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SECURITE URBAINE - ENTRETIEN 07/12/2012

Michel Marcus, délégué général du Forum français de la sécurité urbaine : « Les collectivités ont un rôle à jouer dans la réduction du marché de la drogue »

par La rédaction

Le délégué général du Forum français de la sécurité urbaine (FFSU) commente la création récente des zones de sécurité prioritaires. Il rappelle aussi que le FFSU est favorable à l'expérimentation des salles de consommation de drogues à moindres risques. Une "politique qui colle au terrain", selon lui.

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Le maire et la prévention de la délinquance

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« Je regrette que la sécurité soit absente du débat sur l’avenir de la décentralisation » – Michel Marcus

 

Le Courrier : La création de zones de sécurité prioritaires (ZSP) est l’une des premières mesures phares du gouvernement en matière de sécurité. Cette initiative a-t-elle une chance de répondre aux enjeux de l’insécurité ?

Michel Marcus. On peut seulement, aujourd’hui, évoquer la procédure et la gouvernance de ce dispositif. L’une des principales mesures liées aux ZSP est le renforcement des effectifs de police par la création de nouveaux emplois. Or, ceux-ci ne seront pas en place avant un an.

La mise en place et le renforcement des partenariats s’installent, mais doucement… Les acteurs sont assez désarçonnés par le « tuilage » entre ce dispositif nouveau et ceux déjà existants, surtout lorsqu’il s’agit de grandes villes. Les CLSPD (contrats locaux de sécurité et de prévention de la délinquance), les GLP (groupes locaux de prévention), les GIR (groupements d’intervention régionaux), tous ces sigles un peu barbares recouvrent des partenariats à géométrie variable. Il faut déterminer quels types de partenariats seront valables dans ces zones.

Le deuxième point est celui des frontières. Quel territoire bascule dans une nouvelle zone et quel autre reste dans le champ de la politique de la ville ? Ce n’est pas simple, mais c’est important, car les crédits en dépendent.

 

Que peuvent apporter ces zones ?

M. M. Si l’on en croit le ministre de l’Intérieur, deux nouveautés importantes. D’abord, la nécessité de rendre obligatoires des enquêtes de sécurité dans chacune des zones. Pour nous, c’est très important. Quand on se plaint que l’on n’arrive jamais vraiment à évaluer les résultats des politiques de sécurité, c’est tout simplement parce que l’on ne mesure jamais le point de départ.

Le second apport est méthodologique, mais reste à détailler. Il s’agit d’avoir une approche plus individualisée. Cela impose une bonne connaissance du territoire, un partage des informations, donc un haut niveau de partenariat pour que la carte à jouer dans ces zones ne soit pas systématiquement celle de la police. Mais cela bouleverse beaucoup d’habitudes, les cultures professionnelles…

 

La sécurité relève, traditionnellement, des pouvoirs régaliens de l’Etat. Quel rôle les collectivités parviennent-elles à jouer, notamment en termes d’animation des partenariats ?

M. M. La question renvoie, de manière générale, à celle des rapports de forces locaux qui influent sur les relations entre les institutions locales. Donc, cela dépend des territoires.

J’attends du troisième acte de la décentralisation qu’il apporte cette clarification et je regrette que la sécurité ne fasse pas l’objet d’un volet du débat. Les pratiques ont beaucoup évolué ces dernières années, du fait de la décentralisation des politiques, sans faire l’objet d’une formalisation juridique. Or, on ne peut pas laisser ces évolutions dépendre du seul bon vouloir des acteurs locaux. Il faudrait fixer un minimum de règles du jeu au niveau national.

Pour la gestion des forces de police, par exemple, on pourrait imaginer des conseils ou comités mixtes paritaires avec des élus locaux et d’autres acteurs, comme cela existe dans beaucoup de pays européens.

De même, on pourrait imaginer que l’administration des peines soit confiée à des administrations publiques, cogérées par des élus locaux et la justice.

 

La ministre de la Santé s’est prononcée fin août pour l’expérimentation des salles de consommation de drogue à moindre risque dans les communes volontaires. Quelle est la position de la FFSU ?

M. M. Ces salles font partie des outils en faveur desquels le Forum s’est prononcé depuis très longtemps. On l’oublie aujourd’hui, mais, finalement, on se situe dans le droit fil du décret signé par Michèle Barzach (ministre de la Santé, en 1987), qui a autorisé la vente libre des seringues pour limiter les risques de contamination. C’est ce que l’on appelle la réduction des risques : une politique qui colle au terrain.

 

Comment abordez-vous plus généralement la question de la drogue?

M. M. De manière très pragmatique. Il existe un usage de produits dangereux pour les personnes et la collectivité. Le consommateur, au-delà du risque sanitaire, court le risque de déclassement social, avec rupture scolaire, perte d’emploi. Pour la société, le risque est d’arriver au point où, par exemple, le marché de la drogue empêche les politiques sociales de produire leurs effets dans un quartier.

Avant tout, il ne faut pas déclarer la guerre aux usagers. Ce serait une stupidité. D’abord, pour jouer le cynique, je dirais que ceux-ci sont trop nombreux. Puis, les usagers, c’est vous et moi. La société ne peut pas déclarer la guerre à ses propres citoyens.

 

Les collectivités ont un rôle à jouer dans la réduction du marché de la drogue »

En revanche, il faut faire la guerre aux marchés. Les collectivités sont concernées par la manière dont un marché s’implante sur leur territoire. Le rôle des collectivités territoriales, en partenariat avec d’autres acteurs – la justice, la police, les associations de proximité, les missions locales pour l’emploi, l’Education nationale, des services de psychologues – est d’essayer de réduire peu à peu ce marché et, en tout cas, d’éviter notamment que des jeunes en deviennent des acteurs.

 

64 zones de sécurité prioritaires (ZSP) - Après la création de 15 zones de sécurité prioritaires en septembre 2012, 49 nouvelles zones de sécurité prioritaires devraient voir le jour d’ici au premier trimestre 2013, a annoncé le gouvernement le 15 novembre. Puis une cinquantaine en 2014. Ces ZSP doivent permettre « dans un esprit de partenariat » de lutter contre la délinquance la plus ancrée dans les quartiers. Selon le gouvernement, les moyens seront pris par des redéploiements en travaillant « sur le long terme », sur le « suivi des délinquants » et « avec tous les acteurs locaux (bailleurs, éducateurs, etc.) ». Les 480 nouveaux postes de policiers et de gendarmes prévus pour 2013 seront affectés en priorité sur les ZSP, selon l’Intérieur.

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