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Information / communication 10/02/2011

Gérer les relations avec la presse

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Les relations avec la presse, locale en particulier, sont essentielles pour un élu. Essentielles mais pas nécessairement évidentes.

«Pour la population, ce qui est écrit dans le journal est parole d’évangile », constate Paulette Pérez, maire de Scaër (29). Le journaliste, cet animal étrange. Qu’on « convoque » et qui ne vient pas, qui ne relaie pas l’information qu’on lui transmet.

Détenteur de la légitimité des urnes, les élus ne comprennent pas toujours que les journalistes ne se déplacent pas, alors qu’ils les ont « convoqués ». « Sauf qu’on ne convoque pas les journalistes, on les invite », rappelle Véronique Le Roux, formatrice et directrice de l’assemblée et du partage de l’information au conseil général du Finistère.

De la méconnaissance des codes et contraintes des organes de presse viendraient certaines difficultés relationnelles entre les élus et les journalistes. D’où l’importance de rencontrer les rédactions des médias locaux pour se présenter et mieux appréhender les impératifs des journalistes, le fonctionnement de la rédaction, les heures auxquelles il est le plus judicieux d’organiser des conférences de presse ou d’envoyer les communiqués, ou encore le meilleur vecteur pour faire passer les informations. « Une telle démarche met chacun sur un pied d’égalité », estime Véronique Le Roux.

Echange de bons procédés

La qualité de la relation repose bien souvent sur un mécanisme implicite de « donnant-donnant », l’élu acceptant de fournir des informations au journaliste qui l’interrogera en tant qu’expert, mais sans nécessairement le citer ou citer la collectivité dans l’article. En contrepartie, le journaliste assurera un traitement régulier des sujets ayant trait au territoire ou à l’élu.

« Nous répondons généralement aux demandes des journalistes, même quand elles nécessitent un peu de travail de nos services. Mais nous refusons quand la requête relève manifestement de leur propre travail d’enquête », témoigne Jean-Paul Bret, maire de Villeurbanne (69). Il est aussi intéressant de proposer spontanément des photos ou des infographies au journaliste qui n’aura pas nécessairement le temps de se déplacer. « Ainsi, l’article sera illustré et visible », note Julien Moulin, journaliste au Parisien, formateur à l’Institut pratique de journalisme (IPJ).

S’il est tentant de multiplier les communiqués et conférences de presse dans le but d’occuper l’espace médiatique, il est probable que l’élu n’en retirera pas les bénéfices attendus. « En ce domaine, le trop est parfois pire que le pas assez », prévient Julien Moulin. Au-delà des points presse réguliers précédant les conseils ou les sessions, la communication auprès des médias ne doit se faire que lorsqu’il y a suffisamment de « matière » à offrir aux journalistes. « La rencontre doit être aussi fructueuse pour eux que pour nous », estime Jean-Paul Bret.

De la même manière, ce n’est pas en « accrochant » le plus de journalistes que vous aurez davantage de retombées dans la presse. Mieux vaut cibler les médias directement concernés par le sujet. « Jusqu’à présent, nous organisions en début d’année les vœux à la presse en conviant des dizaines de journalistes lors d’un cocktail sans qu’il y ait forcément de retour sur investissement. Cette année, nous avons choisi de proposer un déjeuner aux 3 ou 4 principaux médias locaux », rapporte Jean-Paul Bret.

Une fois l’information transmise, reste la question de son traitement. Comment garder la main sur le message diffusé sans heurter la déontologie journalistique ?

Respect de l’indépendance

« Il faut partir du postulat que les journalistes travaillent dans l’urgence et qu’ils sont, dans leur grande majorité - dans la PQR en particulier -, des généralistes et non des experts. Il faut donc leur donner d’emblée un angle, des points clés et leur fournir des éléments de contexte et de compréhension, surtout quand on aborde des questions complexes ou techniques », préconise Véronique Le Roux. « Nous parvenons à garder la maîtrise de ce qui est publié sur la commune en envoyant par mail les articles déjà rédigés aux correspondants des deux quotidiens régionaux… », avance Paulette Pérez.

Mais ce qui peut fonctionner avec tel correspondant local débordé n’est pas transposable à une corporation qui déteste être instrumentalisée. Les élus déclarent d’ailleurs haut et fort qu’il faut « laisser la presse faire son travail ». Tout en étant nombreux à pointer le manque de professionnalisme des journalistes. « Je comprends les difficultés qu’il y a à travailler dans l’urgence mais je regrette qu’ils ne prennent pas toujours le temps de vérifier les informations auprès des personnes directement concernées », souligne par exemple Christian Manable, président du conseil général de la Somme.

Face aux « boulettes », « coquilles », erreurs d’appréciation et autres attaques trop personnelles, certains élus s’autorisent un « petit coup de fil » à la rédaction. Une démarche discutable qui pourra néanmoins éviter la détérioration des relations, voire entraîner un mea culpa. « Il m’est arrivé une seule fois de contacter le journal pour un dessin me mettant en scène qui se voulait humoristique mais qui était, en fait, extrêmement déplacé. Le dessinateur a reconnu qu’il avait été trop loin et s’est excusé », relate Jean-François Barnier, maire du Chambon-Feugerolles (lire ci-dessus).

Les journalistes sont, d’ailleurs, assez largement ouverts aux critiques lorsque celles-ci sont fondées, comme le confirme l’anecdote rapportée par Christian Manable : « Lorsque j’étais dans l’opposition, j’ai interpellé assez vivement en session un journaliste pour un article qui m’avait fortement déplu. Mes collègues me sont alors tombés dessus en me disant que cela ne se faisait pas de vilipender ainsi la presse. Au final, le journal s’est intéressé à notre action et a davantage parlé de nous ! »

Maud Parnaudeau
 

Lecteurs

Selon l’Etude de la presse d’information quotidienne (EPIQ) 2009/2010 (1), près de 23.6 millions de personnes lisent au moins un titre de presse quotidienne, chaque jour, soit 46.6 % de la population âgée de 15 ans et plus. La presse quotidienne régionale (PQR) rassemble à elle seule plus de 17 millions de lecteurs journaliers.

Note 01:

Mesure d’audience de la presse quotidienne française réalisée par l’institut TNS-Sofres, par téléphone. Echantillon national représentatif : 25 500 personnes - Retourner au texte

Références

  • Lire Le Courrier des maires et des élus locaux n° 243 de février 2011, p. 44
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