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Environnement 05/04/2013

Jean-Claude Monin, président de la FNCoFor : « Il faut redonner une âme et un projet à l’Office national des forêts »

par Marion Esquerré

L'Office national des forêts a un nouveau président depuis le 28 mars 2013, en la personne de Jean-Yves Caullet. Confronté à d'importantes difficultés économiques et sociales, l'Office doit continuer à répondre aux besoins des collectivités locales forestières. Un défi pour celui qui a pris les commandes de l'ONF, comme nous l'explique le président de la Fédération nationale des communes forestières (FNCoFor), Jean-Claude Monin.

Jean-Claude Monin souligne que la Fédération nationale des communes forestières (FNCOFOR) n’accepterait pas la suppression de postes d’agents de l’Office national des forêts (ONF) et la création de postes de forestiers au sein des chambres d’agriculture. Selon lui, le maillage territorial des agents de l’ONF pourrait être renforcé.

 

Le Courrier : Qu’attendez-vous concrètement de l’Office national des forêts (ONF) ? Quel devrait être son rôle, idéalement ?

Jean-Claude Monin, président de la FNCoFor

© FNCoFor Jean-Claude Monin, président de la FNCoFor, maire de Saint-Jean-d’Arvey (73) et vice-président de Chambéry Métropole.

Jean-Claude Monin.  L’ONF doit remplir pleinement le rôle que lui confèrent la loi (loi du 9 juillet 2001 d’orientation sur la forêt, ndlr) et le régime forestier, c’est-à-dire la gestion à la fois patrimoniale et durable des forêts publiques. L’Office doit aussi continuer à offrir tous les services qui viennent en complément de cela : les travaux sylvicoles, la surveillance du patrimoine et de l’espace naturel. Nous souhaiterions même que son rôle dans la gestion de l’espace naturel soit renforcé, car la forêt fait évidemment partie de l’espace naturel. Cela implique l’existence d’un plan unique d’aménagement qui organise non seulement la multifonctionnalité de la forêt, l’accueil du public, mais aussi la gestion de la biodiversité.

 

La FNCoFor a signé, en 2011, le contrat d’objectifs et de performance 2012-2016 avec l’Etat et l’ONF. Mais auparavant, il vous a fallu résoudre plusieurs litiges avec le précédent gouvernement concernant l’avenir de l’ONF et de la gestion des forêts publiques. Un an après l’entrée en vigueur de ce plan, quel bilan faites-vous ?

J.-C. M. : En effet, nous avons dû nous battre pour, en fin de compte, obtenir de l’ancienne majorité la confirmation que l’ONF conserverait sa place et son rôle, et que le régime forestier serait maintenu. A l’époque, le gouvernement n’écartait pas la possibilité, par exemple, de déléguer la gestion de forêts publiques à d’autres organismes.

La situation financière de l’ONF n’est pas équilibrée. C’est le moins que l’on puisse dire…”

Pour  la mise en œuvre du contrat, de notre côté, nous entendons bien respecter nos engagements. Mais, sur le plan financier, alors qu’on nous a donné des garanties et qu’en même temps on nous a demandé d’assurer une contribution de 2 euros par hectare, il apparaît que la situation financière de l’ONF n’est pas équilibrée. C’est le moins que l’on puisse dire…

Par conséquent, j’ai obtenu la création d’une commission nationale qui réunit les trois ministères, l’ONF et le FNCOFOR – les signataires du contrat –, afin d’établir des propositions sur l’équilibre financier, les moyens de l’ONF et leur pérennité. C’est la condition nécessaire au respect du contrat de performance et d’objectifs.

 

Ce travail s’inscrira-t-il dans la future loi sur l’avenir de la forêt française et de la filière bois ?

J.-C. M. : Nous l’espérons. L’ONF en tant que gestionnaire de la forêt publique a un rôle important dans la filière bois et de ce fait, il serait logique qu’il en soit question dans la loi.

 

Le nouveau président de l’ONF, Jean-Yves Caullet, est à la fois élu, président de l’association départementale des communes forestières de l’Yonne et, professionnellement, ingénieur des eaux et forêts. Serait-ce le profil idéal pour le poste ?

J.-C. M. Il possède ces qualités de base, qui sont essentielles. Mais il a surtout une qualité, celle d’être un homme politique. Aujourd’hui, cette fonction implique de savoir faire des choix concernant l’équilibre financier et le devenir de l’Office. Ce sont des choix politiques. Cet aspect-là est aussi important que les autres.

