publicité

 

Réagir
Internet 23/06/2011

Le Web 2.0 renouvelle la médiation élus-citoyens

par

Les réseaux sociaux s’imposent de plus en plus sur la scène citoyenne. Facebook, Twitter, Dailymotion... Les élus locaux investissent ces médias. Ces usages nouveaux constituent une nouvelle relation avec les administrés.

Le Web 2.0 ? « C’est une révolution », s’enthousiasme Arnaud Rayrole du cabinet Useo, spécialisé dans l’accompagnement de projet NTIC. « Par le biais de ces réseaux de partage que sont Facebook, Twitter, Youtube ou encore Dailymotion, les internautes sont désormais en capacité d’apporter du contenu et d’influencer le cours des choses dans un schéma relationnel passé de l’autoritaire verticalité à une féconde horizontalité. »

Humant le « bénéfice démocratique » suscité par ces nouveaux médias, de nombreuses collectivités ont d’ores et déjà investi les lieux, mettant pages Wikipédia, sites participatifs (www.mylittlebordeaux.fr, www.bagnolet-en-personnes.net…) ou carnets collaboratifs (wiki-Brest…) au service de la vie locale. Mais les élus eux-mêmes demeurent plus timorés. Et, s’ils se déclarent familiers de l’utilisation d’Internet (70 % d’entre eux ont une connexion à leur domicile), ils se révèlent dans le même temps peu tournés vers ce fameux Web 2.0, selon une étude récente réalisée par l’Ifop pour Orange et l’Association des maires de France sur les usages politiques du Web 2.0 (1).

Modernité

Il faut dire que certains ont été échaudés. Le 31 décembre dernier, un faux compte était ouvert au nom du maire de Périgueux, Michel Moyrand, sur Facebook, une « usurpation d’identité » qui avait profondément agacé l’élu de Dordogne… Néanmoins, d’autres s’y positionnent résolument et, du blog au tweet, postent ainsi régulièrement en ligne leurs réflexions, actions et réactions. « De toute façon, on ne peut plus faire sans aujourd’hui », assure Nathalie Pigamo, conseillère municipale à Marseille (lire ci-contre).

Les plus jeunes montrent la voie. « Addict » selon ses propres termes, le benjamin de l’Assemblée nationale surfe entre blog, Facebook, tweet et lettre électronique. « Je le fais par goût autant que par utilité », souligne Olivier Dussopt, 33 ans, député-maire d’Annonay (07), qui prévient : « Formidablement efficace, la pratique des réseaux sociaux est également très exigeante, en temps et énergie. Pour sonner juste, elle doit donc procéder du réflexe plus que de l’acte raisonné… » Un avis partagé par Arnaud Rayrole : « Etre présent n’est pas un gage de réussite. Le manque de sincérité, le défaut d’écoute, le ton artificiel sont vite décelés sur la Toile. »

Cette mise en garde faite, les aficionados des réseaux sociaux mettent en avant leur intérêt. A commencer, bien sûr, par « une image plus dynamique, plus moderne et plus réactive », affirme le maire de Coulounieix-Chamiers (24), Jean-Pierre Roussarie. Une idée que partagent 66 % des internautes, assurant que la présence sur le Net de leur maire lui permettrait d’être plus réactif en termes de communication. « L’usage politique des réseaux permet de rendre compte du mandat en temps réel, dans la proximité la plus forte », ajoute Olivier Dussopt.

Rester crédible

A une époque où les institutions traversent une crise de confiance, « cette présence vient légitimer et crédibiliser le mandat en exposant, sans formalisme, la densité de l’action politique », avance la députée européenne Estelle Grelier, 1re adjointe au maire à Fécamp (76) et présidente de la communauté de communes.

Mais attention à ce que le remède ne soit pas pire que le mal : « Il ne faut pas sombrer dans l’anecdote, alerte l’élu d’Annonay, ni confondre réseautage et bavardage », appuie Arnaud Rayrole. Nathalie Pigamo, qui préfère « expliciter le contenu d’une réunion sur son blog que raconter en un SMS qu’elle s’y rend », craint que les médias, jouant trop sur l’instantanéité, viennent « accréditer la thèse d’une politique devant répondre au court terme. Gare donc à la gesticulation, lance-t-elle, ces réseaux doivent nous permettre, non de communiquer plus, mais de communiquer mieux ! »

Communiquer mieux, c’est, par exemple, « toucher des populations nouvelles, celles qui ne viennent pas sur les marchés, n’assistent à aucune réunion publique, ne franchissent jamais le seuil d’une permanence », précise Bruno Smadja, fondateur de l’agence Mobilevent. Bien entendu, il y a les jeunes, « ces mineurs qui m’interpellent régulièrement via Facebook et ne m’auraient jamais contacté autrement », décrit effectivement Olivier Dussopt. « Mais pas seulement, insiste le conseil en communication. Les réseaux sont désormais ouverts à des profils très variés, peu mobiles par timidité, manque de temps ou absence de locomotion. »

