toujours y avoir des cas très particuliers ».

La reprise d’entreprise à titre très exceptionnel
La cible de BPI France est clairement identifiée : les PME, les TPE, les ETI et « exceptionnellement les grandes entreprises ». Avec un objectif : « faire des PME avec des TPE et faire des ETI avec des PME », ambitionne Nicolas Dufourcq. Très sollicité par les députés sur la capacité de la banque à aider les entreprises en difficulté, le DG s’est montré très ferme : « Retourner une entreprise, ça veut dire la reprendre. Pour retourner l’entreprise, il faut très fréquemment changer le management. Changer le management, ça veut dire prendre le contrôle de l’entreprise [et donc] être majoritaire : ce n’est pas possible pour BPI France », a-t-il asséné. Et d’ajouter que cette décision avait été prise en concertation « avec les 22 présidents de conseils régionaux », convaincus de l’impossibilité de « créer un fonds de retournement direct : les pressions seraient trop fortes ».

Toutefois, la banque pourrait intervenir indirectement, « en soutien des repreneurs ». « Soit nous accompagnons des repreneurs, soit nous finançons des fonds d’investissement gérés par des sociétés spécialisées. Nous mettons alors entre 30 et 40 % de la mise de fonds nécessaire ». Avant de préciser : « Nous sommes des architectes qui sommes là pour aider d’une certaine manière les pompiers. Mais nous ne sommes pas les pompiers nous-mêmes ».

Fonds thématiques
BPI France a identifié divers secteurs prioritaires pour ses investissements : les biotechnologies, la transition écologique, internet, les maladies rares, le capital-risque intensif, qui permettra d’investir « des tickets entre 10 à 50 millions d’euros dans des entreprises qui soudainement explosent parce que leur technologie a été validée ». Pour réaliser au mieux ces investissements, la banque compte notamment s’organiser autour d’ « une dimension filière assez poussée : nous avons des fonds thématiques dédiés aux équipementiers automobiles, au  nucléaire, au ferroviaire, à l’industrie du bois, du patrimoine, de la mode, etc. ».

En revanche, plusieurs secteurs d’activité sont interdits à l’établissement bancaire : la presse, les instituts de sondage, l’immobilier et les infrastructures, ces dernières étant « préemptées » par CDC infrastructures.

90 % des décisions prises au niveau régional
Concernant la gouvernance et les décisions d’investissement, Nicolas Dufourcq s’est voulu rassurant auprès des députés également élus régionaux pour certains. « Dans la doctrine, il y a rappel du fait que c’est une banque interrégionale et que les décisions d’investissements sont prises en majorité en régions. S’agissant des PME, toutes les décisions d’investissements sont désormais prise sen régions, ce qui n’était pas le cas auparavant ». Plus précisément, toutes les décisions jusqu’à 4 millions d’euros sont prises à ce niveau régional, de même que 90 % des décisions d’investissements en fonds propres, estime-t-il.  

Au niveau de la gouvernance, les 22 directeurs régionaux de la BPI doivent être nommés d’ici au 3 juin. D’ici la fin du mois, le directeur général doit débuter « un tour de France des 22 régions pour lancer BPI France en région et remplacer les marques Oséo, CDC-entreprises et FSI par la marque BPI France. Tout est construit pour que dans le courant du mois de juin […] la marque BPI France existe ».

S’agissant de l’articulation des opérations d’investissement avec les fonds régionaux, le DG assure être dans « une logique de collaboration continue » sur « la manière dont on gouverne ces fonds avec nos partenaires conseils régionaux ». Et d’annoncer vouloir « consolider certains fonds »  pour «  leur donner plus de puissance, éviter l’éparpillement qui est malheureusement trop traditionnel » et « privilégier dans les refinancements les fonds les plus efficaces ».

 

Les réponses de Nicolas Dufourcq aux parlementaires
Sous le crible des questions des députés, le DG de BPI France a répondu à certaines questions très spécifiques des parlementaires. Verbatim.
Le fonds banlieue. Annoncé par François Hollande le 29 avril, le « fonds banlieue » consacré par la BPI au soutien financier à la création d’entreprise dans les quartiers les plus défavorisés doit être opérationnel. « On nous demande d’apporter une première réponse avant l’été. Des premières réponses seront faites le 17 mai », a ajouté Nicolas Dufourcq.
Moyens de communication. Une campagne de communication sera lancée en juin. « Nous sommes une banque frugale et donc on ne peut faire une énorme campagne. Il y aura campagne essentiellement internet et de publicité dans la presse quotidienne régionale qui va démarrer le 4 juin », précise le DG.
Les locaux. « Nous allons transférer les effectifs qui sont rue de l’Université, rue de Lille et rue de la Victoire [à Paris] dans un seul local unique pour faire BPI. Ce faisant, nous allons économiser 1,5 million d’euros par an de loyers. Cela va nous permette d’économiser 5 millions d’euros sur les quatre ans qui viennent », décrypte le DG. Et de rappeler que le siège de BPI-France sera bien à Maisons-Alfort.
Outre-mer. « Nous avons des requêtes de la part des élus d’outre-mer, notamment de Guyane d’un investissement direct de BPI-France dans ces territoires. Nous en discutons avec nos tutelles. Il n’y a pas unanimité de la part de présidents de conseils régionaux d’outre-mer sur la question de savoir si BPI-France passe en direct, continue au travers de l’AFD ou passe au travers de la CDC ».
Site internet. « Il y a un projet de déployer le site internet dans les 22 régions, puisque nous montons 22 partenariats  dans lesquels il est question de monter des sites internet communs avec les conseils régionaux », des « plateformes uniques très attendues » selon le DG de la BPI.

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