 

En décembre 2012, le gouvernement a confié à Jean-Yves Caullet une mission sur l’avenir des forêts et de la filière bois, en préparation d’un projet de loi. N’est-ce pas une double casquette difficile à porter ? Vous a-t-il fait état de l’avancée de sa mission ?

J.-C. M. : La FNCoFor a des contacts avec le nouveau président, ce qui est normal. Mais je ne vais pas faire des confidences sur nos  échanges. Nous comptons beaucoup sur cette double casquette

Je ne pense pas que ce soit une mauvaise chose qu’une personne missionnée pour faire un rapport soit ensuite directement impliquée dans la mise en œuvre de ses préconisations. Au contraire, nous comptons beaucoup sur cette double casquette qui lui permet de tenir compte de la question du service public et de la forêt publique dans une réflexion plus large sur l’avenir de la filière bois.

 

L’ONF a connu d’importantes réorganisations ces dernières années, sous l’effet de la RGPP. On parle de « malaise social » profond au sein du personnel de l’Office. Comment répondre à ce malaise ?

J.-C. M. : Je crois que pour répondre justement au problème social, il faut tout mettre à plat, étudier la structure de l’ONF et sa situation en détail et dans la transparence. Il lui faut un projet d’entreprise, une stratégie claire qui replace l’action de l’ONF au cœur de son métier.

Le problème des agents,  notamment des cadres, au fond, c’est qu’on ne leur dit pas la vérité, ni où l’on va. Donc, je comprends qu’ils ressentent une certaine inquiétude. Aujourd’hui, même si c’est dur parce que cela impliquera des changements, il faut dire les choses. Il faut redonner une âme et un projet à l’Office, remettre tout le monde dans le mouvement et réinstaurer de la confiance.

 

Lors de sa conférence de presse, Jean-Yves Caullet a affirmé que le maillage actuel de l’ONF lui permettra d’assurer sa mission. Qu’en pensez-vous ?

J.-C. M. : Le maillage territorial est un sujet auquel les communes sont sensibles. Mais il faut rappeler plusieurs choses. D’abord, la production de l’ONF et le contact avec les élus, ce sont les agents de terrain qui les assurent. Ensuite, lorsqu’on nous avons signé le contrat 2012-2016, nous avons fait le choix de la responsabilité et nous avons accepté un maillage territorial – 310 unités territoriales de 7 à 10 agents patrimoniaux. Un chiffre en dessous duquel, toutefois, il n’est pas question de descendre.

Le débat sur les effectifs doit porter sur l’ensemble des échelons de l’ONF.[...] Cela me semble d’autant plus indispensable que je pense que l’on pourrait même renforcer le maillage territorial”

Le problème, c’est que lorsqu’on parle de réduire personnel – c’est souvent le cas —, les « coupes » portent en général sur les agents de terrain, ceux qui constituent le maillage territorial. Or, le débat sur les effectifs doit porter sur l’ensemble des échelons de l’ONF : les agences, les directions départementales, les directions régionales. Combien d’agents, d’encadrants et d’ingénieurs ? Que font-ils ? Combien coûtent-ils ? etc. Cela me semble d’autant plus indispensable que je pense que l’on pourrait même renforcer le maillage territorial.

On est toujours en train de parler de millefeuilles. Mais dans le même temps, on parle de la création d’une agence de la biodiversité. On dit qu’il faudrait des gens pour s’occuper de Natura 2000, des forestiers dans les chambres de l’agriculture mais aussi dans les parcs naturels régionaux. Il faut mettre de l’ordre tout de suite ! Que les choses soient claires : nous n’accepterons pas que des postes d’agents de l’ONF soient supprimés et en même temps, des postes de forestiers créés dans les chambres d’agriculture.

 

LE REGIME FORESTIER impose plusieurs contraintes aux collectivités propriétaires

• préserver le patrimoine forestier
• appliquer un aménagement forestier approuvé par le propriétaire
• vendre des bois conformément aux récoltes programmées
• mettre en place un accueil du public
• respecter l’équilibre de la faune et de la flore

L’Office national des forêts est le seul gestionnaire autorisé à mettre en œuvre le régime forestier, en partenariat avec le propriétaire public.