« En cinq ans, Facebook est passé de 0 à 700 millions de connectés dans le monde : ça ne peut laisser un acteur politique indifférent ! », résume David Lisnard, 1er adjoint au maire de Cannes, conseiller général des Alpes-Maritimes. Et si l’étude Ifop montre que « seul un interviewé sur dix a déjà consulté au moins un des supports de son représentant politique », il n’en reste pas moins que les élus apostrophés par un « je vous ai posté l’autre jour un commentaire ! », s’affichent en nombre croissant.

Une relation directe

Communiquer mieux, c’est aussi favoriser une relation directe avec un citoyen toujours plus désireux de participer au débat public. « En sortant les élus de leurs carcans et des formats de com imposés par la presse, les réseaux sociaux nourrissent d’interactivité une vie politique qui ne peut qu’en sortir revigorée », estime David Lisnard, qui poursuit : « Cette démocratie nouvelle, collaborative, complète et renforce les démocraties représentative et participative en intégrant l’habitant-citoyen dans un système de responsabilités croisées qui dévoile la complexité de l’action publique. » Par ailleurs, ajoute Jean-Pierre Roussarie, « ces liens et univers entrelacés sur Facebook, bien au-delà des frontières communales, enrichissent régulièrement mon approche politique, donc mon action ».

Mais ces outils, redoutables vecteurs d’image et de notoriété, doivent être maîtrisés. Pas question de les substituer à la présence physique, toujours essentielle pour 94 % des élus et 68 % des internautes. Pas question non plus de les utiliser sans en percer les mystères. Après le blog, dont les possibilités graphiques autorisent la mise en scène personnelle d’une réflexion de fond plutôt institutionnelle, « Facebook est la vitrine de l’élu », explique Bruno Smadja. « Par cette page, représentative de l’actualité telle que je la vis et l’analyse, je vais mobiliser des groupes, créer des synergies et fidéliser », détaille Nathalie Pigamo. Twitter, en revanche, reflète l’humeur du moment tout en jouant sur un flux continu et relayé de l’information. « Sa pratique nécessite d’en bien connaître les codes », conseille le fondateur de Mobilevent qui termine : « Quant aux plateformes vidéo, encore peu usitées, elles peuvent apporter beaucoup, à condition d’être abordées avec l’appui de professionnels. »

Jouer la complémentarité

La réussite totale du cocktail passe ensuite par la complémentarité des ingrédients. Ainsi, les articles postés sur le blog d’Olivier Dussopt sont résumés sur Facebook et Twitter avant d’être repris dans une lettre électronique. Et, bien qu’adepte du tweet pour sa concision et sa rapidité, David Lisnard prolonge souvent ces courts échanges par des mails plus personnels, voire des rencontres « physiques ». Enfin, sur le Net, converser ne suffit pas : « Il faut aussi être relayé pour gagner en influence, d’où la nécessité de créer de nombreux liens avec son environnement afin que les messages se propagent rapidement », ajoute Arnaud Rayrole. « L’acteur politique travaille par cercles concentriques. Les réseaux sociaux ne font donc qu’accompagner et maximaliser cette démarche », complète Bruno Smadja. L’arme en a conquis plus d’un en période électorale… « Ces outils doivent maintenant survivre aux scrutins pour s’imposer aussi dans les périodes de gouvernance au cours desquelles les citoyens veulent pouvoir évaluer la transformation des promesses en actions », conclut Bruno Smadja.

Laurence Denès
 

Les usages du Web 2.0

La technologie Web 2.0 (interaction sur les pages ainsi qu’entre internautes) débouche sur trois types d’usage : l’expression individuelle (un élu ou un expert diffuse de l’information, généralement via un blog), la conversation (échanges sur des forums ou blogs) et la recommandation (partage, propagation et valorisation de contenus via les réseaux Facebook, Twitter, Delicious, etc.).

Note 01:

Etude réalisée par l’IFOP pour Orange et l’Association des maires de France sur les usages politiques du Web 2.0, novembre 2010, présentée à Lille le 8 avril 2011 - Retourner au texte

Références

Thèmes

Laisser un commentaire

Vous pouvez utiliser ces balises et attributs HTML : <a href="" title=""> <abbr title=""> <acronym title=""> <b> <blockquote cite=""> <cite> <code> <del datetime=""> <em> <i> <q cite=""> <strike> <strong>

publicité

Abonnez-vous