 

Loi n°2001-602 du 9 juillet 2001 d’orientation sur la forêt (extrait) : « Les forêts publiques satisfont de manière spécifique à des besoins d’intérêt général, soit par l’accomplissement d’obligations particulières dans le cadre du régime forestier, soit par une promotion des activités telles que l’accueil du public, la conservation des milieux, la prise en compte de la biodiversité et la recherche scientifique ».

Références

 

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  1. La gestion durable des forêts ? Quel avenir sur le long terme ?

    Je vous donne mes impressions concernant un document émis par l’ONF intitulé « La Gestion durable des forêts publiques ».
    Ce document intéressant sur la forme, nous dit ce qui serait bon pour la forêt, pour préserver TOUTES ses fonctions et services. Comment être contre un maintien ou une amélioration de la biodiversité forestière…On ne peut qu’être pour !
    Mais, ce document porte aussi à réflexion car il contient des remarques ou certitudes qui sont contredites par d’autres scientifiques ou experts en écologies forestières.
    Actuellement, l’ONF fait une campagne médiatique pour expliquer que l’accroissement des volumes coupés en forêts publiques est une bonne chose pour la société et le milieu forestier…Je regrette par exemple que cet établissement dont j’ai partagé les valeurs passées, ne se défende pas plus fortement contre ces directives du « couper plus » ! C’est une insulte faite aux anciens gestionnaires qui avaient leur expérience et leur savoir au service de la forêt en élaborant des plans de gestion conforme aux réalités de terrain, des milieux associés…et indépendants de décisions politiques. Depuis très longtemps, ils ont fait des inventaires, créé des accès routiers, planté et fait en sorte que tout fonctionne de mieux en mieux, récolté et vendre les produits…Continuer à progresser sur tous les besoins et les attentes de la société, quoi de plus normal ! Mais leur dire du jour au lendemain que la forêt était sous-exploitée, mal gérée au plan écologique et économique ! Quelle prétention ! Voir la page 5 du document ONF.
    Laissons les forestiers agir en dehors de ces pressions, ils savent faire leur métier avec passion et responsabilité. Mais la réalité est tout autre ! Il faut mettre des volumes supplémentaires sur le marché : plus 20 millions/an, chiffre rappelé par les Ministères de tutelle…et pourtant, les prétentions de l’IFN quant à la ressource forestière, sont revues à la baisse… Ces volumes supplémentaires sont en contradiction avec les anciens plans de gestion des forêts publiques. Il faut savoir aussi que les derniers « aménagements » forestiers tiennent compte de ces nouvelles directives politiques du « couper plus ». Quelle crédibilité attendre de ceux-ci ?
    La notion élémentaire en matière de gestion d’un massif forestier est l’inventaire pied à pied des peuplements forestiers, seule méthode qui garantisse les volumes sur pied, les accroissements donc les possibilité/volume réelles d’un massif ( réf. DUCHIRON).
    Pour en revenir au document de « gestion durable » de l’ONF, il est une réalité partagée par tous : celle d’une augmentation de la surface forestière française, doublement en 150 ans ! Nul ne le conteste ! mais comme je l’avais déjà écrit, cette augmentation de surface s’est traduite automatiquement par une augmentation globale et progressive des volumes prélevés : Plus 43% en forêts domaniales sur les trente dernières années ( rapport de la Cour des comptes) et plus 64% entre 1966 et 2010 selon un rapport du Président de l’ONF ( Mr Gaymard). Voir la page 9 du document ONF.
    Il y a donc bien un ajustement automatique et progressif de la croissance et de la récolte ! C’était le rôle des plans de gestion passés…réactualisés tous les 15 ans environ !
    Quant au déficit de la balance commerciale de la filière bois, il faudrait aussi dire que la forêt française est exportatrice de bois feuillus en grumes ( les ¾ des volumes forestiers français). La forêt française n’est pas, contrairement à ce que l’on laisse croire, déficitaire sur sa production de bois car elle exporte plus que ce qu’elle importe, par contre le déficit de la balance commerciale de la filière bois est dû aux entreprises de transformation du bois pas suffisantes pour donner de la valeur ajoutée à cette matière première. Voir page 10 du doc.ONF.
    Sur la sylviculture intensive préconisée par l’ONF pour améliorer les écosystèmes, améliorer les rendements et les qualités des peuplements forestiers, elle est, pour beaucoup de scientifiques de l’ex-Cemagref ou de l’INRA ou d’experts forestiers, source de dangers à moyen terme, danger pour l’économie de la filière, pour l’écologie forestière…

    Certaines notions sylvicoles ONF sont contestées : la faiblesse des volumes sur pied à l’Ha, les éclaircies trop fortes qui ne favorisent pas ni la qualité, ni la résistance aux incidents climatiques, sécheresse, tempêtes, les microclimats forestiers perturbés ( notions de lumière et d’humidité ambiante, d’évaporation du sol, insolation des sous étages…). Les diamètres d’exploitation revus à la baisse, de même les temps de passage entre deux coupes (rotation) raccourcis eux-aussi ! ( notions critiquées par les chercheurs écologues) Des recherches de l’INRA CARBOFOR publié en 2010 ( Lousteau) confirment que les cycles longs permettent un meilleur stockage du carbone que les cycles courts.
    La thèse de Vallet (2005) confirme également l’intérêt des peuplements plus âgés pour le stockage du carbone.

    Savez-vous que les forêts françaises ont le plus faible volume de bois sur pied à l’hectare des forêts Européennes : France 160 à 170 M3/ha (source IFN), Suisse 330 M3/ha, Allemagne et Slovénie 280 M3/ha, Luxembourg 250M3/ha, Belgique 210 M3/ha, Autriche 350 M3/ha…
    Alors ? faut-il continuer à sous capitaliser ?. voir page 6 du doc. ONF.
    La qualité technique du bois est liée à la densité des peuplements forestiers :
    Forte densité = accroissements plus fins et réguliers, moins de décroissance, meilleur élancement, moins de branches…
    Faible densité = arbres plus courts, plus coniques et plus branchus…
    Depuis toujours, le forestier sait toute l’importance du milieu, l’ambiance forestière qui est le résultat d’un jeu subtil entre l’ombre et la lumière et de la lutte des espèces pour atteindre cette fameuse lumière le plus rapidement possible, pour tout simplement survivre…Une certaine densité favorise les relations complexes du système racinaire avec les champignons mycorhiziens…les peuplements espacés nuisent à cette relation de vie.
    Depuis toujours, le forestier par son travail de sylviculture, permettait à la forêt, de s’améliorer génétiquement par la priorité donnée aux plus beaux spécimens…c’était un choix individuel de l’arbre, une sylviculture pied par pied, méticuleuse et combien valorisante ! Il savait doser les espèces d’ombre et de lumière…son coup de marteau était le résultat de tout un savoir, de toute une sensibilité mise au service de la forêt et non de directives commerciales !
    Tout le contraire d’une gestion forestière collectiviste qui ne peut qu’être productiviste, quantitative et dangereuse pour le fonctionnement global de ces écosystèmes.
    « L’objectif d’augmentation de la récolte conduit dans certaines régions à prélever au-delà de l’accroissement naturel. Or, le fait que l’accroissement naturel ne soit pas entièrement récolté permet aux formations forestières jeunes de mûrir, de restaurer la biodiversité menacée qui est dépendante des forêts vieillies, d’augmenter la résilience de l’écosystème, de stocker du carbone et d’accroitre le capital sur pied avec des produits de qualité… »

    Pascal VINE, directeur général de l’ONF a dit : « depuis 20 ans, il est prélevé TOUTE la production biologique… ».
    D’après Barthod (2005), certains forestiers américains s’étonnent de notre obsession sur l’écart entre récolte et accroissement biologique, leurs expériences ont montré toute la valeur de celui-ci comme un « tampon indispensable à tout système biologique en situation de durabilité ».
    En clair, lorsque l’ IFN ( Inventaire Forestier national) donne comme valeur de production biologique de la forêt française, 80 millions de M3, on ne doit pas prélever cette valeur, mais rester bien en- dessous pour tenir compte des mortalités naturelles ou aléas climatiques, toutes les espèces inventoriées ne donnent pas des produits commerciaux… Pascal VINE, directeur de l’ONF a donné comme chiffre de récolte possible, 70% de la production. Je partage totalement cette appréciation de bon sens.
    Voilà donc une autre réflexion, ce ne sera pas la dernière et c’est bien de réfléchir ainsi ! Guy ROCHON ( ex. agent ONF) Mars 2012 .

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